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The Black Leaders : nos amis bretons sauront sans doute de qui je parle. Pour les autres, il n’est jamais trop tard pour bien faire, surtout lorsque la promesse est tenue et qu’elle laisse entrevoir de si jolies perspectives. Composé il y a bientôt deux ans, le groupe imagine une sphère au sein de laquelle leurs origines, leurs influences, leurs désirs insoupçonnables pourraient se confondre avec l’air du ciel et celui au creux de nos pensées. Take it easy, second album de The Black Leaders disponible dès aujourd’hui, en constitue les contours.

Bonjour Alex et merci d’avoir accepté cette interview. Tu es le guitariste du groupe The Black Leaders formé en 2014. À tes côtés, on retrouve Gilduin à la basse, Olive au clavier, Toph à la batterie et Marie au chant. Après un premier album intitulé My best friend sorti en août 2015, vous revenez aujourd’hui avec Take it easy, un opus s’inscrivant dans la continuité de vos premières compositions pop-rock. Avant d’en parler, pourrais-tu revenir sur ce jour où The Black Leaders fut formé ?

J’avais habité Paris entre 2008 et 2012. J’avais eu plusieurs boulots, et je faisais en parallèle de la musique dans plusieurs groupes. Puis je suis venu m’installer à Rennes. J’ai monté ma boîte de pub en ligne lorsque je suis arrivé. Puis en 2014, une amie m’a parlé d’une chanteuse qui cherchait un groupe. C’est ainsi que j’ai rencontré Marie. J’ai vraiment eu de la chance de la croiser car je ne faisais plus de musique depuis que j’avais quitté mon précédent groupe parisien. Nous avons fait de premiers essais. J’avais quelques chansons déjà prêtes, tout s’est très bien passé. Gilduin nous a rejoints à la basse, puis FX notre premier batteur.

the-black-leaders-ronin-prodQuelles sont vos véritables intentions à travers la création de The Black Leaders ? Partez-vous tous dans l’esprit de conquérir les ondes et de devenir un groupe de premier plan, ou faites-vous de la musique à côté des heures de boulot pour vous faire plaisir ?

Au départ, nous avons formé le groupe pour rigoler et par plaisir. Nous avons fait nos premiers concerts sur Rennes quatre mois seulement après nous être lancés. Dès lors que nous avions les chansons, nous avons décidé d’en faire un album. Notre ambition est de faire toujours plus de scène, dans des salles de plus en plus grandes. Même si nous continuons à travailler à côté, nous faisons en sorte de nous dégager du temps régulièrement pour la musique.

Quelle est la moyenne d’âge au sein de The Black Leaders ?

J’ai trente-sept ans. Marie en a trente-quatre. Toph et Olive quarante-neuf. Gilduin a quant à lui cinquante-deux ans.

Ressentez-vous la concurrence de la jeune génération positionnée sur le même créneau que le vôtre ?

Non, pas spécialement (rires). Après, nous avons tous fait de la musique lorsque nous étions plus jeunes. À vingt ans, ce n’est pas pareil. La moyenne d’âge actuelle du groupe explique que nous allions assez vite et que nous soyons assez productifs.

Quelle est votre perspective quant à la production et la diffusion de votre musique ? Souhaitez-vous privilégier la recherche d’un label ou le Do it Yourself pour avancer et gagner en notoriété ?

J’ai déjà eu l’occasion personnellement de travailler avec un label à travers l’un de mes anciens groupes sur Paris. Nous avions mis cinq ans à le trouver pour finalement sortir un album. Aujourd’hui, The Black Leaders verse complètement dans le DIY. De toute façon, nombreux sont les labels qui demandent désormais aux groupes d’enregistrer eux-mêmes leurs albums. Nous utilisons ce que nous gagnons en concert pour financer les nôtres. Ils sont réalisés par Arnaud Bascuñana (Deportivo, les Wampas…). En matière de qualité de son, nous ne ferions pas mieux avec un label. Nous avons également une agence qui se charge de la promo en France. En revanche, nous manquons d’un tourneur. La recherche de salles et de concerts demande beaucoup de temps.

“Marie apporte en effet une vraie singularité à The Black Leaders. Elle est un porte-drapeau qui nous distingue des autres artistes. Mais nous sommes un vrai groupe au sein duquel règne une totale démocratie”

 

Marie est devenue la figure de proue de The Black Leaders. Elle rejoignit le groupe après une expérience au sein d’un précédent groupe de reprises dans lequel elle ne trouvait plus son compte. Sa voix incarne aujourd’hui toute l’identité de The Black Leaders, et pour cause : j’ai cru entendre la jumelle de Nina Goern, pianiste et interprète au sein du duo Cats on Trees. Quel avenir pour The Black Leaders si elle venait demain à le quitter ?

Heureusement, ce n’est pas prévu pour le moment ! (rires) Nos compositions sont très marquées pop-rock et axe leur progression sur une voix féminine ce qui n’est pas très commun. On retrouve aujourd’hui beaucoup de ces voix féminines accompagnées seulement d’une guitare ou d’un piano, ce qui rejoint ta comparaison avec Cats on Tree.

Il y en a eu du piano dans certaines musiques de The Black Leaders, notamment sur My Best friend

Oui, c’est vrai, surtout depuis l’arrivée d’Olive. Quoiqu’il en soit, la voix de Marie apporte en effet une vraie singularité à The Black Leaders. Elle est un porte-drapeau qui nous distingue des autres artistes. Mais nous sommes un vrai groupe au sein duquel règne une totale démocratie. Chacun fait ce qu’il veut, peut partir quand il veut. Pour l’instant, nous sommes dans une démarche qui permet à tout le monde de se faire plaisir et de bien s’entendre. The Black Leaders, c’est Marie, c’est moi, c’est Gilduin, Toph et Olive.

Vous avez fait une trentaine de concerts depuis octobre 2014, principalement en Bretagne et quelques-uns à Paris. Pourquoi ne pas avoir tenté de vous produire dans d’autres régions de France ?

Principalement pour des questions liées à la logistique. Ces problématiques ne nous permettent pas d’organiser quatre ou cinq concerts dans le mois dans d’autres régions françaises. Nous avons très vite commencé à jouer dans des bars rennais. Nous en avions besoin pour tester nos chansons devant un public et pour progresser. Nous avons aussi joué à Paris, mais aussi en Angleterre, notamment au Spice of Life dans le quartier de Soho à Londres. Nous avions fait partie d’un plateau constitué par cinq groupes et notre passage fut remarqué, à tel point qu’un agent nous avait proposé d’autres concerts. Mais nous n’avions pas pu donner suite à sa proposition car là aussi, la logistique coince. Cela nous oblige à trouver des salles suffisamment équipées. C’est pour cette raison aussi qu’il sera toujours plus évident pour nous d’aller jouer de l’autre côté de la Manche plutôt qu’à Marseille.

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Focus maintenant sur trois morceaux du nouvel album de The Black Leaders un peu à part. Le premier n’est autre que le titre album Take it easy. Celui-ci véhicule une énergie forte couplée à une crainte prégnante. L’espoir veut se faire jour, mais il semblerait que la personne visée par les paroles de la chanson porte un lourd passé jouant contre elle. Qui a écrit et composé ce titre ? Quel est cet inconnu devant être si sage ?

Tu as très bien résumé le titre. À la base, il s’agit d’un riff d’Olive qu’il avait fait au clavier. Je me suis chargé d’écrire les paroles. Il est vrai qu’Olive et moi n’avons pas le même univers musical. Lorsque j’ai repris le riff clavier du couplet, j’ai tout de suite saisi sa puissance et sa tristesse. La thématique de la chanson est celle des évènements dramatiques que la France vit depuis quelques temps maintenant à cause du terrorisme. L’écriture de l’album a en fait suivi ceux ayant notamment frappé le Bataclan en novembre 2015. Toutes les chansons ont été écrites entre ce mois-là et janvier. Nous avons tous ressenti cette atmosphère. C’était compliqué. C’est pour cette raison que Take it easy vise avant tout à calmer le jeu. C’est pour cette raison aussi que la pochette de l’album représente une kalachnikov composée de fleurs.

Crois-tu qu’appeler à calmer le jeu suffise dans ces circonstances, et dans ces autres plus récentes ? Je pense notamment à l’attentat de Nice en plein 14 juillet, et à ces enfants faisant partie des victimes mortes sous les roues d’une camionnette.

Oui et non. Nous faisons de la musique et nous transmettons les choses avec nos moyens. La musique nous permet d’exhorter. Et ce avec un maximum de simplicité. Que cela puisse apporter à la fois une réflexion et du « bonheur » tout en étant entraînant.

Victoria Line sonne comme une complainte doublée d’une prière. Pour le coup, on cerne mieux le sens de celle-ci suite aux explications que tu viens de nous fournir quant à l’écriture de cet album. Il est question d’un appel et de l’attente de ce signe qui semble ne pas venir. S’il n’y en avait qu’une, quelle serait l’anecdote qui pourrait expliquer un si grand désespoir interprété avec tant de justesse par Marie ?

the-black-leaders-take-it-easyJe suis aussi l’auteur de cette chanson. J’ai vécu à Londres il y a une petite quinzaine d’années. Lorsque nous y sommes retournés cette année avec le groupe pour notre concert, nous avions été hébergés par des copines de Marie dont l’appartement était justement situé dans la rue Victoria Line. Cela m’a replongé dans la ville et tous ses changements depuis mon dernier long séjour. C’est ce qui m’a donné l’envie d’écrire une chanson sur Londres. Je me suis souvenu de mes moments de solitude lorsque je prenais le bateau pour revenir en France, à Saint Brieuc, ma ville d’origine. Des traversées le plus souvent de nuit, qui me faisaient arriver vers sept heures le matin. Je me souviens de ce brouillard qui recouvrait complètement Saint-Malo. Et Londres qui coule encore dans mon sang même si je n’y étais déjà plus. L’appel que tu évoques s’adresse en définitive à la ville elle-même. Le clip que nous avons tourné pour Victoria Line, et qui sera diffusé en novembre sur le web, se déroule d’ailleurs à Rennes, mais place plusieurs éléments évoquant Londres sur le chemin parcouru par Marie. Rennes me rappelle Londres par bien des aspects, la ville est un petit Londres pour moi, avec ses pubs, ses concerts. L’air de Londres m’a fait du bien lorsque j’y étais. J’y suis arrivé à vingt-et-un ans. J’y suis allé comme ça et j’y ai trouvé ce sentiment profond de liberté, de pouvoir faire des choses que j’ai finalement refaites quinze années après avec The Black Leaders.

Sans doute aussi la volonté d’exprimer le fait de courir après un certain passé, sa jeunesse, sa liberté ?

Oui, exactement. Une espèce de retour aux sources. J’étais aussi parti à Londres pour faire de la musique. Mais les loyers ont toujours été très chers, c’est très compliqué financièrement. C’est en partie pour cette raison que je n’ai pas pu y rester. Lorsque j’y reviens, je ressens toujours cette petite mélancolie, très bien décrite par The Beatles dans Penny Lane. Une mélancolie toujours nuancée de cette joie qui nous fait vivre avec autant de plaisir chaque nouveau séjour à Londres.

Le jeu de guitare et de basse au début du morceau Eagles m’a donné des frissons. Quelles seraient les trois références musicales majeures guidant les compositions de The Black Leaders et dont vous aimeriez demain faire les premières parties ?

Très bonne question. Chacun d’entre nous a un univers et des influences musicales très différents. Pour ma part, les trois premiers qui me viennent à l’esprit seraient Red Hod Chili Peppers, U2 et Bob Dylan. Pour les autres, ce serait sans doute Oasis, Radiohead, Depeche Mode. Une bonne partie des groupes de la fin des années 80 et ceux des années 90. Une première partie de The Rolling Stones, ça peut être pas mal aussi.

Ça pourrait même être assez géant 😉 Merci encore Alex pour cet échange. Je rappelle que le second album de The Black Leaders, Take it easy, sort aujourd’hui. On retrouve toute votre actualité sur votre page Facebook©. Une très bonne continuation à vous tous.