k-pax

En 2001, le réalisateur britannique Iain Softley met en scène Kevin Spacey dans K-Pax, un conte moderne conjuguant thriller et science-fiction aux temps d’un homme venu d’ailleurs qui semble en avoir la maîtrise totale. Pourtant, le personnage de Prot révèle avant tout les fêlures de l’humain, capables de l’anéantir ou de le transcender.

Prot (Kevin Spacey) vient d’une autre planète qui s’appelle K-Pax. Ce jour-là, il arrive sur Terre dans un trait de lumière, au beau milieu de cette gare et de la foule qui ne le voit même pas. Seul un sans-abri assis là sur son banc remarque sa présence. L’a-t-il simplement réalisée, ou bien seulement imaginée ?

Ce n’est pas la première fois que Prot vient sur Terre. Il garde de ses premiers séjours des souvenirs précis des odeurs, des images et des gens. Des goûts aussi, ceux des fruits et des légumes qu’il avait dégustés et qui avaient laissé une sensation de plaisir intense sur ses papilles.

Dès son arrivée, il est pris en charge par la police qui, bousculée par certains de ses propos, l’emmène dans un centre psychiatrique de New-York. Dès lors, il est au contact de personnalités dites dérangées par la société. Pour Prot, c’est une toute autre histoire.

Le récit de son vécu au Docteur Mark Powell (Jeff Bridges) initie un duel entre la psychologie et son pragmatisme. Le spécialiste chargé de son suivi ne peut se résoudre à l’existence d’une vie extraterrestre que Prot lui oppose dans sa quête de la faille qui lui fera reconnaître sa part humaine. Jusqu’où le mènera-t-elle ?

Prot ou anti ?

Six ans après Seven et deux ans après le touchant American Beauty de Lester Burnham, Kevin Spacey choisit dans K-Pax d’endosser une nouvelle fois le rôle d’un personnage dont l’ambivalence frôle la schizophrénie. L’excellence de l’acteur sert un scénario axé sur l’œuvre de Gene Brewer et ancré dans les réalités contemporaines dans lesquelles un oiseau bleu devient un remède et un symbole d’espoir.

Dans le regard de Iain Softley, une critique de la société et de ses codes se dessine. Elle piège le spectateur et l’invite à prendre ses distances avec l’acquis au profit de tout ce qui reste à conquérir. Et notamment, le sens profond de certains comportements déroutants qui, en définitive, sont bien plus le fait des gens se disant « normaux » que celui de ceux considérés comme ne l’étant pas par ces derniers.

Qu’est la normalité ?

Dans K-Pax, le personnage de Prot révèle progressivement ses mécanismes de rejet et de réinvention mis en place de manière extra-sensorielle. Les drames vécus par son hôte se transforment en une relation intime dépassant la seule compassion. Prot se mue en un refuge, une amitié infinie capable d’encaisser l’indicible. L’émotionnel n’a pas sa place dans la conception et l’intégration des faits passés. Il ne refait surface que sous hypnose ou au bruit d’un arrosage automatique qui se met en route.

La tension interne de l’hôte de Prot est malgré tout palpable. Si le recul dont il use pour soulager les maux humains fait ses preuves sur ses colocataires, c’est une autre affaire lorsqu’il s’agit des siens. Quoi de plus humain ? La normalité trouve alors sa juste définition dans la capacité d’un être revendiquant son appartenance à une autre civilisation interstellaire à être complètement perméable à la détresse terrienne, à l’accueillir et à l’accepter.

Car dans les disparitions, les réapparitions et les initiatives de Prot se dissimulent l’ambition de réécrire l’histoire. Celle de son hôte, la sienne. Celle d’hommes et de femmes qui, s’ils sont encore sur le chemin de la normalité, ne la refoulent plus en osant se confronter à eux-mêmes.