alt-j relaxer

Joe Newman, Gus Unger-Hamilton, Thom Green : les trois protagonistes d’Alt-J sortent aujourd’hui leur troisième album, Relaxer. La langoureuse magie du groupe originaire de Leeds en Angleterre opère toujours. Les vœux ancestraux s’expriment et se réalisent à travers huit titres inédits s’inscrivant dans une continuité qui dépassera sans aucun doute la fin des temps.

« Nous faisons en sorte que chaque nouvelle expérience connectée à une chanson soit aussi puissante qu’un crochet du gauche. Par conséquent, s’il y a un changement dans la mélodie ou une baisse de régime dans la manière dont chacun d’entre nous joue, nous prenons le temps de considérer ce moment même s’il est éphémère […] Nous consacrons la même quantité de temps à ces moments qu’à ceux qui se répètent encore et encore. Tout doit être de haut niveau et du même niveau, peu importe le nombre de fois que nous jouons chaque morceau concerné ».

Dans cette déclaration d’Alt-J remontant au temps de son premier opus An Awesome Wave paru en 2012, l’ADN du groupe se faisait jour et témoignait déjà de son perfectionnisme tant technique qu’émotionnel. This is All Yours, sorti deux ans plus tard, avait confirmé cette perspective prégnante et adossé tout contre celle-ci une folie maîtrisée conservant toute son essence.

Ainsi, depuis sa révélation au monde il y a cinq ans, Alt-J traverse déjà les âges. Le ressenti de ses fondateurs est resté complètement instinctif, viscéral, même après le départ de Cameron Knight. Plus que jamais. Relaxer ne déroge pas à cette réalité.

Baisers solaires, caresses funèbres

Sur l’air trip-hop de 3WW en première plage, l’esprit n’a d’autre choix que de se poser. Les cordes intriguent et tissent leur toile sans emprisonner. Gus Unger-Hamilton accueille notre nouvelle liberté quand celle de Joe Newman se fait repère dans un monde inconnu, jusqu’à l’entrée d’Ellie Rowsell aka Wolf Alice, pour 3 Worn Words – trois mots usés – pourtant si simples à préserver.

Je t’aime. Moi non plus. Dans l’écriture d’Alt-J et dans sa mise en scène, la volonté de donner un sens. Il n’échappe finalement à personne. De la matière naît la légende, celle d’une nonchalance dissimulant la compréhension précise des sentiments humains. Y compris lorsqu’il s’agit de les décortiquer et de les vivre durant une fête d’été improvisée autour de la piscine In Cold Blood, en invoquant le soleil et le baiser de la faucheuse.

Jusqu’où se souvenir, par qui ?

Adeline répond à Matilda en sixième plage, et sa photo où Alt-J la voit nager dans une mer plus bleue que bleu intensifie sa solitude et son désespoir. Elle succède à la photographe Elizabeth Lee Miller, la Dead Crush de Joe Newman, à la beauté inaccessible à jamais, transcendant les photos qu’elle prit et qu’elle fit de son vivant.

Si Relaxer incarne l’hommage, celui-ci demeure original. House of the rising sun dépasse ainsi la seule reprise du titre signé par Animals. Gus Unger-Hamilton décrit ainsi l’empreinte d’Alt-J dans ce morceau comme une révérence à la musique folk « qui ne se borne pas à combler le vide ». Le second couplet tout comme le refrain de la version d’Alt-J ne méritaient pas une telle information complémentaire.

Car dans les mots du Pleader clôturant ce nouvel épisode des grands travaux d’Alt-J, chacun saisit, si ce n’était pas encore le cas, sa chance de ressentir et d’être en vie. Dans la nostalgie de cette verte vallée embrassant en passant celle de l’écrivain Richard Llewellyn, les nouveaux hommes d’Alt-J accueillent l’avenir sans s’éloigner de leur enfance. Sans omettre les instants de bonheur. S’interroger pour se souvenir à quel point leur vallée était verte. À quel point le feeling d’un temps qui ne se rattrape plus était précieux et le restera.

 



Retrouvez toute l’actualité d’Alt-J sur sa page Facebook et son site officiel. Alt-J sera en concert le 10 juin au 106 à Rouen.