Alison Moyet

Pour ceux qui, comme moi, sont nés dans les années 80, nul doute que sa voix ne vous laissera pas indifférent. Et pour cause : vous la connaissez bien. L’ancienne lead vocal du groupe anglais Yazoo, Alison Moyet, revient cette semaine avec un neuvième album studio intitulé Other. Au tempérament énergique et déterminé de l’éternelle punkette à la voix soul répondent des sonorités qui n’hésitent pas à faire le grand écart sous les doigts de Guy Sigsworth.

Sa mère est anglaise, son père français : née à Billericay en Angleterre, elle fêtera ses 56 ans dimanche, soit deux jours après la sortie de son nouvel opus, Other. Si Geneviève Alison Jane Moyet n’a jamais cherché à avoir une emprise quelconque sur le temps qui passe, celui-ci n’a jamais réussi à avoir une quelconque emprise sur elle ni sur sa liberté.

Alison Moyet fait partie de ces figures artistiques qui, par le caractère unique de leur talent et le talent de leur caractère bien trempé et complètement original, ont marqué l’histoire de la musique malgré des rebondissements qui auraient pu ternir cette empreinte et la faire disparaître du jour au lendemain.

Mais Alison Moyet a la verve, elle voit loin. Elle s’inscrit surtout dans un respect constant vis-à-vis des gens avec lesquels elle collabora, vis-à-vis aussi de ceux pour lesquels elle écrit et chante depuis plus de 35 ans maintenant.

De ses premiers émois musicaux à l’écoute des titres de Kate Bush et de Janis Joplin, à la formation avec Vince Clarke du groupe new wave Yazoo en 1982 devenu culte avec des morceaux tels que Don’t Go ou Situation, en passant par le lancement de sa carrière solo dès 1984 avec son premier album Alf se classant à l’époque premier dans les charts britanniques, Alison Moyet a de la ressource et le démontre une fois de plus dans Other, une neuvième production terriblement actuelle, voire bien plus avant-gardiste que celles de certains groupes se revendiquant des musiques actuelles.

Accepter son autre comme le seul

Dans Other, Alison Moyet tend à procéder à l’analyse de la société du point de vue de chaque individu, qu’elle se garde d’ailleurs de vouloir expliquer au-delà des paroles de ses chansons. L’idée est donc de laisser libre cours à l’interprétation de chacun. Plus encore : il s’agit de laisser chacun face à sa seule responsabilité afin qu’il considère le plus justement son parcours, sa vie et le rôle qu’il y tient.

« J’ai toujours essayé d’expliquer les paroles de mes chansons par le passé. Mais les mots que j’utilisais pour en parler étaient finalement trop éloignés du sens que j’escomptais alors en les écrivant, déclarait-elle récemment dans les pages d’Electricity Club. Si je n’ai plus de lien avec certaines de mes précédentes chansons, cela ne signifie pas pour autant que les gens n’en ont pas encore aujourd’hui avec elles. Leur perception, je me dois de le comprendre, est différente de la mienne. Et je ne souhaite pas colorer leurs pensées ».

La tempérance d’Alison Moyet se fait jour alors qu’elle fut toujours dans l’esprit de la femme et de l’artiste. I Germinate souligne ainsi sa capacité à se remettre en question, à s’ouvrir. À témoigner aussi, pour sa génération et celles qui l’ont suivie. Y compris celles dites X, Y, Z… Dans Happy Giddy, Alison Moyet égratigne la vie « parfaite » de ces dernières, étalée sur les réseaux sociaux et usant de propos mielleux et de réflexions tournant autour du pot pour faire grimper leur réputation.

Et se grimper finalement les uns sur les autres.

Être la seule pour fédérer les seuls autres

Alison Moyet n’a pas coutume de faire dans la dentelle. Une fois de plus, elle le confirme dans Other en assumant complètement son franc-parler et ses perspectives. À l’instar de son titre Beautiful Gun pour lequel certains commentateurs ont pu percevoir un double sens pouvant porter à confusion. Pas pour elle. Mais là où ceux-ci voient une évocation phallique, Alison Moyet préfère en rire et souligner la lâcheté de ceux menaçant la vie de quelqu’un avec une arme.

« Je préfère rester grossière et continuer à parler de toutes ces choses que vous n’aimez pas plutôt que de me retrouver en concert face à un public qui viendrait écouter Céline Dion et d’autres choses. Je préfère me produire devant un public plus restreint qui comprend que je suis une artiste qui s’exprime elle-même et librement de la même façon que je respecte quiconque faisant la même chose ».

Dans les yeux d’un Lover, Go. À travers votre seul regard, voyez et vibrez avec toute la diversité de cette réalité qui vous entoure. Plus en vie qu’en ligne. Ces Reassuring Pinches seront sans doute celles qui vous éviteront le nœud coulant d’être l’autre. Pour être vous, Alive, dans les échos façon Depeche Mode. À la manière d’une ère dont certaines des luttes méritent plus que d’être tout simplement oubliées.

 



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