DANCER IN THE DARK

Retour cette semaine sur le huitième film réalisé par Lars Von Trier et sorti en octobre 2000 : Dancer in the Dark. Exploitant toutes les failles et les contradictions de l’âme humaine, il révéla Björk à travers son incarnation bouleversante de Selma, un personnage porté par une distribution exceptionnelle et par un scénario dévoilant toute la force des mots et des notes de la musique de l’artiste islandaise.

Selma est atteinte d’une pathologie dégénérative affectant sa vue. Elle vit dans un mobile home avec son fils Gene (Vladica Kostic) dans le jardin de Bill (David Morse). Elle gagne un maigre salaire en travaillant à l’usine du coin. Elle économise pourtant dès qu’elle le peut afin de financer l’opération qui éviterait la même cécité à son fils.

Sa grande amie Kathy (Catherine Deneuve) l’accompagne dans une considération idéalisée de la réalité lui permettant de s’en échapper l’espace d’un instant. Elle chante avec elle au rythme des séquences mécaniques des vieilles machines pliant et découpant le métal. Elle est la confidente d’une Selma dédiée corps et âme à l’avenir de son fils, allant jusqu’à garder à distance l’amour de Jeff (Peter Stormare) de crainte qu’il ne la détourne de son but.

Si la maladie rend Selma physiologiquement aveugle, son dévouement pour son fils l’aveugle sans doute bien plus sur la nature profonde de certains individus qui l’entourent ainsi que sur ses propres choix. Ainsi, si chacun peut être subjugué par la simplicité aimante de Selma tout comme par sa faculté à susciter l’humilité, sa crédulité est celle qui scellera finalement le dénouement de son histoire.

Avec à la clé, du côté du spectateur, une multitude de questions lancinantes commençant inlassablement par les deux mêmes mots.

Et si ?

Palme d’or à Cannes en 2000, Dancer in the Dark est un long métrage sachant s’immiscer dans les bas-fonds des sentiments humains. Il est une étude réaliste des motivations primaires de l’être, la révélation sans fard de son désarmement et de sa désespérance face au plus grand ennemi qu’il lui ait été donné de combattre : lui-même.

Dancer in the Dark obtint également le prix d’interprétation, offert à la divine Björk qui « souffla » tout autant le jury que le public. Et pour cause : l’émotion qu’elle déchaîne à travers le personnage de Selma fait partie de ces rares à rester gravée dans la mémoire collective tant elle a su lire dans le cœur de chacun pour s’y frayer un chemin puis s’y installer.

Bien au-delà

Sans doute les compositions musicales de Björk ont participé à l’imprégnation durable de cette même émotion. Sans doute auriez-vous choisi de monter avec lui, avec elle, dans ce train à vapeur. Elle, décide de rester.

Et si l’amour d’une mère est plus intense que n’importe quel autre, le sien la projette bien au-delà des rails. Bien au-delà de son imaginaire. Bien au-delà de la torpeur des hommes.