mathieu saïkaly quatre murs blancs

À quelques jours de la sortie de son deuxième album le 18 octobre, Quatre murs blancs, Mathieu Saïkaly se confie tant bien que mal à Skriber. Le jeune auteur, compositeur et interprète, propulsé sur le devant de la scène en 2014 par la Nouvelle Star, a tracé sa voie. Aidé de son mentor Nicolas Rey, Les Garçons Manqués deviennent à leur tour des hommes réussis.

26 ans et déjà l’âme ailleurs. Dans l’expression poétique et musicale de ce qu’il est, Mathieu Saïkaly ne transige plus. Même si, parfois, il tâtonne encore un peu. Depuis la sortie de son premier EP en mars 2015 et celle de son premier album A Million Particles en novembre de la même année, il interfère avec les certitudes de l’adolescent qu’il fut. Il engage avec lui-même un échange épris qu’il incarne à la force de la vérité et du paradoxe qui la fait naître. Dans Quatre murs blancs à paraître le 18 octobre, il transforme la faiblesse en puissance en cessant de la grimer.

Enfant d’une mère italienne et d’un père libanais, Mathieu Saïkaly est aussi celui d’un éveil fortuit au monde. Et d’un autre, espéré. Il bondit au-dessus des frontières, de la Chine aux États-Unis en passant par le Liban, sa guerre, ses gens. “Ils gardent les bras ouverts. Il y a un raffinement dans leur ouverture d’esprit. Cela fait partie de leur éducation, c’est ancré culturellement. Et ce, malgré la persistance de certaines traditions et la place laissée aux apparences.” Comme une éponge, il s’imprègne de la dimension des adultes et de celle du vivant.

Mathieu Saïkaly : sauter n’est pas répliquer

À l’école, il devient le plus petit de la classe après en avoir sauté une. Il apprend à s’intégrer par l’observation, sans verser dans la mimique. “Un tel contexte m’a beaucoup ouvert l’esprit. En plus, je suis très curieux de nature. Quand les grands te montrent des choses, tu les écoutes, tu les observes, tu les digères. Pour finalement en faire ce que tu en veux.” L’esprit de réinterprétation est déjà là, il confectionne son nid. Sa fac d’anglais parachève son éducation littéraire. Il y découvre notamment Henry James : “The Aspern Papers était le premier bouquin que je finissais et qui m’a fait réfléchir à la vie, à la mienne. Une vérité profonde liée à l’être humain.”

Nuit blanche, moteur, ça tourne… Dans les studios de France Inter ce soir-là, Nicolas Rey rend hommage à l’un de ses auteurs fétiches, si ce n’est le premier de tous : Philippe Djian. Il a convié Mathieu Saïkaly à se joindre à la partie, son “poulain” alors qu’il le découvre avec son fils dans la Nouvelle Star quelques temps plus tôt. Il mise sur lui pour former un tandem de Garçons manqués qui n’éprouvent plus aucune peine à ressentir et à vivre leur féminité. “Ma rencontre avec Nicolas est un vrai début d’histoire”, confie t’il. “Comme le symbole d’une étape.”

mathieu saïkaly double face

Double face et visage à découvert

“Pour effacer toutes les traces, les alarmes, le vacarme”, Mathieu Saïkaly se rend. Il fait l’expérience d’un effondrement de quelque chose qui le dépasse, bâti sur plusieurs années et qui ne tenait finalement qu’à un fil. La colère, lorsqu’elle existe, est envers lui-même. D’où la nécessité “d’ouvrir le champ, en accordant plus d’attention à la cohérence des choses. En considérant les émotions comme des présences tout autant que la complexité de ce qui m’entoure. Enfin, par la quête d’une pureté qu’aucun parasite ne viendrait abîmer, du moment où ma chanson est écrite et composée à celui où elle est diffusée.”

Quatre murs blancs pour se libérer des jugements. Pour revivre cet entre-deux au début de sa vingtaine. Dans lequel se croisent des gens du double de son âge et des ados de quinze ans qu’il comprend. Et finir par briser les codes familiaux et familiers “pour voir différemment et le plus important”. Je ne me souviens de rien comme pour dire qu’il se souvient de tout, sans laisser supposer qu’il se livrera un jour. “La vérité est souvent très compliquée à saisir. Les gens qui sont cohérents sur toute la ligne et/ou dans une vérité qu’ils ne travestissent pas sont rares. Quelqu’un qui te tend une main chaleureuse peut aussi être un véritable monstre.”

Mathieu Saïkaly : une gifle pour se révéler enfin

I Don’t Want. L’identité s’affirme en sachant d’où elle vient et les lieux qu’elle ne souhaite plus connaître, bien plus encore que ceux qu’elle veut visiter. “Il a fallu que je me prenne un mur pour me rendre compte que je me mentais à moi-même. Je n’avais pas la maturité pour réaliser qu’en définitive, je n’étais pas si proche que ça de moi-même.” Beau comme un dieu, ce chevalier sans monture aux premières lueurs du jour, harassé et fier de l’être. Une énergie “avec laquelle tu avances qui va te confronter à des énergies similaires. Sans que tu ne saches vraiment au départ les qualifier. Souvent, c’est parce que tu manques de recul sur ta vie. Plus j’avance, plus je considère le chemin que j’ai parcouru. Et plus je réalise cette dynamique qui m’entraîne dans des contextes où elle peut continuer à se développer.”

“Comme des actes m’amenant dans la direction de leurs conséquences” : que c’est intensément résumé. “Plus profondément le chagrin creusera votre être, plus vous pourrez contenir de joie” écrivait en son temps le poète et peintre libanais Khalil Gibran. La peine de Mathieu Saïkaly s’est à son tour remplie d’autre chose. “À travers ce deuxième album, j’ai tenté de trouver une profondeur en moi. Quand ses chansons en français décrivent une tristesse et un déséquilibre, celles en anglais impulsent une force. Je suis curieux de voir ce qui se passera chez ceux qui les écouteront, dans cette façon de me partager.”

 


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