victoria

Quatrième long-métrage réalisé par Justine Triet, Victoria révèle le conte fastidieux d’une jeune avocate emprisonnée dans sa solitude et dont le seul prince charmant capable de l’en délivrer demeure invisible à ses yeux. Au-delà, Victoria est le personnage illustrant une réflexion sur le monde d’aujourd’hui. Un monde qui marche sur la tête et qui a perdu la trace d’une simplicité capable de le libérer.

Victoria (Virginie Efira) est une avocate qui galère. Elle est également la mère de deux charmantes petites filles qu’elle maintient tout comme le reste à l’écart de sa vie. Sa solitude est profonde et empiète sur ses relations, celles avec ses amis, avec son ex, avec ceux qu’elle croise dans sa chambre pour un soir. Elle se réfugie dans son travail, comme beaucoup le disent ainsi, croyant pouvoir ignorer la réalité telle qu’elle est. Croyant que sa faiblesse l’empêchant de s’y confronter disparaîtra d’elle-même tout comme ses soucis. L’aliénation, tel est son nom.

Ainsi, Victoria tente à sa manière de distinguer le moment où tout à basculer pour elle. Sa voyante lui parle d’une addiction à la drogue, d’un homme qui l’observe. Son psy quant à lui la remet en place lorsqu’elle ne cesse de finir ses phrases par « vous comprenez ? ». Et pour cause : comment pourrait-elle se permettre de suggérer qu’il soit incapable de comprendre sa réalité alors qu’elle-même s’y est complètement égarée ?

Jusqu’au jour où elle retrouve Sam (Vincent Lacoste), l’un de ses anciens clients qui trempait à l’époque dans des affaires de stupéfiants. Il est à la rue. Elle n’a plus de baby-sitter. Il a de nouveaux projets de vie. Elle lui propose de dormir sur le canapé de son salon et le prend à l’essai. La cohabitation devient une connivence synonyme d’un équilibre inédit pour Victoria. Saura-t-elle le considérer comme tel ?

Du second au dixième degré

Film qui nécessitait l’emploi d’un personnage prétexte capable d’accompagner le spectateur dans le cheminement d’un véritable plaidoyer en faveur du réveil de sa conscience, Victoria dépasse donc la mise en situation facile dans une existence saupoudrée de premier degré.

Malgré quelques rares passages qui auraient mérité plus de finitions, Justine Triet réussit à réinventer un genre qui n’appartient finalement plus à aucun autre. La comédie devient un drame. Quant au drame, il est le portrait sans retouche d’une société malade dans laquelle les individus ont perdu toute notion de raison dans leurs rapports, dans leurs actes, dans l’expression de leurs sentiments.

Efira la Grande

Le duo formé par Virginie Efira et Vincent Lacoste exécute la sentence à la manière d’un orfèvre à quatre mains. Virginie Efira offre une palette surprenante de sensations et d’émotions. Sa justesse témoigne de sa progression fulgurante depuis ses débuts. À croire qu’elle avait ça dans le sang…

Que signifie être humain ? Comment distinguer l’être humain de l’animal quand la frontière entre les deux disparaît ? Quand le premier, inapte à trouver les réponses à sa cécité, à sa folie, à ses non-sens, finit par se tourner vers le second pour qu’il s’y colle ? Quelle est cette jungle bâtie par l’homme ? Nul besoin de vous torturer pour avancer dans la résolution de ces énigmes. Justement, il s’agit de faire exactement l’inverse.