OKKERVIL RIVER

Il n’arrivera sans doute jamais à quitter les sixties comme son look l’atteste, une fois de plus. Pourtant, l’Américain Will Sheff et son groupe Okkervil River ont su incorporer une émotion avant-gardiste à leur huitième album Away à paraître ce vendredi. Une fois de plus… Au programme : une pop d’avant-demain embrassant une folk duveteuse dépassant le simple alliage de circonstance.

En 2018, Okkervil River fêtera ses vingt ans. Le temps file à une vitesse ! Pourtant, il n’a pas de prise sur le groupe texan, bien décidé à rester maître de ses choix notamment lorsqu’il s’agit de la réelle époque à laquelle ses membres demeurent attachés.

Ainsi, au-delà des coupes de cheveux et des apparences vestimentaires qui ne font décidément pas les moines, Okkervil River se distingue par sa recherche permanente d’antagonismes musicaux qu’il séduit pour les marier finalement à une vision mélodique servant son identité et le grand écart générationnel le menant à avoir – déjà – un pied ancré dans un sol vaporeux : celui d’un nuage qui n’est en fait qu’une brume de l’avenir.

On pourrait presque croire que les compères de Will Sheff, autrement dit, Will Graefe, Cully Sygmington, Benjamin Lazar Davis et Sarah Pedinotti, sont ces êtres invisibles enfermés dans la boule de cristal d’une voyante dont les visions seraient les leurs.

Balade dans le temps

Okkervil River est anachronique car Okkervil River est déjà dans le futur.

Depuis la sortie de leur tout premier album auto-produit Stars too small to use sorti quelques temps après sa formation en 1998, c’est en tous les cas ce que le chemin du groupe nous enseigne. De la folk incarnée dans Don’t fall in love with everyone you see, au rock vibrant de son quatrième opus The stage names sorti en 2007 – et les couleurs vocales de Will Sheff dont la voix devenait parfois jumelle de celle Matthew Bellamy notamment sur le titre Unless it’s kicks – en passant par les convergences synthétiques de l’album I am very far – hommage à peine voilé à l’univers curien , entre autres sur le morceau The valleyOkkervil River s’éprend d’une liberté dépassant les genres pour accompagner la mutation du son et des sensations qu’il procure au-delà de celles attendues.

Réalisme salvateur

Ainsi, cette nouvelle production intitulée sobrement mais sans hasard Away permet à Okkervil River de revenir, non pas à des fondamentaux, mais à ses fondations folk tout en distillant une pop subtile synonyme d’un je-m’en-foustisme de façade comme c’est le cas pour le dernier single The industry dans lequel l’orgue répond aux tiraillements vocaux de Will Sheff, comme l’aurait fait par exemple un David Bowie en son temps.

La guitare acoustique et la montée en puissance de R.I.P. vous laissera sans doute dans une circonspection plaisante tout autant qu’elle le fut pour moi. Une petite dose de réalisme ne fait pas de mal de temps en temps : ça revigore, ça relance les moteurs. Pour ce faire, il suffit de se laisser pénétrer par le texte et la composition en ayant pris soin au préalable de monter spontanément dans la DeLorean d’Okkervil River.

 



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