aimee mann

L’Américaine Aimee Mann revient aujourd’hui avec son nouvel album, Mental Illness. Si l’auteure, compositrice, interprète et multi-instrumentiste a su se faire attendre depuis la sortie en 2012 de son dernier opus solo Charmer, elle a su également rester égale à elle-même. Mental Illness envoûte et permet d’explorer un peu plus encore le monde d’Aimee Mann, entre sensibilité à fleur de peau et élans folk so tender.

Elle grandit à Bon Air dans le Richmond jusqu’à intégrer le fameux Berklee College of Music de Boston. Jusqu’à lui tourner le dos pour monter son premier groupe punk The Young Snakes. Jusqu’à lui tourner le dos à son tour pour en créer un autre avec son boyfriend de l’époque, Michael Hausman. ‘Til Tuesday sort trois albums, mais le dernier sera fatal au groupe. Tout comme la rupture d’Aimee Mann avec Michael. Tout comme la suivante avec Jules Shear.

L’intimité d’Aimee Mann et les batailles qu’elle mena avec ses différents labels successifs témoignent de sa propension à sacraliser une démarche artistique qui vient des tripes. C’est sans doute pour cette raison qu’elle décide en 2000 de créer son propre lablel, SuperEgo, à l’occasion de la sortie de son troisième album Bachelor No. 2. Quelques mois seulement après ses deux nominations aux Oscars et aux Golden Globes pour Save Me, l’une des mélodies emblématiques de la bande originale du film Magnolia qu’elle écrivit et composa dans son intégralité.

C’est justement grâce à Magnolia qu’elle réussit à élargir son audience. On se souviendra également de One, Deathly, et surtout de Wise Up, l’une des chansons les plus mémorables. Tout y est : la mélancolie, la douceur, la leçon, la projection, l’accaparement, l’enivrement. Un morceau que l’on se passe en boucle, qui initie une certaine forme d’addiction.

Ne me quitte pas

Il est à nouveau question d’addiction dans Mental Illness. Et là ou Aimee Mann sidère, c’est dans sa capacité à générer une obsession en évoquant précisément celles des autres. Ces anonymes auxquels elle emprunte les détresses mentales pour les coupler à des réflexions personnelles. Le tout enchante, malgré la gravité des thèmes abordés.

Mental Illness est une pièce de théâtre dans laquelle la plupart des personnages existent en parallèle d’une réalité qui leur échappe. L’un est un patient en psychiatrie dans Lies of summer, un autre ne cesse de boire dans Philly sinks. Un troisième expérimente tout le frisson de sa bipolarité dans Rollercoasters.

Mental Illness nous immerge dans une urgence teintée de détresses actuelles ignorées, reléguées, dépossédées. L’album va plus loin et devient une histoire qui devient presque un conte des temps modernes grâce à la voix et les talents narratifs d’Aimee Mann, profondément incrustés dans ses compositions et ses chants.

Même si je sais que tu le feras

Quand même. Le titre You never loved me dévoile le discours sans ambages d’Aimee Mann lorsqu’il s’agit de parler d’amour. Celui-ci se transforme en un prétexte pour révéler les aspects irrationnels des passions et le cercle vicieux des compulsions. Il est aussi ces choses qu’on sait qu’elles adviennent ou n’adviennent pas.

Il est enfin une psychose faisant sa place sans forcer dans l’esprit de celui qui le sait s’envoler, comme c’est le cas dans Simple Fix. Pourtant, cela n’empêche pas le cœur de réitérer ses choix initiaux, et ce, même s’il s’agit de répéter les mêmes erreurs, comme c’est le cas dans Poor judge.

Avec Mental Illness, Aimee Mann signe sa reconnaissance de dette émotionnelle. La tonalité de l’album est certes désespérée. Pourtant, il y a cette brillance répondant à l’expression simple de sentiments surmenés. Celle-ci nous invite à nous vautrer délicieusement dans l’intrigue d’Aimee Mann, ainsi que dans cet équilibre porté par les structures musicales et leurs mots. Une synergie en accord avec son temps tout autant qu’avec le nôtre.

 



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