3somesisters

Hier, derrière le piano de Yael Naim. Aujourd’hui dans leur seule lumière. Ils avaient beau chanter le lâche de leur prêtresse, ils font partie de ces rares sachant se mettre à nu subtilement, totalement. S’ils confessent une pudeur, ils riment en elle. Et s’ils osent un jour vous montrer leurs fesses, ma foi, voyez cela comme la plus belle des promesses. Un tantinet versatiles, toujours habiles, voici les 3SomeSisters. Une, deux, trois, quatre roues sous le carrosse, et les galops fous de milliers de chevaux pour tirer nos rêves tout près des leurs.

Entretien du 13 octobre 2016 – MAMA Festival – Paris

Sophie – sosie officiel de Nelly Furtado – Florent, Bastien, Anthony, bonjour, et merci d’avoir accepté cette interview. Dans la vie, vous êtes comme tout le monde. Sur scène, vous êtes comme vous. Vous êtes les 3SomeSisters, mélange instable et pourtant complètement maîtrisé d’influences musicales, cinématographiques et scénographiques ayant un point en commun : la force de leur identité. J’ai voyagé grâce à vous à travers le temps aux côtés de Freddie Mercury, de Björk, de Depeche mode, de Farinelli, de Florence and the Machine, de Priscilla, de Scissor Sisters, de Cocorosie, de Bowie, du Cirque du Soleil, d’Emiliana Torrini. En creusant un peu, je me suis aperçu que vous vous revendiquiez de certaines de ces figures, du pape en prime. Pourtant, votre hystérie collective ne ressemble à aucune autre. De quelle planète venez-vous ?

Florent : Épouse-moi !

(rires)

Florent : Je ne vois rien de plus à dire… Nous sommes sacrément terriens en tous les cas. Nous sommes Français aussi pour pas mal de choses même si nous venons d’un peu partout sur cette planète : de par nos goûts, nos influences, nos racines. Bastien de la Réunion, Sophie du Venezuela.

Ça fait rêver ça aussi…

Florent : En même temps, on t’a donné les destinations soleil là.

Bastien : On n’a pas dit par exemple qu’Anthony était de Metz.

C’est très joli Metz enfin !

(rires)

Bastien : Disons que c’est un peu moins exotique. C’est différent.

Existait-il dans vos girons familiaux des personnes ou des faits qui pouvaient laisser présager l’émergence en vous d’une SomeSister à l’âge adulte ?

Florent : Complètement. J’ai des psychopathes dans ma famille. Ça colle…

Anthony : On va peut-être éviter d’en parler aujourd’hui Florent ?

Bastien : Perso, j’étais déjà une SomeSister à l’âge de douze ans (rires).

Sophie : J’ai aussi des photos de moi toute petite en travesti. Beaucoup même.

S’il y avait une personne que vous souhaiteriez citer aujourd’hui pour lui rendre hommage, quelle serait-elle ?

Florent : Ma mère, Björk, et mon papa Klaus Nomi.

Anthony : Moi, mon père est stripteaseuse…

Déjà faite cette réponse Anthony !

Bastien : T’as bossé ton sujet !

(rires)

Anthony : Mais il n’empêche qu’il est vraiment stripteaseuse, je n’invente rien ! (rires)

Bastien : Ma mémé, Björk.

Sophie : Pareil.

Pourquoi avez-vous tant de mal à partager avec le public ces gens qui font réellement partie de votre vie, au-delà des références musicales qui vous animent et que j’ai rappelées tout à l’heure ? Pourquoi ne parlez-vous pas de vos vrais parents, de vos vrais frères, de vos vraies sœurs ?

3somesisters-2016-2Sophie : On peut parler de ma maman. Ça évitera qu’elle se vexe du fait qu’on ne parle jamais d’elle (rires). Ma mère vient à tous nos concerts depuis le début. Elle a tout filmé, elle a tout pris en photo. Je pense qu’elle est notre fan number one. Je lui rends hommage ce soir.

Que t’a-t-elle transmis lorsque tu étais petite qui t’a poussé à opter pour la musique ?

Sophie : Tout a débuté à l’âge de six ans lorsque j’ai commencé le violon.

Et toi Bastien ? Car tu n’es pas qu’une SomeSister, tu fais aussi des covers de The Police, que j’ai d’ailleurs adorées…

Bastien : T’as vraiment potassé dis-donc !

Anthony : T’as plein de musiciens dans ta famille Bastien.

Bastien : Oui justement. Ma première figure musicale fut mon grand-père. Il faisait partie d’un groupe qui s’appelait Les Pépés du 400 à la Réunion, et qui était assez connu à l’époque.

Florent : J’ai eu la chance d’écouter l’un des albums du groupe.

Bastien : (rires) C’était un album que mon grand-père avait enregistré pour ses quatre-vingt-un ans.

Et toi Florent ?

Florent : Ma mère tout d’abord. Elle était pianiste. Mon père aussi, qui était percussionniste. Par conséquent, j’ai pas mal baigné dans la musique lorsque j’étais petit.

Anthony : Quant à moi, mes parents m’ont forcé à faire de la musique dès le plus jeune âge.

Vraiment ?

Anthony : Oui.

Bastien : Les salauds !

Anthony : J’étais sage donc je leur obéissais. J’ai commencé par le piano à six ans. Mon père avait fait un peu de batterie quand il était jeune. Mais au final, ni lui ni ma mère n’étaient vraiment musiciens. Je n’avais vraiment pas envie d’apprendre à jouer d’un instrument. Je préférais jouer avec mes amis.

Tu voulais faire du striptease en fait, comme ton père ?

(rires)

Anthony : Au final je les remercie quand même de m’avoir obligé à apprendre la musique.

“Dans 3SomeSisters, il y a une recherche musicale et humaine qui nous pousse à aller plus loin, à aller chercher ensemble les limites que nous n’aurions jamais pu imaginer”

 

Vous avez sorti votre premier EP Cross début 2015. Et en mars dernier, c’était au tour de votre single Rope d’être diffusé. En parallèle, vous avez été finalistes du tremplin de France Inter, vous avez joué au Printemps de Bourges, aux Transmusicales de Rennes. Et récemment, vous avez été sélectionnés pour le FAIR 2017 : félicitations ! Vous explosez les compteurs sur Ulule pour financer l’avancée de votre projet musical, et comptabilisez plus de 6500 followers sur Facebook. Franchement, le succès annoncé de votre corporation multigenre n’est-il pas un peu déroutant ?

Anthony : Non, ça va.

(rires)

Florent : Je crois qu’il n’y a rien d’autre à ajouter.

Nous allons rester là-dessus dans ce cas (rires). 3SomeSisters ne semble avoir aucune limite, y compris dans ses codes vestimentaires et cosmétiques ainsi que dans sa scénographie et dans sa communication. Ne se cacherait-il pas un peu de timidité et d’hypersensibilité derrière cette stratégie marketing sophistiquée ultra-inspirée et dans cette folie ultra-communicative ?

Bastien : Tu nous perces tellement à jour !

(rires)

Arrête, tu vas me faire jouir !

(rires)

Florent : Tu lis en nous comme dans un livre ouvert.

Sans doute, mais j’ai déjà ma réponse en fait. Vos visages enfantins lorsque vous m’avez parlé de vos proches tout à l’heure en ont dit long, très long ! En écoutant vos lives, j’ai aussi perçu votre travail acharné et cette précision dans la technique vocale de chacun. Une technique au millimètre près perforée par une harmonie sensorielle lorsque vous êtes tous les quatre réunis sur scène. Qu’adviendra-t-il de tes covers Bastien, de La Chica – ton projet musical parallèle Sophie – et de Flawd – ton projet musical parallèle Florent que tu réalises avec Anthony – une fois que vous vous produirez au Stade de France, ou sur la place St-Pierre du Vatican ?

Bastien : On fera nos premières parties !

Florent : Super idée ça ! En toute humilité, en toute simplicité.

(rires)

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Que trouvez-vous dans vos projets parallèles que vous ne trouvez pas dans 3SomeSisters ?

Florent : Disons que 3SomeSisters est une expérience bien particulière qui nous encourage à nous surpasser. Elle nous pousse aussi parfois aux compromis, tant au niveau de nos choix artistiques que musicaux. Les projets parallèles sont des discours bien plus personnels.

Je comprends dans une certaine mesure. Mais on sent quand même une grande part de vous dans 3SomeSisters.

Florent : Ce qui nous intéresse vraiment, c’est l’addition de ce que nous avons à dire ensemble d’une même voix avec 3SomeSisters.

Sophie : Ce n’est pas la même recherche. Il y a quelque chose de très grisant dans le fait de réaliser son projet parce que cela nous permet de nous exprimer de façon très brute. Nous tentons d’être en accord avec nous-mêmes en règle générale, c’est plus facile. Dans 3SomeSisters, il y a une recherche musicale et humaine qui nous pousse à aller plus loin, à aller chercher ensemble les limites que nous n’aurions jamais pu imaginer. Nous arrivons ainsi à des résultats qui sont tout aussi grisants et plaisants, différemment.

Finalement, on peut utiliser la symbolique du couple. Un couple formé depuis plusieurs années et qui…

Florent : Et qui intègre une troisième personne ?

(rires)

Ça peut arriver ! Mais il existe aussi beaucoup de couples au sein desquels chacun des membres dispose de son jardin secret. Quel est le vôtre ? Est-ce vos projets parallèles respectifs ou 3SomeSisters ?

Sophie : C’est une belle analogie.

Anthony : On peut t’appeler docteur aussi ?

Pourquoi pas ? (rires)

Florent : Moi j’insiste, je veux bien être femme de docteur.

D’accord Florent. Je le note.

(rires)

Vous l’aurez compris, cette interview est depuis le début tronquée par ma partialité complètement assumée. Fall apart, Black hole, Look at me : s’il existe de très nombreuses autres personnes comme moi d’ores et déjà addicted aux 3SomeSisters, il en existe bien quelques-unes à l’opposé de cette adoration. S’il ne fallait n’en garder qu’un, quel serait le cliché employé par ces gens-là qui vous a le plus blessé depuis la création des 3SomeSisters ?

(silence)

Florent : Nous essayons de conserver un peu de distance. Nous mettons nos tripes dans ce que nous faisons, et nous sommes aussi conscients d’être dans un certain registre musical. Mais je me souviens en effet d’une fois où j’avais été un peu interloqué par une personne qui n’avait pas perçu de lien entre notre musique et nos choix vestimentaires. Elle ne comprenait pas qu’on se donne tout ce mal. Après tout, pourquoi pas ? On peut l’entendre. Même s’il est vrai que ça m’a fait un peu bizarre.

Sophie : Je m’en souviens. Cette personne disait qu’elle ne comprenait pas pourquoi nous étions déguisés comme ça.

Florent : 3SomeSisters est assez offensif visuellement. Il y a en effet quelque chose qui peut déstabiliser. Et je crois que ce qui dérange explique que certains soient moins enclins finalement à vouloir et à pouvoir comprendre. Je crois que c’est ce que souhaitais dire cette personne ce jour-là : « Il se passe beaucoup de choses. Pourquoi ? Pourquoi autant ? ». Nous avons donc pris le temps de lui expliquer que nous venions du drag, de l’époque glam. Que notre but était de développer ces origines dans notre musique mais aussi dans notre démarche vestimentaire.

Bastien : Nous n’avons jamais été blessés. Pour être franc, nous aimons bien déranger en fait. Ça nous plaît.

Et que répondriez-vous à ceux qui disent : grimer c’est tricher ?

3somesisters-2016-1Bastien : Qui dit ça ?! (rires) Sans vouloir donner une réponse préconçue, je pense que nous sommes tous grimés. C’est pour ça que j’aimerais bien avoir une discussion avec les personnes qui disent cela.

Florent : Je suis d’accord. Partant de là, et sans vouloir être cynique, nous trichons tous. Ru Paul, drag queen très connue, dit la chose suivante : « Hormis lorsque nous sommes à poil, nous sommes tous forcément dans du travestissement ». Quand on prend l’attaché-case, quand on s’habille avec un costume ou en tailleur, on est là-dedans.

Anthony : Oui. Moi je pense qu’on peut même le voir dans l’autre sens. Le fait d’être grimé pour certaines personnes leur permet justement d’être elles-mêmes. Chacun dit et pense un peu ce qu’il veut au final.

Merci les 3SomeSisters.

Anthony : Merci !

Sophie : Bisous.

Bastien : Bisous.

Florent : Bisous !

Bisous à vous quatre aussi ! On retrouve toute votre actualité et vos prochaines dates sur la page Facebook© des 3SomeSisters, et on se procure fissa votre dernier single Rope disponible sur toutes les plateformes dignes de ce nom. Rendez-vous l’année prochaine à l’AccorHotels Arena ? 😉