Misery

Adapté du roman culte du même nom écrit par Stephen King, Misery est le sixième long métrage réalisé par l’Américain Rob Reiner, un peu plus d’un an après son cinquième, le non moins célèbre Quand Harry rencontre Sally. S’il est également question d’amour dans Misery, le film trace les contours particuliers d’une forte ambiguïté dans les rapports entre un artiste et certaines composantes de son public. La folie en est le fruit, violente et vindicative. À moins qu’elle n’ait toujours été là, tapie dans l’ombre de réalités que tout oppose, épiant l’instant où elles entreront en collision pour ne faire plus qu’une, bien malgré elles.

Paul Sheldon (James Caan) est un auteur à succès. Il vient de terminer le dernier épisode de sa saga contant les affres et les amours de son héroïne Misery. Dans le confort et la solitude de son chalet au creux des montagnes, le destin de Misery a scellé sa fin, permettant à son créateur de tourner la page et d’anticiper déjà les prochains projets d’écriture dans lesquels il souhaiterait s’investir.

Repartant pour la ville par des routes sinueuses, le temps se couvre et la neige tombe à gros flocons. Paul finit par perdre le contrôle de son véhicule et atterrit dans un ravin. Il est sonné et s’évanouit. Dans le flou de ses yeux qui se ferment, il perçoit les traits d’une personne venue à son secours.

Dans celui de ses yeux qui s’ouvrent à nouveau, il entrevoit pour la première fois les murs de sa cellule. Une chambre à la décoration passée habillée d’une seule fenêtre. La porte s’ouvre, voici donc celle qui le sauva de son triste sort. Annie Wilkes (Kathy Bates) vit seule et elle est une fan inconditionnelle de Paul. Le visage est avenant, la démarche presque maternelle. Mais très vite, le naturel de cette ancienne infirmière refait surface.

Ses intentions sont diaboliques et écrivent les premières lignes d’une histoire que même l’imagination sans limite de Paul n’aurait pu concevoir. En ressortira-t-il vivant ?

Je suis ou ne fuis plus

Misery fut publié en 1987 pour être porté sur grand écran par Rob Reiner trois ans plus tard. Stephen King s’inspira d’une nouvelle d’Evelyn Waugh intitulée L’homme qui aimait Dickens, grâce à laquelle il imagina la confusion des rôles, clef de la réussite de Misery.

En effet, le personnage de fiction devient de plus en plus réel au fur et à mesure que la trame se déroule. Sa mort initiée par la plume de l’auteur devient l’enjeu de la vie de sa lectrice psychopathe, qui en arrive à exiger sa résurrection. Misery change de main tout comme son existence : il vivra si elle survit.

Un huis-clos haletant

Au-delà, la promiscuité qui s’instaure entre les deux personnages principaux illustre les frictions de deux mondes aux antipodes l’un de l’autre. D’un côté, l’écrivain érudit venant des beaux quartiers urbains. De l’autre, la lectrice déjà condamnée pour mauvais traitements et recluse dans une maison perdue dans la campagne profonde, accusant le passage des années.

Les sphères s’entrechoquent. C’est une véritable course contre le temps et les illusions qui se met en place. Kathy Bates est impressionnante dans l’interprétation schizophrène d’Annie Wilkes, prisonnière des chimères de Misery et de sa démence. Il n’est jamais bon de vivre à travers les personnages de ses romans ou de ses films préférés. Tout reste à savoir si la sentence ne vaut que pour celles et ceux qui les lisent ou qui les regardent.