romain humeau

Le 29 septembre dernier, Romain Humeau publiait sur sa page Facebook© son propre conditionnel de variétés, à la suite de la chanson du même nom écrite et composée par Léo Ferré et parue sur la face B de son album La Solitude en 1971. À l’époque, il s’agissait pour Ferré de dénoncer l’interdiction d’un journal et de prendre la défense de la liberté d’expression, au-delà même de ses opinions politiques à l’opposé de celles portées par le titre. Le morceau fut repris par le groupe Eiffel en 2003. À l’occasion de sa tournée et de son passage à Toulouse au Metronum, Skriber a voulu creuser le sujet avec Romain Humeau. Entre amour – tel qu’il le définit – pour la musique, désirs d’avenir et vision dépouillée, l’artiste s’expose et l’homme se dévoile. Comme si le Mousquetaire #1 n’avait pas donné son dernier coup d’épée.

Comme si je commençais par te remercier pour cette rencontre Romain, peu importe qu’elle soit fortuite ou qu’elle ne le soit pas. Comme si j’usais à mon tour du conditionnel de variétés pour mener cette interview. Comme si nous vivions ensemble ce moment loin de tout, dans une bulle créée par nos seuls échanges. Comme si nous nous parlions comme des amis d’enfance que nous aurions pu être. Comme si je te demandais à quoi ressemble ta vie aujourd’hui, celle de l’artiste, celle de l’homme, dans un monde dont les mouvements n’ont cessé de s’accélérer avec cette ambition à peine voilée de dépasser le temps lui-même. Comme si ce monde avait la montre ET le temps. Comme si ce temps qui nous appartient était illusion, voire, qu’il n’existait plus.

L’idée de dépasser le temps est déjà à peine voilée. Je pense que c’est parce que je me permets de parler de la temporalité de la musique et de ce qu’elle peut faire à l’être humain. Ce qu’elle peut me faire aussi, en en faisant et en m’écoutant. J’ai découvert ça au fil des évènements de ma vie, qu’ils soient heureux ou bien tragiques. J’ai perdu mon oncle il y a cinq ans. Il était peintre et me disait : « La peinture est frontale. La musique a besoin du temps pour être ». Lorsque j’étais gamin, j’ai eu la chance d’avoir des parents très ouverts, un peu anarchistes sans le savoir. Ni bobos, ni bourgeois, ni popu. Ils étaient artisans, facteurs de clavecins, un truc très particulier. Ailleurs. Ils me disaient quant à eux : « Tu veux être chanteur de rock mais il n’y a pas d’école : il faut donc que tu saches tout ». Évidemment, je ne sais absolument pas tout. Mais j’ai fait le Conservatoire, j’ai écouté John Lennon et McCartney. J’ai aussi fait des études scientifiques. Je me suis présenté au Lumière deux fois, je m’intéressais aux mouvements vibratoires. On fait un saut dans le temps, j’ai désormais quarante-cinq berges, et ça fait six ans que je me suis rendu compte que la musique m’aidait et qu’elle aidait aussi les gens de manière subliminale. Le problème n’est pas de savoir les choses : il suffit qu’elles vous traversent. Je me suis rendu compte également qu’on jouait avec sa propre temporalité, et donc, avec sa propre mort. Et là, ça ne déconne plus et c’est vrai. Je me suis intéressé à l’épigénétique, au rapport à mon corps et à celui des autres. À l’univers dans une perspective atomique, cellulaire. Je crois que la musique a des vertus poétiques. La poésie se situe autant au niveau de la littérature qu’à celui des mathématiques. Ferré ne parlait-il pas d’ailleurs de la mathématique de l’âme ? Personnellement, ça m’aide à dilater le temps, à en faire ce que j’en veux. Il s’agit d’un affront aussi, si l’on veut. Car lorsqu’on fait de la musique, on peut avoir une notion du temps qui existe un peu moins. Lorsque je suis sur scène avec mes musiciens, il nous arrive parfois de sentir des choses hors temps.

Comme si j’étais à présent ce père à qui tu expliques le chemin parcouru. Comme si tu revenais sur ces débuts en 1995, où le groupe Eiffel s’appelait encore Oobik and the Pucks. Comme si tu te revoyais aux côtés d’Estelle, de Frédéric, et de Nicolas. Comme si tu te remémorais là, maintenant, un seul souvenir qui pourrait décrire le plus fidèlement possible votre lien, qui pourrait traduire l’émotion que tu gardes de cette période, ainsi que le plus grand regret qui depuis te crève le cœur.

Oobik and the Pucks, c’est très, très fort pour moi et pour les autres. Quelque part, je suis toujours à leurs côtés. Frédéric vient à tous nos concerts parisiens, je l’ai régulièrement au téléphone. Et lorsque nous nous revoyons, nous rions de la naïveté qui était la nôtre, sachant que celle-ci est malgré tout indispensable. C’est Dominique A qui me disait dernièrement : « Nous sommes tous naïfs. La naïveté est un moteur ». Il y a peu d’artistes qui parlent ainsi. On fait des trucs sensationnels avec la naïveté. À l’époque d’Oobik and the Pucks, j’avais besoin de soulever non pas des montagnes, mais des petites collines. Les nôtres, pas forcément celles des gens. Nous n’avons pas cartonné. D’ailleurs, à quoi ça sert de cartonner ? Rien que le verbe déjà : il est horrible ! C’est pour Bernard Tapie ou Trump (rires). Cartonner n’a jamais été ce que j’espérais dans ma vie. J’ai des milliards de souvenirs hallucinants avec Oobik and the Pucks. Quand on fait un Paris-Aurillac en quinze heures pour jouer devant un club du troisième âge qui mange en nous écoutant. Quand on vit des moments de ras-le-bol pas possibles, et ces crises de fous rires nerveux qui leur succèdent, un peu comme dans un enterrement où il faudrait tout faire pour garder son sérieux. Quand on découvre l’industrie du disque, qu’on se retrouve dans les studios pour enregistrer et que le mec de la maison de disques nous dit qu’il y a trop de guitare et qu’il faut plus entendre la basse : bien sûr, petits cons que nous étions, nous faisions finalement l’inverse. Quand il nous dit que c’est mieux avec moins 4 db de guitare et plus 5 db de basse (rires).

OOBIK AND THE PUCKS

Les petits cons regrettent-ils leur départ de la Warner Music Group puis de chez EMI en novembre 2007 ?

Je ne regrette pas le départ de la Warner : c’était vérolé de partout et la nana qui est arrivée était une connasse. D’ailleurs, elle n’est pas restée longtemps à son poste. Il y a beaucoup de gens cons dans ce milieu. Il y a aussi des gens sublimes et très cultivés, j’ai la chance que certains d’entre eux soient mes amis. Ensuite, je fais la part des choses. C’est comme dans la politique en fait : la plupart sont des voyous. Mais il ne faut pas tomber dans le « tous pourris ». On m’assimile depuis toujours à un rockeur alors qu’en fait je n’en suis pas un. J’aime plein de musiques différentes, ça ne m’empêche pas d’ouvrir ma gueule. En revanche, je regrette de départ de chez EMI. Ça m’a fait pas mal galérer sur mon album solo L’éternité de l’instant. Je revis un peu ça à nouveau aujourd’hui avec mon dernier album Mousquetaire #1. C’est un peu difficile mais je l’ai déjà vécu plein de fois, et je peux comparer ces moments avec ceux un peu plus « up ». Artistiquement, je crois en tous les cas que je n’ai jamais été aussi bien que maintenant : je m’éclate !

« Comme si vous me disiez que le seul moyen trouvé par le “business du son” pour pallier au manque de moyen était de produire rapido et à faible coût 90% de came merdeuse mais buzzant pour encore plus de court-termisme artistique. Dans les 10% restant se mouvant de fabuleuses choses laissées en marge par à peu près tout le monde. Comme si je vous disais que “Top de l’Entertainment” : peur de la mort, n’a rien à voir avec “Top de la création” : donner vie »

Oui. Je ne dis pas que c’est génial ce que je dis, mais je pense que tout est dit. Il y a d’autres gens dans d’autres domaines qui se posent les mêmes questions ! La peur de la mort que j’évoque est en rapport avec une période de ma vie récente durant laquelle j’ai un peu clapsé. J’en suis même venu à me demander si je serais capable de remonter sur scène sans avoir d’énormes crises d’angoisse. Après avoir fait plus de 900 concerts dans ma vie… Moi aussi, je peux être très faiblard. Mon psy m’a dit dans ce sens : « N’oubliez pas que vous faites l’un des métiers les plus dangereux au monde ». Ce sur quoi je lui ai répondu qu’il ne fallait pas déconner non plus. « Personne ne vous demande rien. Vous faites un truc et vous allez le donner, comme ça. N’oubliez pas qu’il y a beaucoup de risques à faire ainsi, mais qu’il n’y a aucun danger ». J’écoute beaucoup de rock, et notamment du rock français. Je ne parle pas de variété. Je parle du rock, celui qui est censé dire des choses engagées, gauchos, machin… C’est parfois sidérant. L’un des trucs les plus vexants pour moi d’ailleurs est qu’on puisse m’assimiler à ça : je ne pense pas du tout être là-dedans.

C’est-à-dire ?

Je ne fais pas du rock qui gueule, qui n’est pas content face aux capitalistes et aux maisons de disques. C’est bien plus compliqué que ça ! Par exemple, j’approuve complètement l’idée de capital. En revanche, je n’approuve pas la redistribution qui en est faite. C’est le problème de tout le monde.

romain humeau

Comme si je devenais désormais le merle moqueur du temps des cerises qui t’anime depuis toujours, et dont tu portas la chanson pour l’enregistrer en cette nuit de 2008 avec Bertrand Cantat, dans toute l’ampleur de son désir noir. Comme si je souhaitais comprendre à quoi cela me servirait de siffler bien mieux, avant même de pouvoir l’envisager. Comme si je ne savais pas ce qu’est une révolution. Comme si j’y croyais difficilement. Comme si j’avais besoin que tu me décrives la course de l’homme telle que tu l’envisages, celle-là même qui saurait réinventer les choses. Pour lui, pour nous, pour la planète.

Je ne peux pas répondre. Je n’ai pas les capacités. Je ne suis pas assez érudit. Je n’ai rien à proposer, malheureusement. Ça m’évoque un titre d’Eiffel sur l’album Tandoori, Qu’ai-je donc à donner ? C’est un peu ça. Je suis désemparé. J’ai une fille de vingt ans qui l’est tout autant. Je parle beaucoup avec elle. Elle est danseuse de flamenco. Autant dire que c’est la même chose que de faire du rock. Après, j’aurais tendance à aimer cette dualité existant entre décroissance et progrès. Je suis progressiste à fond. Je soutiens beaucoup les chercheurs. J’hallucine de voir la manière dont les médias t’enfument là-dessus : il faudrait impérativement choisir son camp. Non ! Je suis pour la décroissance ET pour le progrès, tout dépend ce qu’englobe chacun de ces deux termes. Je ne saurais pas t’expliquer ce qu’est une révolution. Je ne sais pas ce que c’est.

Peux-tu nous dire quelques mots sur l’Association Colibris fondée en 2007 par Pierre Rabhi ?

J’aime bien cette idée que nous puissions chacun faire quelque chose à notre échelle, là où nous nous situons dans l’utopie, dans le temps, et sur Terre. Je pense que si cela est bon pour soi, cela est bon pour les autres. Cela correspond à mon apprentissage actuel afin de devenir un peu plus égoïste. Il faut pouvoir s’aimer un peu pour pouvoir aimer les autres. J’aime bien l’idée que le lion se foute de la gueule du colibri qui va chercher une goutte d’eau dans son petit bec pour éteindre un feu. J’aime bien l’idée que celui-ci lui réponde qu’il a au moins fait sa part de travail lorsque l’autre lui dit que ça ne sert à rien. J’évolue sans cesse, je ne pense pas les mêmes choses ni ne côtoie les mêmes personnes qu’hier. Je suis effaré de la tournure des dernières élections américaines. Que cela ait été Trump, peu importe : là n’est pas le problème. Clinton n’aurait pas été mieux. Je suis consterné par cette sous-culture entretenue par les politiques et les médias. Jusqu’où tout cela va-t-il les mener ? Nous mener ?

“Selon moi, les meilleures chansons sont celles qui ne sont pas finies car elles laissent l’imaginaire des gens faire son œuvre”

 

Comme si j’avais été touché par tes mots les plus récents, ceux du Mousquetaire #1 que tu cherches à incarner. Comme si certains m’en rappelèrent d’autres plus anciens. Comme si j’avais été ainsi guidé jusqu’à un titre en particulier, Toi dans l’Éternité de l’instant. « Que ma chair prenne la fuite, à partir de tout de suite », si je ne te confis pas que ses paroles sont parmi les plus belles que j’ai pu entendre sur l’amour. Comme si je me demandais si nous n’étions jamais les mêmes comme tu le prétends. Comme si le naturel revenait au galop, comme s’il était finalement le seul qui subsiste. Comme si je me disais que ta nostalgie empreinte de révolte témoignait de ta volonté de changer les choses sans savoir vraiment au final comment s’y prendre sans l’autre qui ne saurait être celui que nous sommes.

Je ne sais absolument pas comme m’y prendre. Ta description en tous les cas me semble juste. C’est drôle que tu évoques la nostalgie car j’essaye de ne pas trop montrer la mienne dans mes chansons. Je suis très nostalgique. Je peux être très ému, à l’instar de mon ami Joseph Doherty. J’étais avec lui ces derniers jours. Il est Irlandais. Lorsqu’on lui parle de son pays ou du Bloody Sunday qu’il a vécu lorsqu’il avait six ans, il pleure. Me concernant, ça va même plus loin : un rien peut me donner envie de pleurer.  Je te remercie pour ton compliment concernant mon titre Toi : je le rejoue actuellement en tournée alors que cela faisait dix ans que je ne l’avais pas interprété. Je suis en phase avec moi-même en le chantant. J’ai également moins peur. Mousquetaire #1 est très empreint d’angoisse et de peur. Depuis cinq ans, je perds des gens. Tu ne t’attends pas à les perdre. Des gens de ton âge, des gens un peu plus âgés. Ça te crée des trucs. Tu ne comprends pas tout. C’est totalement rentré dans ma vie d’homme, mais aussi dans ma vie d’artiste. Il y a des trucs très importants de dits dans Mousquetaire #1. Il y a une gravité. Il y a aussi toutes ces choses chaleureuses que je vis grâce à cela, en tournée, mais aussi auprès de ma sublime femme avec laquelle je vis, avec laquelle je travaille beaucoup. Auprès de ma fille Salomé, qui vient de partir à Séville. Quelque part, nous faisons notre petite révolution tous les jours. Nous faisons les colibris. J’aimerais en parler de plus en plus avec les gens. Le net est un moyen efficace, c’est sûr. Mais ce n’est pas un moyen émotionnel. On ne peut donc pas y mettre l’essentiel, seulement des choses efficaces, comme des dates des concerts. Les gens sur le net aimeraient toujours être dans le fun, dans le « lol », alors qu’au même moment en Inde, les gens font brûler leurs morts sous le regard des enfants.

Comme si j’avais retrouvé le premier écho de Toi dans Paris. Comme si j’avais perçu cet hommage immergé dans la réconciliation, la dénonciation, puis dans la compassion envers cette belle « nue sous son manteau de peine », la plus jolie dans ces matins blêmes. Comme si j’aimerais comprendre ce chemin de croix qui te mena finalement, non pas à l’orée du bois, mais à celle de la capitale.

Je suis originaire d’Aix-en Provence. J’ai vécu dès l’âge de six ans dans le Sud-ouest à Nérac. Puis j’ai fait mes études à Toulouse, notamment au Conservatoire durant six ans. Après j’ai vécu dix ans à Paris. J’ai adoré, c’était mon rêve de gamin. J’ai adoré, et puis… Je me souviens de quelques clochards qui traînaient dans notre rue. Nous leur donnions parfois à bouffer ou quelques pièces. On a fini par se mettre vraiment dans la merde, notre fille avait un an. On n’y arrivait pas, on était au SMIC, on venait de monter Oobik and the Pucks. Ce jour-là, je n’ai rien pu donner et j’ai dû enjamber les clochards. J’adore Paris, mais il se trouve que je vis dans un domaine léger, celui de l’industrie du disque. C’est un domaine dans lequel il y a peut-être 4% de personnes cultivées musicalement, autrement dit, ouvertes à l’histoire de l’art. La plupart du temps, les gens croient que la musique et l’industrie du disque ont débuté avec Elvis Presley et Bill Haley dans les années 50. Mais non. Parlez-moi de Biagio Marini, de Monteverdi, de Buxtehude, de Bach, de Guillaume de Machaut ! L’industrie de la musique aujourd’hui préfère l’image, le marketing, l’achat de likes. L’achat de likes : non mais tu le crois ça ? Les arènes quoi, avec ce pouce qui se lève ou qui se baisse. J’aime, j’aime pas. Selon moi, l’être humain est tout sauf ça. Je ne suis pas comme ça. Des fois, je sur-adore sans savoir trop comment. Des fois, je suis couci-couça sans pouvoir faire de geste. Non franchement, c’est parfois à mourir de rire. La chanson Hype d’Eiffel traduit bien ça, décrit bien ces milieux parisiens. Elle est un peu conne dans l’écriture, mais j’ai toujours eu plaisir à la chanter, même si je n’écrirais pas ça aujourd’hui. Le public ne s’y trompe pas d’ailleurs.

romain humeau live

« Quel est ton nom toi qui nous sait tous aveugles et sourds ? ». Comme si le second écho de Toi, la dernière évocation de ce jour, était Amour. Comme si j’avais un souci à faire rimer Amour et désirs de révolution. Comme si Amour était à l’heure actuelle associé plus volontiers à exécutions. En haute sphère, à manipulations. Comme si je m’interrogeais sur Amour lorsque je vois un enfant déchiqueté par une bombe, inerte sur une plage, ou gisant sur la promenade des Anglais. Comme si l’artiste de variétés partageait le même conditionnel avec Amour.

Cette chanson inclut l’idée de la guerre. Sauf que son titre est Amour et que tout le monde finit par dire que c’est une chanson d’amour. C’est très français de confondre signifiant et signifié. Le refrain d’Amour est un serpent médiéval. À travers la question débile que je pose – quel est ton nom ? -, je parle à l’idée d’amour. « Toi qui nous sait tous aveugles et sourds » : si l’idée d’amour était un être et me répondait, je ne pourrais pas l’entendre. On est dans Le Puits et le Pendule d’Edgar Poe. Il y a ainsi une énergie qui se crée. « Âmes liées, sœurs et frères, jours de liesse, jours de terreur » : le dernier couplet me permet de monter encore d’un cran dans la gravité. Tu me parles de Nice avec cette sensation de quelque chose qui y vibre. Je vois très bien ce dont tu veux parler. Je connais moi-même des personnes qui ont disparu lors des attentats, au Bataclan, à Nice. J’ai écrit Amour avant que ces tragédies aient lieu. Je n’étais pas du tout dans la prémonition, ce n’était clairement pas le but. Je voulais faire une chanson qui puisse mettre en exergue l’idée d’amour, l’idée de passion. Ce n’est pas du tout la même chose. Par la passion, il s’agit de s’aimer soi-même à travers l’autre. Du latin patior qui signifie la souffrance. C’est très rock’n’roll français ça. L’amour, c’est plutôt genre « Je t’aime, je me donne même si je suis tout sale, et je ne me regarde même pas ». C’est ce que j’évoque dans Amour. Au final, une chanson est un cheminement pour les autres qui y voient ce qu’ils veulent. Ils finissent par définir eux-mêmes la chanson. Selon moi, les meilleures chansons sont celles qui ne sont pas finies car elles laissent l’imaginaire des gens faire son œuvre.

Comme si je te disais merci Romain.

Merci à toi.

On retrouve toute ton actualité sur ton site officiel ainsi que sur ta page Facebook©. Très bonne continuation à toi, comme si nos chemins étaient faits pour se croiser à nouveau…

 


Crédits photos : Rebecca Dautremer (Studio des Romanos), Richard Dumas (Live)