sept-vies-will-smith

En 2008, l’Italien Gabriele Muccino réalise son neuvième long métrage : Sept vies. Will Smith y déborde de justesse et de sensibilité en incarnant le fardeau d’un homme profondément meurtri par le décès de sa femme, mais surtout par celui des anonymes se trouvant dans la voiture qu’il heurta mortellement ce soir-là. Sa culpabilité est vive et ne pourra trouver de repos que dans le sacrifice, que le héros met en place scrupuleusement dans l’espoir de racheter son crime.

Depuis la salle de bain, Ben Thomas (Will Smith) téléphone aux secours pour signaler un suicide. Le sien.

Le silence s’installe, puis nous voilà transportés quelques temps auparavant dans le quotidien de Ben. Une routine marquée par des visites à l’hôpital, à la maison de retraite, aux services sociaux. Par des appels intempestifs à la hotline d’une entreprise de livraison à domicile. Par un match de hockey sur glace. On a du mal à saisir le lien. On a du mal à percevoir le sens de tout ça.

Jusqu’à cette nuit-là.

Dans la voiture, on retrouve Ben bien plus jovial en compagnie de son épouse. La connivence et l’amour de ces deux-là sont palpables. Ils sont heureux. Ils rient. Ils s’amusent. Ils sont distraits. La route est sinueuse, elle longe la côte et profile les falaises escarpées en contrebas. Ben sort son portable et répond à un message tout en conduisant. La suite est inévitable : elle sera même encore pire.

Sept morts, sept vies. Et dans le cœur de Ben, une détresse inaccessible, insondable. Insolvable, à moins de n’envisager que cette seule issue. L’unique qui puisse peut-être tout effacer, ou tout du moins, rétablir l’équilibre. Sept vies pour sept morts. Ben trouvera-t-il des raisons valables pour sortir de sa spirale fatale ? Et cette femme, Emily Posa (Rosario Dawson), croisée à l’hôpital, pourra-t-elle l’en détourner ?

Et mon cœur s’est arrêté

Deux ans après le non moins réussi À la recherche du bonheur qui mettait déjà en scène Will Smith aux côtés de son tout jeune fils, Gabriele Muccino déploie toute l’envergure de son art dans Sept vies. Le film constitue encore aujourd’hui son œuvre maîtresse dans l’harmonie des séquences qu’il initie, portée par la bande originale du compositeur Angelo Milli.

Accompagnant avec émotion chacune des caresses invisibles du fantôme de la défunte épouse de Ben et les derniers battements du cœur malade d’Emily, l’union de l’image et de la musique cible en définitive celui du spectateur, incapable de se soustraire au réalisme de ces histoires entremêlées ayant pour unique point commun le drame se jouant dans l’esprit abattu du personnage de Ben.

La leçon de vie

Ainsi, le spectateur ne peut qu’accuser le coup. Feindre la compréhension n’est plus possible. L’ignorance prend un sacré plomb dans l’aile. De la lutte de cet enfant atteint de leucémie à cet homme insuffisant rénal, en passant pas cette femme battue à mort par son mari et la cécité de cet autre, Sept vies ne mâche pas ses « maux ».

L’interprétation magistrale de Will Smith élude la compassion pour ne garder que le vrai, aussi bien dans son personnage que dans la quête de celui-ci. Il place devant l’écran du spectateur un miroir pour que chacun puisse s’y regarder en face et se souvenir. Il ne le range qu’à la fin du film pour le laisser faire son choix, entre poursuivre dans son idéologie toute personnelle, ou considérer à nouveau la réelle teneur de ses propres valeurs.