bumpkin island

Depuis ses pas, His Steps, qu’il chantait sur son premier EP sorti en janvier 2011, le groupe Bumpkin Island a fait du chemin et sort vendredi son second album : All was bright. Tout l’était, brillant, et tout le restera. Passé de neuf à six membres sur scène, le collectif basé à Rennes réalise la quintessence d’une expérience qu’il souhaite prolonger à l’infini dans sa dynamique claire et obscure. Dans son élégance aux antipodes du nom rustre qu’il s’est choisi.

Bouseux, péquenaud, cuistre, campagnard, gougnafier, lourdaud : la liste des traductions possibles pour Bumpkin est longue. Il est un jeune groupe en France capable de toutes se les accaparer pour en faire une île. Un espace à l’écart de toutes les conventions, un laboratoire dans lequel les expériences tournent bien.

Bumpkin Island est un savant fou sorti des clous depuis belle lurette. En fait, depuis son idée d’exister. Une idée qui germa dans la tête de Glenn, un ingé son bloqué à l’époque dans sa maison de campagne à cause d’une tempête de neige et qui préféra écrire et composer des chansons pour passer le temps plutôt que de se morfondre devant sa fenêtre, ou de tenter de rejoindre le village le plus proche en raquettes.

Depuis, la neige est restée dans les élans hivernaux de la musique de Bumpkin Island. Et si Glenn est désormais en retrait, il reste toujours dans les parages de cette perspective ouverte et collaborative que Bumpkin Island maintient et incarne.

Emmené par les ondes vocales d’Ellie James vibrant avec celles d’Elena Tonra et de Lizzy Plapinger, le groupe dévoile une harmonie chantée en chœur révélant ses inspirations nordiques, voire extrêmement nordiques. De Sigur Rós à Portishead, en passant par Caribou et Björk, Bumpkin Island développe sa touche et les commissures de celle-ci avec une âme artistique unifiée. Comme autant de mots pour vivre l’instant présent, exister, persister, évoluer, transpercer.

Déstructuration mélodieuse

Il n’y avait pas d’autre titre que Spectacular Lives pour ouvrir le bal. Il marque en effet ce tournant attendu par tous lors de la sortie d’un deuxième album, et ce, quel que soit l’artiste. Dans All was bright, Bumpkin Island invite le trombone de Simon Latouche pour se mêler aux trompettes de Clément Lemennicier et de Simon Pelé pour intensifier l’impact de ses intentions assumées, comme c’est notamment le cas dans Head over Heels.

On sourit au souvenir de cette déclaration faite par Ellie James au détour de l’une de ses précédentes interviews, citant Amnesiac de Radiohead comme étant son album de chevet. On retrouve en effet dans All was bright l’allégeance humble de Bumpkin Island à cette production émotionnelle devenue une référence au fil du temps de par la facilité avec laquelle le groupe britannique de Thom Yorke avait réussi à dépasser les formats usuels du son et de la musique pour les transcender. I Might be wrong chantait-il alors à l’époque : autant dire que même s’il respecte cet aveu d’humanité, le groupe Bumpkin Island a su s’inscrire lui aussi dans cette part d’inattendu touchant à ce que l’être a de plus personnel.

Advienne que pourra

On sent chez les six membres actifs de Bumpkin Island ce détachement impérial, bien loin d’un simple je-m’en-foutisme de façade. Si leur reprise du titre signé par The Velvet Underground, Sunday Morning, leur valut à leurs débuts la reconnaissance des Affranchis, elle était également le signe distingué par quelques éveillés de cette régénération artistique qui va dans le bon sens, autrement dit le leur.

Un sens qui ne reste pas confidentiel, inaccessible, incompréhensible. La joke n’est pas private, elle est partagée avec tous si tant est qu’elle existe vraiment. Car dans la profondeur électro d’un Sgt Woodbury, c’est avant tout l’engagement de Bumpkin Island et sa volonté de briser les codes que l’on perçoit.

Dans les bras de Thomas Poli, musicien de Miossec, de Dominique A et réalisateur des disques de Totorro et de Ropoporose, la vie secrète de Frédéric B prend vite des allures Air-iennes, nous invitant à caler notre respiration avant le grand saut dans le vide-tage de Siddhartha. Avant la vision de ce Yellow on the sea, reflet doré d’un soleil au zénith sur la mer d’une vie pouvant parfois être bien plus douce qu’on ne le croit.

 



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Crédits photos : Lise Gaudaire (header)