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Quatorze ans après le premier volet de la série, la Mémoire dans la peau, réalisé par Doug Liman, Matt Damon revient incarner le personnage de Jason Bourne sur grand écran dans un quatrième épisode portant simplement son nom. Porté par un casting de choix, le film tient en haleine et répond aux attentes des fans. Au-delà, il est le témoignage d’une époque en profonde mutation, la perspective d’une société déchirée entre la préservation de ses libertés individuelles et l’accentuation des moyens de surveillance de chaque individu mis en place par le système.

Ses tempes sont grisonnantes, mais son regard est le même : Jason Bourne (Matt Damon) roule vers son prochain match organisé à la frontière de l’Albanie et de la Grèce. Les parieurs sont surexcités quant à l’issue du combat. Un combat à mains nues qui se termine en trois secondes grâce à un seul uppercut du gauche de Jason Bourne qui, s’il est devenu un clandestin dont l’objectif quotidien est d’échapper aux radars de la CIA, porte sur sa peau les stigmates de luttes infinies comme les écailles d’une carapace dure comme le fer.

La percée de Nicky Parsons (Julia Stiles) dans les fichiers informatiques de la CIA va déclencher une nouvelle chasse à l’homme au moment où celle-ci rejoint Jason à Athènes pour lui confier ses dernières découvertes quant à son passé et à son père, initiateur du programme pour lequel il décida de tout abandonner suite à son assassinat.

Au cœur des révoltes citoyennes du peuple grec organisées dans les rues de leur capitale suite à la crise économique majeure ayant touché le pays, les équipes du nouveau big boss de la CIA Robert Dewey (Tommy Lee Jones) se déploient pour prendre Jason et Nicky en tenaille. Dans l’ombre, Asset (Vincent Cassel) se positionne et attend son heure pour décocher son tir d’élite. Mais c’est sans compter sur l’intervention en catimini de la nouvelle directrice des services cybernétiques de la CIA Heather Lee (Alicia Vikander), qui voit dans cette opération une occasion de prendre la place de Dewey en épaulant Bourne.

Exposition

La réalisation de ce quatrième volet de la série Jason Bourne revient une fois de plus à Paul Greengrass. Celui-ci l’avait pris en main dès 2004 avec celle de son second volet, la Mort dans la peau. Récompensé d’un Ours d’or en 2002 pour son film Bloody Sunday et d’un British Academy Film Awards en 2007 pour Vol 93, sa touche se distingue par sa capacité à combiner l’intensité de l’action avec celle de l’exposition.

Une exposition débouchant sur des questions sociétales majeures : en l’occurrence, le contrôle total de chaque être humain connecté au web par la captation, l’enregistrement, et l’utilisation à son insu de ses données personnelles dans le cadre d’une crise économique, culturelle et sécuritaire internationale tenace.

Révélations… en chaîne

Aux strass, aux paillettes et à l’argent coulant à flots dans les cash machines de Las Vegas, Greengrass oppose la révolution d’un peuple grec affamé. Au « rêve profond » d’un ingénieur milliardaire (Riz Ahmed) voulant redonner tout son sens à la plate-forme internet qu’il créa pour magnifier les libertés de chacun répond celui du système, échafaudant tous les plans nécessaires pour s’assurer un accès à cette dernière et réduire au silence son créateur au cas où il donnerait l’alerte.

Pari gagné donc pour Greengrass qui efface nos craintes légitimes d’un essoufflement de la série dès les premières minutes. Matt Damon se réapproprie son rôle de manière presque instinctive. Jason Bourne a encore de beaux jours devant lui, sans doute d’ailleurs y-aura-t-il une suite à ce nouveau volet. Rappelons que la trilogie ayant inspiré les films et écrite par Robert Ludlum fut poursuivie par l’américain Eric Van Lustbader en 2004. Son treizième tome, The Bourne enigma, fut publié l’année dernière… La suite au prochain épisode.