t2 trainspotting

Vingt ans après le premier épisode des aventures de Renton et de sa bande de camés, Danny Boyle remet le couvert en réalisant le second, sorti mercredi en France. Les acteurs juvéniles d’hier ont pris quelques kilos et des cheveux blancs. Pourtant, leurs personnages n’ont jamais été aussi vivants. Résultat : ça réveille les méninges, ça éveille l’esprit, ça ouvre des perspectives. Et cerise sur le gâteau : c’est drôle.

Renton (Ewan McGregor) est de retour à Edimbourg. Après vingt ans passés loin de sa famille et de sa bande de junkies, le voilà parcourant à nouveau les rues de la ville et ses banlieues. Le premier rendez-vous a lieu au domicile de ses parents. Son père est désormais veuf, mais l’esprit de sa mère plane dans tout l’appartement, blotti dans son ombre sur le mur de la cuisine.

Avant qu’il ne quitte Edimbourg vingt ans plus tôt, il y avait eu une opportunité. Puis une trahison. Si Renton revient sur ses pas, ce n’est pas tant pour rembourser Spud (Ewen Bremner), Simon (Jonny Lee Miller) et Begbie (Robert Carlyle). C’est aussi et surtout pour retrouver un véritable chez-lui, ses racines.

Dans ses souvenirs de crimes, de courses folles, de soirées trop arrosées, de journées et de nuits de défonce, de règlements de compte, Renton renoue progressivement avec une réalité qui ne s’était jamais éteinte. Le cœur y est mais les années sont désormais comptées.

L’urgence de vivre l’étreint pour l’étouffer : c’est en sauvant Spud de sa tentative de suicide avec un sac plastique que Renton perçoit tout l’enjeu. L’acte héroïque devient un révélateur. Il initie une course contre la montre pour laquelle Renton est prêt à se surpasser, parfois malgré lui.

Regarder passer les trains : un choix délibéré

S’il se déroule à nouveau à Edimbourg, T2 Trainspotting constitue une juste analyse de la société dans son ensemble. La mainmise du système sur les individus et les existences est pointée du doigt de façon magistrale, notamment dans une scène au bar entre Renton et la jeune et nouvelle conquête slovène de Simon, Veronika (Anjela Nedyalkova).

Axé à nouveau sur l’œuvre d’Irvine Welsh, T2 Trainspotting est une ode à la liberté réelle et ses conséquences. Le film immortalise le sacrifice d’une vie rangée au profit d’une seule : celle que tout un chacun n’aura la chance d’expérimenter qu’une unique fois avant la fin.

Le sang des éternels ados rêveurs et pourtant si réalistes que resteront les personnages principaux de T2 Trainspotting est par conséquent en constante ébullition. Et ce, malgré une santé qui faiblit, une vie de famille au point mort et des perspectives professionnelles aussi hasardeuses que chancelantes. Leur choix est fait de ressentir la vie à travers leurs propres émotions et non celles dictées par les formats. Et si la drogue occupe toujours une place à part dans leur quotidien, elle n’en est plus l’épicentre. En cela, leur choix est éveillé.

Les codes de la jeunesse d’hier offerts à celle d’aujourd’hui

Ceux qui n’avaient vu en 1996 dans le premier épisode de Trainspotting qu’une simple incitation à la débauche n’étaient sans doute pas au fait des prérogatives de Danny Boyle. Le réalisateur britannique ayant grandi à Manchester a eu depuis l’occasion de les préciser, notamment à travers Slumdog Millionaire en 2008.

Son regard dans T2 Trainspotting est un présent, une invitation lancée à qui veut bien la considérer ainsi afin de rejoindre à nouveau le monde réel, loin du vide de cette virtualité prégnante et des directions que les invisibles d’en haut voudraient nous faire prendre pour des « opportunités » à ne surtout pas manquer.

Car la réelle opportunité d’une vie se dissimule souvent dans les choses les plus simples et les plus proches de nous. Elle est dans le cœur d’un fils, la compréhension d’une mère, les fautes reconnues d’un père. Elle est dans un échange devenant le titre d’un livre, dans une course sur les hauteurs au beau milieu de la nature et de sa majesté. Dans la vie d’un ami qu’on sauve pour sauver la sienne.