sophie armelle

Elle eut son premier coup de cœur musical à dix ans sur la chanson Fields of joy du grand Lenny Kravitz, qu’elle écoutait en boucle avec son frère. Depuis, Sophie Armelle a troqué son enregistreur quatre pistes pour un monde qu’elle réinvente à sa manière. S’appuyant sur l’héritage artistique de sa famille, ses valeurs, ainsi que sur sa perception intime de l’humain, la voix de Sophie Armelle dessine les arabesques de mélopées électro-pop envoûtantes, à l’instar de son single Bless sorti sur Soundcloud fin mars.

Bonjour Alba Soseki, ou devrais-je dire Sophie Armelle. J’ai remarqué en effet que tu avais changé ton nom sur ta page Facebook…

Bonjour Florian. En effet, j’utilise désormais mon nom de baptême pour mon nom d’artiste, en l’occurrence Sophie Armelle. Alba Soseki était un pseudo que j’avais pris car je voulais marquer un temps de pause dans mes projets.

Merci en tous les cas d’avoir accepté cette interview. Depuis 2015, tu es auteure, compositrice et interprète en solo. Tu n’en es pas à ton coup d’essai question musique. Nous le verrons tout à l’heure. Pour le moment, pourrais-tu te présenter rapidement ?

Merci à toi aussi pour cette interview ! J’ai 35 ans et je suis née à Versailles. J’habite depuis une quinzaine d’années à Paris. J’ai vécu également à Nantes. J’ai fait toute mon adolescence dans le Maine-et-Loire à Angers. J’ai le bonheur et la chance d’y avoir gardé des attaches grâce à mon cher papa, Yann Le Goaec, ainsi qu’à des amis que je connais depuis le collège, notamment Jérôme Hoyeau, avec qui j’ai fait mes premières chansons. Il est propriétaire d’un studio d’enregistrement. Il est aussi professeur de musique. Ma famille a vécu en Afrique. J’ai une grande affection pour ce continent. Mes parents et mes grands-parents en gardent de beaux souvenirs, à l’instar du mariage de mes parents à Casablanca. Je suis imprégnée des valeurs de mes grands-parents. Ils étaient résistants durant la Seconde Guerre Mondiale. Leur première rencontre remonte à 1941. Ils sont pour moi de vrais modèles. Ils se sont aimés comme de jeunes mariés jusqu’à leurs derniers jours. Quoiqu’il en soit, l’artistique a toujours été très présent dans ma famille, et je crois avoir toujours su qu’il était mon vœu le plus cher. Lorsqu’elle était encore en vie, ma tendre maman, Annick Croux, était très douée pour la peinture. Mon papa quant à lui a toujours été passionné de design. Mon frère, Nicolas, dessine sublimement ! Sans parler de mon oncle guitariste Jacques Croux. Il fonda en 1964/65 avec un autre guitariste, Gabriel Kadosh, et Joe Lebb, le chanteur, le groupe de rock The Quakers. Ils étaient tous les trois fans des Shadows et des Beatles. Joe a d’ailleurs eu par la suite une carrière internationale avec le groupe Les Variations, avec lequel il fit les premières parties de Johnny Hallyday et de Led Zeppelin. Quant à mon oncle, il a continué la musique dans le groupe de jazz du pianiste Ted Rémi. C’était dans les années 80. Le groupe jouait dans les clubs de Casablanca. Nous sommes une famille d’artistes !

Quel a été ton parcours scolaire ?

Après mon BAC, j’ai fait un BTS en communication. Puis j’ai intégré une école d’art et de chant, sans oublier la danse classique et contemporaine au Conservatoire de Région de Nantes puis au Centre National de Danse Contemporaine à Angers. Je suis une autodidacte. J’ai fait mes débuts en montant mon association Bazouka’Prod en 2004. Elle m’a permis d’œuvrer pour mes passions, la musique et la danse. J’ai alors monté un premier projet d’auteur compositeur en mon nom, et signé chez Believe.

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Vis-tu aujourd’hui de ta musique ?

Je ne vis pas de la musique, j’ai toujours travaillé à côté et tenté de combiner les deux. Chaque jour, je suis connectée à mes idées et à la création. Il y avait aussi mon vœu précieux de travailler pour des ONG. J’ai la chance qu’il se soit réalisé : depuis deux ans, je travaille pour la Fondation de France et pour d’autres ONG connexes. Leur objectif est d’œuvrer pour le bien-vivre ensemble, pour les personnes en situation de vulnérabilité et la prise en charge du handicap.

Quels souvenirs gardes-tu de tes premières expériences de groupe ? Quels genres musicaux développaient-ils ?

Il y a eu le projet pop franco-anglais avec l’un des chanteurs d’Archive pendant 4 ans, signé chez le label anglais 359 Records Alan McGee (Creation Records, producteur d’Oasis). Ce fut une bonne expérience malgré des moments difficiles dans un monde bien masculin et souvent alcoolisé. Ça a failli être destructeur. Depuis, j’ai opté pour une vie saine et équilibrée. Puis j’ai fondé le duo synth pop Amour Propre avec Belo Bel. J’écrivais et je composais. J’étais aussi la directrice artistique. Avec ces projets, j’ai pu me produire en France dans de belles salles comme le Trabendo, au Carreau du Temple, au Printemps de Bourges. J’ai fait des radios, je suis partie à l’étranger faire des concerts, en Angleterre, en Italie, en Belgique, en Allemagne.

Attardons-nous un peu plus sur Amour Propre. Tu fondes le groupe en 2013 avec Belo Bel donc. Il s’agit d’un duo électro-pop basé à Paris et qui chante en français. Vous sortez un premier EP quelques temps après, ainsi que plusieurs vidéos et sons sur le web. Pourtant, on ne trouve presque plus aucune trace du groupe. Le site officiel n’existe plus. Tous les médias du groupe sont désormais inaccessibles. « Ni votre amour, ni votre innocence, chère Violaine, n’ont à craindre » : telle est la citation de Paul Claudel qui apparaissait sur la page Facebook d’Amour Propre avant qu’elle ne disparaisse à son tour. Fut-ce véritablement le cas pour votre duo ?

Oui. Belo et moi l’avons vécu entièrement et sincèrement. La création se combinait à une grande affection et à un profond respect mutuel. Le projet s’est arrêté sans regret, car il faut savoir tourner la page pour avancer, défaire pour refaire, reconstruire, renaître.

Amour Propre fut un nom choisi par Belo Bel et toi à l’époque pour son sens strict du terme, plus que pour celui renvoyant à l’estime de soi. Dans quelle mesure a-t-il été sali pour que vous tiriez tous les deux un trait sur lui de manière si radicale ?

Amour Propre, c’était une bulle confortable et sympathique dans laquelle Belo et moi prenions le temps de refaire un monde. C’était une succession de moments amicaux et confidentiels. Un bel essai. Mais nos énergies étaient poussées ailleurs pour chacun d’entre nous, et le projet s’en est allé.

Quelle était la teneur de cet amour vous liant Belo Bel et toi ?

Une grande amitié, née en 2004. Nous nous étions connus sur les bancs de l’école artistique et nous savions déjà que nous allions faire de la musique ensemble.

Quels enseignements tires-tu de ce projet musical ?

Cela a conforté mon amour pour la musique et mon besoin d’écrire, de diffuser un message. Amour Propre m’a sans doute aidé à reconnaître mon urgence du verbe, du sujet à sublimer. Amour Propre a été le caprice vers la maturité.

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Tu chantes donc désormais en ton nom seul. Sophie Armelle, c’est à l’heure actuelle deux titres disponibles sur Soundcloud. Seulement. Et pourtant… Je t’ai découverte via Twitter et j’ai été touché pour ton travail. Come est le premier single que tu as sorti. Tu mêles à ta voix angélique des pulsations électro minimalistes. À qui t’adresses-tu dans cette chanson et pourquoi ?

Come est un titre que j’ai voulu écrire en anglais. C’est un moment que j’ai voulu sacré, telle une confession, telle l’idée de transformation et de mutation. Nos fragilités deviennent force dans l’abandon. Je m’adresse à tous, à mes proches. Et le reste est toujours bien secret.

Dans Come, l’océan est un repère, un paysage qui permet de recentrer ton regard et ton moi tout entier. Quelle est la symbolique de celui-ci dans ce message que tu adresses ?

L’océan a, je crois, le pouvoir de nous reconnecter à notre nature profonde. Je voulais une musique éthérée, minimaliste, brute, pour laisser la mélodie nous bercer.

“L’expression artistique est mon moteur. La musique, le chant et la danse sont des arts sacrés. Naturellement, être auteure, compositrice et interprète est un sacerdoce pour moi, que je mets au service du bien vivre ensemble”

 

Le second titre, Bless, est sorti fin mars. L’électro y initie une sorte de comptine au début du morceau, pour se changer en une envolée électrisante qui, avec ta voix, m’a rappelé certains morceaux de Kate Havnevik, notamment dans son album Melankton. L’atmosphère globale du titre est plus angoissée, dans l’urgence. Quelle était ta perspective en écrivant et en composant ce morceau ?

Dans Bless, la notion d’urgence est plus liée au temps qui passe et à l’idée de son emprise sur les situations de nos vies. L’idée est de se renouveler pour s’incarner continuellement. Chaque jour, chaque moment est un cadeau : nous l’oublions trop souvent je crois. C’est une invitation au sourire, à l’éveil et au réveil de nos sens. Nous sommes bien vivants alors remercions !

Mi-mars, tu indiquais sur ta page Facebook que tu reprenais l’écriture : à quand la sortie d’un premier EP et/ou album ?

Je jette déjà sur le papier de nouvelles idées. En parallèle, j’ai repris ma quête pour trouver de nouveaux collaborateurs. Je rencontre des managers, des agents et des musiciens. Enfin, j’ai pour projet de créer mon studio dans les mois qui viennent.

Quelle direction artistique souhaiterais-tu lui conférer ?

Je suis attirée par un univers plus soul, mais toujours très pop et minimaliste, épuré. Je laisserai sans aucun doute opérer la magie. J’entends une musique de Brooklyn, euphorisante, et des hymnes de Guerriers de Lumière, des rythmes galvanisants, une sensibilité ethnique nourrissant le corps et l’esprit. Et puis, les nouvelles collaborations vont aussi créer un combo singulier.

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Sur ton compte Twitter, tu as partagé en avril le lien d’un article publié il y a presque un an dans le Journal de Paris, relatif au portrait de François Hers, un artiste à l’origine du Protocole des Nouveaux Commanditaires mis en œuvre depuis 1990 par un réseau de médiateurs artistiques européens à la demande de citoyens et avec le soutien de la Fondation de France. Il pense la scène de l’art comme une aide précieuse pour aider l’évolution de la démocratie. Selon toi, dans quelle mesure l’art, et plus particulièrement la musique, peut-il encourager le citoyen à faire immerger une nouvelle forme de démocratie ?

L’expression artistique est mon moteur. La musique, le chant et la danse sont des arts sacrés. Naturellement, être auteure, compositrice et interprète est un sacerdoce pour moi, que je mets au service du bien vivre ensemble. Et c’est d’ailleurs la même raison qui a valu à beaucoup d’artistes d’être emprisonnés. Iggy Pop, Janis Joplin, James Brown, Fela Kuti… La création est une quête spirituelle qui donne du souffle à nos âmes. Les Nouveaux Commanditaires de François Hers est mon livre de chevet depuis récemment. Il me conforte dans mes valeurs et je crois que mon modèle artistique a pour mission d’influer sur les consciences pour matérialiser et apporter de l’espoir, de la joie et de la mémoire à notre histoire.

Merci encore Sophie Armelle pour cet échange. Nous ne manquerons pas de suivre les prochaines étapes du développement de ton projet musical en solo sur ta page Facebook, ainsi que sur ton compte Instagram. Une très bonne continuation à toi !