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Cinq ans après Philharmonics et le tube Riverside qui la fit connaître en France et dans le monde entier. Trois ans après son second opus Aventive et la trame divine de Fuel to Fire, Agnes Obel nous revient vendredi avec Citizen of glass. Il s’agit de son troisième album studio. Elle y incarne la déesse de la révélation. Celle aussi de la fragilité de la condition humaine.

Les mots me manquent lorsqu’il s’agit de parler d’Agnes Obel. Le respect qui m’anime concernant son œuvre me paralyse tout autant qu’il me transporte. Et ce, depuis que j’entendis en 2011 son titre Riverside. Je me laissai séduire, je me laissai avoir. La mutation eut ainsi lieu, le respect devint une fascination. La fascination, un apaisement : c’était lors de son concert au Grand Rex à Paris en 2014.

Agnes Obel, au-delà de ses talents d’auteure, de compositrice et d’interprète, est capable de faire ressentir la musique à son auditeur de la même manière qu’elle-même la conçoit. Devant son piano, elle se tord, elle se redresse puis prend de nouveaux appuis. Pour aller chercher LA note tout au fond de sa gorge, tout au fond de son cœur. Puis pour la servir sur un plateau d’argent à la scène, à toute la salle et au ciel.

À double tranchant

Il fallait bien qu’un jour ou l’autre, Agnes Obel revienne sur Terre. C’est l’histoire de ce retour qu’elle nous conte dans son nouvel album Citizen of Glass. Malgré tout, elle y conserve son éternelle distance avec les évènements et ses propres émotions. Lévitant au-dessus des villes et des campagnes de notre âme, elle glace le sang. Comment ? Par l’invention de sons conceptuels visant à reproduire les propriétés du verre.

Ce verre vibre avec sa voix pour la transfigurer. Il révèle une transparence instrumentale et lyrique qui n’omet pas de souligner la vulnérabilité de l’homme. Ses envolées sentimentales se brisent sur les rochers du déni de l’identité de l’autre. L’évidence de la méconnaissance se fait jour dans toute la brillance du cristal. Dans un reflet incarné dans Familiar à travers le duo initié par Agnes Obel avec elle-même.

Agnes Obel : innovation et rédemption

Les compositions d’Agnes Obel s’ouvrent à un inconnu que l’on arpente avec elle sans frémir. Les violons et les harpes sont toujours de la partie. Cependant, ils révèlent d’autres trésors qu’Agnes Obel rapporta de son voyage céleste comme souvenirs. Ils ajoutent à sa créativité un inaltérable regain de luminance, réfléchie par le verre du miroir à l’instar d’un appel de détresse.

Le célesta et le Trautonium matérialisent une nouvelle strate d’un verre poli par la mer de sens, exhumés des nuages par Agnes Obel. Elle s’apparente à sa vindicte dans Golden green. En réalité, il ne s’agit que de la traduction d’une peine et d’une solitude profondes.

Elle se mue en une prière dans Stretch your eyes invoquant la grâce d’un royaume intérieur déchu. Dans l’immédiateté de ce lien avec la musique qu’Agnes Obel entretient depuis ses débuts, les atomes de sa relation au temps surgissent. Ils concrétisent une déchirure constante qu’elle ose partager. Sans colère. Toujours pour le meilleur.

 



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