John and The Volta

Jonathan Ducasse est un auteur, compositeur et interprète bordelais. Il est à l’origine du projet musical John and The Volta. Depuis la sortie de son premier EP Empirical en 2013 puis celle de son « extended version » un an plus tard, il dessine les contours de son univers, mélange accaparant de sonorités électro psychédéliques et de textes presque murmurés. Il a sorti le mois dernier son premier album : Low Life, dans lequel on retrouve un certain nombre de ses références musicales, ainsi que les mouvements d’un homme en proie aux solitudes plurielles qui l’assaillent pour finalement l’en délivrer.

Jonathan Ducasse, bonjour, et merci d’avoir accepté cette interview. Le 24 mars était un grand jour pour toi et ton projet musical John and The Volta. Il marque en effet ton retour via la sortie de ton premier opus, Low Life, 3 ans après celle de ton premier EP Empirical : que s’est-il passé pour toi durant ces trois dernières années ? Pourquoi tant d’années de silence ?

Empirical a été une vraie expérience. L’exposition du projet, notamment grâce aux Inrocks, nous a permis de faire beaucoup de scènes, de rencontrer le public. En même temps, cette visibilité soudaine m’a renvoyé brutalement à mon image, à mes doutes. J’ai voulu prendre du recul et prendre le temps. C’est un luxe, je le sais. Il y avait beaucoup de questions auxquelles je devais répondre. En quelque sorte, j’avais besoin de renforcer mes propres fondations, en tant qu’homme et en tant qu’artiste. J’ai beaucoup composé et enregistré sans volonté de sortir quoi que ce soit. J’expérimentais de nouveaux sons, je travaillais ma voix et mes productions.

Vis-tu aujourd’hui de ta musique ?

Je ne fais que de la musique. C’est un choix, une volonté. Je me consacre prioritairement à John and the Volta mais je mixe et produis aussi pour d’autres groupes en parallèle. J’ai également fondé ma maison de disque, Rouge Neon Records, il y a quelques mois.

Ton premier album Low Life sort justement sous ton label. Qu’en est-il aujourd’hui de tes relations avec Julien Paschal, le fondateur du label TALK ! dont tu fus la première signature en 2013 pour ton EP Empirical ?

Julien Paschal est un ami. Il est maintenant à Barcelone, mais je lui demande très souvent son avis sur de nouvelles compos ou des productions. J’ai beaucoup d’estime et de reconnaissance pour Julien. Il a été le premier à croire en ma musique et à la pousser plus loin.

Quant au reste de l’équipe qui t’accompagne dans ton projet musical : y’a-t-il eu du mouvement ? Qui sont les Volta qui t’accompagnent de façon récurrente aujourd’hui en studio et sur scène ?

En effet, il y a eu du changement depuis le début du projet. J’ai enregistré Low Life seul, épaulé par Daniel Burkhart, le réalisateur du disque. J’avais besoin de vivre une forme d’aventure intérieure. Les Volta interviennent ensuite lorsque nous adaptons le répertoire pour la scène. J’ai besoin de cette connexion qui se crée quand on s’approprie les chansons.  Le guitariste, Jérôme, vient d’arriver dans l’équipe. C’est un plaisir de l’avoir sur scène avec nous, il apporte une nouvelle énergie au live. L’idée est de créer une synergie qui nous est propre et qu’on pourra partager avec le public.

John and The Volta live

Paralized et Ghosts étaient les deux morceaux phares de ton premier EP. Ils avaient efficacement posé les fondations de ton aventure, entre ambiances électro sombres diablement hypnotisantes et pop-folk désinvolte. Ils t’avaient également permis d’accéder à la finale des Inrocks Lab. Quelles sont les nouvelles expériences personnelles et/ou les thématiques sociétales ayant nourri la conception et la réalisation de ton premier album Low Life ?

Low Life un album très intime. Un album qui me ressemble. Il fallait qu’il ait un sens pour moi et qu’il puisse résonner sincèrement en ceux qui allaient l’écouter. J’ai longtemps lutter contre ma timidité. J’ai souvent masqué cette sensibilité qui m’a mis à l’écart et m’a fait me sentir différent. Je sais maintenant que tout ça me constitue, que cet état à fleur de peau fait de moi qui je suis. Il fallait que j’aille puiser là-dedans. C’était une évidence. Je sentais que le moment était venu d’assumer mes fêlures, de les montrer sans filtre. Certaines rencontres ont été primordiales et m’ont donné confiance. Tony Faucampre et Thibaut Séris, respectivement réalisateur et photographe, m’ont montré sur le papier que ce corps que je cachais, cette féminité évidente pour tous que je ne voyais pas, pouvait être une force. Ce fut un déclic.

Paralized prend un -y pour figurer à nouveau dans Low Life avec quelques variations. En cinquième plage, il devient une sorte de point d’équilibre parmi les neufs titres de l’album. Que révèle ton choix d’intégrer à nouveau le titre à ce premier opus : perfectionnisme outrancier ou titre signature évolutif devenu incontournable ?

Certainement un peu des deux. Je vois Paralyzed comme un trait d’union reliant Empirical et Low Life. Il a été le dernier titre composé pour le premier EP. Sans lui, Low Life n’aurait jamais eu cette couleur « synthétique ». Cette chanson m’a ouvert des possibilités sonores, elle a élargi mon vocabulaire. Et il est vrai que j’avais envie de la remanier encore une fois…

Si Low Life est donc le titre de ton premier album, c’est aussi celui du troisième du groupe britannique New Order, créé dans les années 80 sur les cendres de Joy Division suite au suicide de Ian Curtis. Low Life by New Order sort en 1985. Quelle était l’idée derrière ce clin d’œil ?

Très honnêtement, je n’y ai pas pensé. On me l’a rappelé au moment du mixage. J’ai abordé ce titre comme deux mots distincts, « Low » et « Life ». L’idée d’une vie intime, qu’on a sous la peau. Une vie souterraine. Deux mots en opposition, le « Low » grave, évoquant une noirceur sous-jacente, et le « Life », solaire.

“On croit mieux maîtriser son art avec le temps, mais c’est faux. On apprend juste à être perméable et à se laisser aller”

 

Sur Low Life, tu vas jusqu’aux limites d’un monde new-wave presque trip-hop dans lequel tu t’abandonnes parfois à des mélodies « radioheadesques », à l’instar de ton titre Not far from love. Celui-ci vaut vraiment le détour de par l’empreinte de Thom Yorke clairement perceptible dans ta voix et ton interprétation. Peux-tu nous en dire plus sur le contexte dans lequel tu as écrit et composé cette chanson ?

Comme tous les autres titres, je l’ai écrit de nuit. Je me souviens très bien du moment où j’ai trouvé le refrain sur mon piano. Il est tombé de je ne sais où, comme souvent pour les meilleures chansons. Je n’ai rien eu à faire, juste improviser une mélodie et laisser mes doigts libres. On recherche constamment cet état-là quand on est compositeur. C’est le côté mystique de la musique. On croit mieux maîtriser son art avec le temps, mais c’est faux. On apprend juste à être perméable et à se laisser aller.

Dans l’une de tes interviews datant de 2013, tu expliquais être « obsédé par la recherche de sincérité et du sonner juste ». Dans quelle mesure ton premier album Low Life sert-il à son tour cette sincérité ?

J’ai toujours la même quête. Je ne conçois pas la musique autrement. Je cherche à capter un moment de vrai, de lâcher-prise, ce frisson ou cette énergie. Le reste, c’est de l’habillage. Tous les titres de Low Life contiennent un vrai moment capturé. Pour cette raison, j’en suis fier. J’ai ressenti les mélodies quand elles sont arrivées. C’est de cette façon-là que je fais mon tri. Si elles me font vibrer de l’intérieur lorsqu’elles se dessinent, alors je sais que ce sont les bonnes.

Quel âge as-tu aujourd’hui ?

J’ai 30 ans.

Quels sont les éléments autobiographiques que tu as décidé de garder tels qu’ils étaient, et ceux qui méritaient selon toi d’être développés voire imagés ? Des exemples ?

Je romance très souvent un sujet qui me concerne ou qui me touche. Mais j’aime quand il y a différents degrés de lecture et l’idée que chacun puisse s’approprier le texte. Dans Bad Dreams, je dis : « and on a dreamer, do not waste it all ». Autrement dit, « ne gâche pas tout pour un rêveur ». J’ai conscience que je n’aborde pas ma vie comme la plupart des gens. J’impose ça à mes proches. Et même si c’est excitant pour moi par moments, je sais que cela peut parfois être difficile à vivre pour les autres.

John and The Volta studio

Low Light est une parenthèse d’une tendresse extrême tutoyant celle du groupe islandais Sigur Rós. Et si Jónsi t’appelait demain matin pour une collaboration, quelle direction pourrais-tu lui proposer ?

On me parle souvent de Sigur Rós, mais je ne connais pas très bien le groupe. Je lui proposerais certainement quelque chose d’épuré avec très peu d’orchestration. Juste nos deux voix qui s’entremêleraient.

Suddenly clôture ce premier album avec beaucoup de tact et d’élégance. Il m’a rappelé les univers d’Amnesiac de Radiohead et d’Homogenic de Björk. Quelles perspectives inédites introduit-il pour un prochain album ?

Amnesiac et Homogenic sont deux de mes albums de chevet. Quant à Suddenly, c’est un des premiers titres que j’ai écrit et enregistré pour Low Life. À peine fini, je savais qu’il conclurait l’album. La mélodie est venue d’un coup sur une musique que j’avais composée quelques nuits auparavant. J’aime les prises de risque esthétiques que contient ce morceau. Ces voix déformées, ces brisures surprenantes. Je veux pousser ces expérimentations, essayer d’être inventif, créatif et libéré dans un format pop.

Ce prochain album est-il déjà en cours de préparation ?

J’ai déjà écrit un bon nombre de nouvelles chansons, mais je ne sais pas encore celles qui je garderai pour le prochain disque. Il est encore un peu tôt pour en parler.

Il est surtout temps de prendre ce dernier pour profiter un maximum de toutes les nuances que tu dévoiles dans Low Life. Un grand merci à toi Jonathan pour cet échange. On retrouve toute l’actualité de John and The Volta ainsi que ses prochaines dates sur Facebook. Très bonne continuation à toi !

 



Crédits photos : William Soragna (header), Sébastien Walkowiak (live)