a cure for life

Cette semaine, retrouvez dans les salles la dernière réalisation de l’Américain Gore Verbinski, A Cure for Life. L’avenir ne se décide plus dans les buildings d’affaires de Manhattan mais à la lisière des Alpes, dans une demeure dissimulant un secret de jeunesse éternelle. Entre thriller et conte fantastique, l’épouvantable mystère ne fait aucun doute. Une plongée au cœur d’une noirceur sans nom qui devient un linceul pour celui qui ose la découvrir.

Lockhart (Dane Dehaan) vient d’avoir une promotion un peu inattendue au sein de la multinationale dans laquelle il travaille. La mort soudaine du responsable commercial de la compagnie ne suscite aucun émoi et ne déclenche aucune enquête particulière. Pourtant, dans l’ombre des ambitions de chacun, sa disparition révèle un courrier sibyllin adressé par le PDG de la firme depuis sa résidence de villégiature à son conseil d’administration.

Celui-ci y évoque son choix de ne jamais revenir. Remettant en cause le modèle et les valeurs de la société toute entière, ses mots sont interprétés comme une démence passagère. Il doit en être délivré. En effet, comment finaliser sans lui la fusion initiée par son cabinet censée accroître son rayonnement sur toute la côte Est des États-Unis ?

Lockhart est désigné pour mener à bien cette mission de rapatriement. Il se retrouve de l’autre côté de l’Atlantique à l’orée des Alpes. Sur la route le menant au sanatorium où son big boss a désormais élu domicile, il croise la majesté d’une demeure surplombant les alentours. Les légendes vont bon train dans la région quant à son histoire et celle de son propriétaire. En l’occurrence, un baron ayant fait un enfant à sa sœur pour accéder à la pureté de leur lignée il y a deux cents ans.

Lockhart est intrigué par le récit de son chauffeur. Pas suffisamment pour rebrousser chemin à temps. Le voyage jusqu’au sanatorium est sans retour. Et parmi les résidents âgés issus du monde des affaires et de la bourgeoisie, c’est bien plus qu’une remise en question des ambitions individuelles de chacun d’entre eux qui se joue. L’eau sous leurs pieds, dans leurs verres, tout contre leur peau, s’insinue et installe en eux une présence grâce à leur acceptation qu’une autre réalité puisse exister. Une réalité qui ne saurait être au-delà des murs de cet institut.

Film de genre

A Cure for Life ne s’anticipe pas : il se regarde. Si le scénario et la réalisation menée par Gore Verbinski permettent au spectateur de s’interroger sur le rôle des protagonistes et l’issue de leurs débattements intérieurs, les scènes parfois macabres le repositionnent sur son siège et l’invite à garder l’esprit clair et tranquille.

L’atmosphère singulière régnant entre les patients et les équipes du docteur Volmer (Jason Isaacs) rappelle celle angoissante dans Shutter Island de Martin Scorsese. L’intrigue ésotérique est distillée et modélisée à la manière d’un Roman Polanski dans La Neuvième Porte. Le cauchemar est doux, un art de vivre. Son déguisement est la clé d’un programme flirtant avec le démon sommeillant en chacun des personnages.

Jouer… avec la vie

A Cure for Life axe sa progression sur la thèse d’un remède capable de réinventer l’essentiel de chaque individu. Cette promesse, si elle n’est pas tenue dans les faits, doit impérativement l’être dans l’esprit des patients. Il ne vous reste donc plus qu’à savoir pourquoi en allant voir le film.

Une chose est sûre : le jeu de Dane Dehaan saura largement vous sustenter et vous contenter. L’acteur trentenaire originaire d’Allentown en Pennsylvanie confirme sa justesse qu’il inscrit dans la traîne de celle d’Eddie Redmayne. Sa passion avec le personnage d’Hannah interprété par la Britannique Mia Goth confère au film une dimension lunaire presque burtonienne pouvant faire écho à certains personnages et aux trames relationnelles développés dans Miss Peregrine et les enfants particuliers, croisés avec ceux et celles de Matteo Garrone dans Tale of Tales.