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Lady H est un groupe stéphanois formé il y trois ans. Dans ses veines, le ralliement de quatre tempéraments ayant juré de fondre leurs expériences respectives dans les sonorités du groupe, sans les confondre. Son premier album, Reconnection, est sorti l’année dernière. Il dévoile des trésors musicaux mais aussi de sens, grâce notamment à la plume de Lady H, son cinquième élément. Il lui permet de dérouler une histoire originale, dans les échos de ses influences allant de The Black Keys à Jack White, en passant par Damon Albarn et Radiohead.

Bonjour Lady H, et merci d’avoir accepté cette interview. Lady H s’est fait connaître officiellement à travers la sortie de son premier EP en 2014, Affection. Pouvez-vous partager avec Skriber le jeu des rencontres entre vous ayant mené à la formation du groupe ?

Laurent De Carvalho : Le groupe est à l’initiative de Pierre-Jean Savin, guitariste et chanteur au sein de Lady H. Il voulait mettre en forme certaines de ses compositions et les faire vivre en fonction de l’identité artistique de chaque membre du groupe. Elvina Fredout, à la basse et au violon, et Pierre-Jean avaient déjà eu un autre groupe avant Lady H. Ils se connaissaient déjà très bien sur le plan artistique. Mathieu Desvignes, le batteur de Lady H, nous a quant à lui été présenté par Mathias Chaumet, le technicien son du groupe et le cofondateur du label Green Piste Records. Il était persuadé que Mathieu était le batteur idéal pour Lady H ! Ce fut effectivement le cas. Quant à moi, je suis guitariste. Je joue également de l’harmonica. Le courant était très bien passé avec Pierre-Jean lors d’une date de concert commune. Nous avions chacun notre groupe à l’époque. Nous avions parlé pendant des heures de notre passion pour la musique. C’est elle en grande partie qui nous a rapprochés.

Quelles sont les motivations de chacun des membres du groupe quant à la musique, sa création ?

Pierre-Jean Savin : Avoir la possibilité de créer des moments de déconnexion durant les lives est ma réelle motivation. La danse aussi, qui a des effets cathartiques évidents. Pour moi, il doit toujours y avoir quelque chose de dansant dans la musique pour permettre le lâcher prise. La création des chansons en découle. On y travaille l’harmonie, les ambiances, tout ce qui va permettre de créer un climat propice au décollage.

Laurent De Carvalho : Pour ma part, je suis passionné par la musique au sens large du terme. Ça faisait des années que je m’enfermais dans des groupes qui, artistiquement, étaient tous dans des styles très particuliers (blues, rock’n’roll, soul…). Avec Lady H, ce fut enfin l’occasion pour moi de jouer tout en tas de choses que je gardais secrètement et qui n’étaient pas très cohérentes avec les styles de mes précédents projets.

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Ça remonte à quand votre premier baiser avec la musique ?

Laurent De Carvalho : Tout petit, comme pas mal de monde. Mais ma première claque musicale, celle qui m’a convaincu de faire de la musique une sorte de manière de vivre, fut John Lee Hooker. J’étais vraiment gamin.

Pierre-Jean Savin : The Dark side of the Moon de Pink Floyd, avec mon père, devant la chaîne stéréo. Je devais avoir 4 ans et je me souviens avoir visualisé une femme courir en talons dans une gare sur On the run grâce à la stéréo. De la vraie magie.

De nombreux fantasmes enveloppent le nom du groupe, notamment celui sous-entendant que son choix serait une référence indirecte à Serge Gainsbourg et à sa chanson My Lady Héroïne. Qu’en est-il exactement ?

Laurent De Carvalho : À la base, le nom du groupe devait effectivement être Lady Héroïne. Gainsbourg fait partie des influences communes du groupe. L’ensemble des chansons de Lady H met en scène des femmes dans diverses situations. Ces femmes sont clairement des héroïnes dans nos chansons. Le mot Héroïne aurait pu être mal interprété en renvoyant à la drogue. Nous n’avons gardé que le H. Ce choix final a le mérite de faire appel à l’imagination de chacun. Comme si on connaissait le nom de cette Lady du fait qu’on ne l’écrive pas en entier. Elle, ne se dévoile pas.

“Personnellement, je m’ennuie puis j’arrête d’écouter les albums dont les chansons se ressemblent faute de pouvoir créer la surprise”

 

Votre premier album Reconnection est sorti il y a un an. Il mêle des sonorités très pop rappelant celles anglaises, à des élans rock et blues. Train station est représentatif du grand écart que le groupe initie au sein de cet opus. On passe en effet d’une ambiance façon Red Hot Chili Peppers à celle qui a fait le succès de Louise Attaque, grâce notamment au violon d’Elvina. Si le rendu final est agréable à l’écoute, peut-on malgré tout penser que Lady H se cherche encore ?

Pierre-Jean Savin : Si le rendu final est agréable à l’écoute, notre travail est récompensé. Qui a dit qu’il ne fallait pas surprendre ? Personnellement, je m’ennuie puis j’arrête d’écouter les albums dont les chansons se ressemblent faute de pouvoir créer la surprise. On n’a pas d’idée précise sur ce que doit être Lady H. Nous avions des titres, nous en avons sélectionnés certains pour Reconnection. Nous les avons enregistrés, mixés et masterisés avec soin. Notre objectif était de raconter une histoire en maintenant notre travail de recherche comme moteur de notre processus. Lady H ne s’est pas formé sur des idées précises de style. Le temps et la sortie d’autres albums nous permettront d’analyser et de prendre du recul sur notre son.

Laurent De Carvalho : Reconnection est notre premier album. Nous nous sommes efforcés de mettre en commun nos influences et d’offrir quelque chose de cohérent au public. Notre propre style est en train de prendre forme petit à petit. Mais nous n’avons pas la prétention d’inventer un style ni de révolutionner la musique ! Nous sommes en 2017, tout a été fait. Ou presque, on ne sait pas encore.

Dans Boogie Bogey Man, les guitares et la basse se font plus lourdes. Le rythme et l’univers du titre nous replongent dans les années fastes du rock anglais, à la fois structuré et rebelle. Qui a peur de ce Boogie Bogey Man finalement ?

Laurent De Carvalho : Personne. Il n’est pas méchant. Ce titre est clairement représentatif de notre potentiel rock. Il nous aide à nous rapprocher du public lors de nos concerts.

Pierre-Jean Savin : Au sein de Lady H, on sait qui est Boogie Bogey Man, on l’entend même à l’envers à la fin du titre. Il est absolument inoffensif !

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Dans Floating away et Monster Wave, changement radical de registre avec deux mélodies qui nous ramènent notamment au monde de Cocoon. Les deux titres renvoient dans leurs paroles à un imaginaire empreint de sentiments élégants, amoureux, simples, ainsi qu’à un désir d’exploration de pays inconnus. Qui écrit les textes de Lady H ?

Laurent De Carvalho : C’est Arnaud Moussart, un passionné de rock’n’roll et de littérature. Il est d’un point de vue artistique, le cinquième homme du groupe. C’est le seul que tu ne verras jamais sur scène, et pourtant, il est un membre à part entière de Lady H.

Dans quelles expériences du quotidien puise-t-il pour développer l’histoire de Lady H, au-delà de celle de chaque morceau ?

Pierre-Jean Savin : Arnaud est quelqu’un de curieux et de drôle. Il sait trouver la partie risible, décalé, poétique d’une action ou d’une phrase anodine. Le monde qu’il a créé dans les chansons de Lady H est suffisamment précis et organisé pour pouvoir être développé. Voici comment est né Union Town Tome 1, un livre entièrement créé pour continuer, en français, l’exploration des textes de Lady H. C’est un recueil de nouvelles écrites en parallèle du disque. Elles épousent sa construction, ce qui permet aux non-anglophones de participer à l’élaboration visuel de chaque chanson.

On ne manquera pas de visiter votre site officiel pour creuser le sujet. Merci encore à vous deux pour cet échange. On retrouve Lady H jeudi prochain au Printemps de Bourges, ainsi que sur sa page Facebook pour tous ses évènements à venir. Bonne continuation à vous tous.

 



Crédits photos : Anthony Faye (live), Urbex42