deer laurent marion

Laurent Marion, alias DEER, est un artiste caméléon multi-instrumentiste à l’origine de la création du projet musical folk du même nom. Sous sa batterie de chapeaux le dissimulant du ciel plus que lui du soleil, il s’offre depuis trois ans au cœur d’une foule bien moins virtuelle qu’autrefois avec, dans sa démarche, les pas de ses acolytes charismatiques sachant mêler leurs voix, leurs notes et leurs esprits au message tout en profondeur de leur « Deer » Sir.

Bonjour Laurent et merci de nous accorder quelques instants pour cette interview. Elle va être l’occasion d’en apprendre un peu plus sur toi, à commencer par ton parcours très atypique. Tu suis en effet il y a quinze les cours Florent ainsi que d’autres formations d’art dramatique. Puis tu multiplies les rôles dans plusieurs courts-métrages, dans certaines comédies musicales. Tu fais également de la pub, des séries télé. Enfin, tu as trois films à ton actif, dont La Marche en 2013, film réalisé par Nabil Ben Yadir, dans lequel tu te retrouves aux côtés de Jamel Debbouze et Olivier Gourmet. Aussi, avant de parler de ton projet musical Deer, une simple question : à quel moment décides-tu de devenir un artiste, si toutefois la chose se décide ?

Ça m’a pris très tôt en fait. Quand j’étais gamin, je faisais déjà des imitations. Durant la récré notamment, fallait tout le temps que je fasse mon intéressant ! Mais dans le bon sens du terme bien sûr. J’aimais bien être le leader sur plein de trucs. Je faisais beaucoup de sport aussi. Du coup, c’était une espèce de leadership naturel, très affectueux. Très bienveillant vis-à-vis des autres. J’aime faire le spectacle, j’aime faire sourire les gens. En leur procurant de la joie, du bien-être. Partager.

Qu’entends-tu par le fait de connecter leadership et artistique ?

Leadership n’est sans doute pas le terme le plus approprié. En fait, je souhaite surtout parler de cette volonté de rassembler, de créer une communion. Le temps d’un spectacle, peu importe sa nature. Et d’être l’initiateur de ça m’a toujours semblé très simple. Cela relève un peu de l’inné.

Un assembleur plus qu’un leader en fait ?

C’est tout à fait ça.

Assembler des talents, rassembler leurs détenteurs, comme on le verra tout à l’heure pour ton projet Deer : ne serait-ce pas le moyen que tu as trouvé d’exprimer toutes les facettes de ta propre personnalité artistique ?

Toutes ces personnes qui collaborent avec moi m’aident en effet à trouver ce point de convergence et d’équilibre qui me permet de recentrer mon message et l’histoire que je souhaite raconter. Qui me tiennent à cœur. Je me retrouve complètement en chacun d’eux, dans tous leurs contrastes, toutes leurs couleurs. C’est pour cette raison aussi que je m’entoure de beaucoup de gens. Toujours dans ce sens.

Quelle a été cette première grande figure que tu prenais en exemple lorsque tu étais petit ?

Michael Jordan sans l’ombre d’un doute, du fait de ma pratique sportive intensive très jeune. Par la suite, j’ai ressenti mes premières grandes émotions ciné avec Spielberg, Coppola, Scorsese. Le clan des trois comme je les appelle. George Lucas aussi, je suis profondément admiratif de ses réalisations. Quant à mes amours musicaux : Ella Fitzgerald et Duke Ellington sans hésiter. J’ai en mémoire un live de jazz de 1977 qui m’avait beaucoup marqué.

Tu n’étais pas encore né pourtant…

En effet ! (rires) Mais j’ai appris à jouer du saxo dès l’âge de sept ans, ainsi que du piano classique. J’étais donc déjà très sensible à ce style musical. Au même titre que Debussy, Bart Berman aussi. En fait, je joue de plusieurs instruments. Je viens d’ailleurs de me mettre à la clarinette.

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Je comprends mieux maintenant certaines phrases de ta bio sur ton site officiel, notamment celle-ci : « Deer est un projet ambitieux, fruit d’une recherche musicale importante ». On ressent cette exigence que tu cherches à motiver auprès de tous. Elle se conjugue à cette timidité très surprenante que tu as sur scène lors des premiers pas de Deer, notamment dans cette vidéo où l’on te voit interpréter seul All in Silence, en 2012. Tu es sur les planches depuis plusieurs années, devant des caméras à longueur de journée, et tu sembles pourtant expérimenter une « virginité scénique » totale avec tes compos et ta guitare : comment l’expliques-tu ?

Je suis comédien depuis l’âge de dix-huit ans en effet. J’ai été sur de nombreux projets, dans plusieurs compagnies. J’ai joué dans des salles de quelques places, d’autres de deux mille places. J’ai fait pas mal de trucs dans le cadre de ces compagnies. Seul en scène aussi, surtout au théâtre. Mais j’ai ressenti « l’instant » scénique de manière complètement différente en faisant de la musique. Car au-delà de me retrouver face au public, je me suis surtout retrouvé face à moi-même. Avec mes textes, mes compos. Mes histoires quoi ! Et ça en 2012, c’était vraiment nouveau pour moi.

En fait, tu t’es retrouvé vraiment à poil ?

Oui, c’est ça. Et la chanson que tu évoques, All in Silence, était l’une de mes premières compos, que je ne joue plus aujourd’hui. C’était au Théâtre du Gymnase à Paris. Et je me rappelle très bien de cette soirée car elle m’a décidé définitivement à lancer le projet Deer. C’est drôle en tous les cas que tu me parles de cette vidéo, parce que ça fait longtemps que je ne l’ai pas vue…

J’aimerais maintenant comprendre le rôle que joue Alex Finkin à tes côtés. Votre relation artistique pousse le projet Deer depuis sa création. Tu peux nous en dire plus ?

Alex est mon grand frère musical. Il est l’arrangeur de mes morceaux. Il a d’ailleurs très activement participé à la réalisation de mon premier EP, qui est en cours de pressage, et qui s’intitulera The Herd. Pas de date de sortie pour le moment, car pas de label. Mais je ne m’en fais pas, car au pire, nous le sortirons en auto-prod.

Comment vous-êtes vous rencontrés ?

Alex était le directeur musical de la comédie musical Hair à laquelle je participais. C’était en 2011. Il m’avait déjà beaucoup aidé pour mon rôle à l’époque. Il a très rapidement cru en moi. Dans ce sens, il a mis tout en œuvre pour que je me réalise à travers le projet musical Deer. Je t’avoue que je n’en menais pas large, car j’étais très impressionné par son parcours. Il accompagnait notamment Aloe Blacc. Il a d’ailleurs collaboré il y a trois ans à son album Roseaux. Il avait été son clavier sur la tournée I need a dollar. Alex a aussi monté un label, il a toujours plein de projets en fait. Du coup, passé le stade de l’étonnement qu’un gars comme lui puisse s’intéresser à mon projet musical, je me suis totalement investi dans Deer. Et depuis 2012, je me consacre complètement à ça.

“Romancer le quotidien, il s’agit de ça en fait. « Romantiser » les blessures, les joies. Leur conférer une dimension poétique pour encourager chacun à se dépasser, à ne pas perdre espoir”

 

Cette année-là, on se rend compte aussi que tes apparitions au théâtre, sur petit et grand écran se réduisent. Au-delà du constat du parcours généralement tumultueux de l’artiste pour faire sa place puis durer, ta rencontre avec Alex et le projet Deer ne sont-ils pas également un second souffle dans ta vie professionnelle ?

Avec le recul, je le perçois comme ça en effet. Mais au moment où les évènements se déroulaient ainsi, j’ai vécu les choses de manière très spontanée. Et tous mes revenus gagnés grâce à mon métier de comédien ont financé l’intégralité du projet Deer.

Es-tu un si mauvais parti aujourd’hui ?

Exactement ! (rires) Mais je n’ai aucun regret de m’être lancé dans cette aventure de cette manière. Car je suis vraiment fier de voir ce que cela donne maintenant. Et trop heureux de le vivre surtout. J’ai donné les moyens au projet Deer d’exister comme tel.

Old Moon est le dernier titre que tu as diffusé sur ta page Facebook©. Le clip est également disponible. Il s’agit d’un mélange de pop, de jazz, et de folk, qui m’évoque les sonorités d’un Boy and Bear, d’un Yodelice, d’un Benjamin Clementine aussi. Quel est ton message ?

Y’a une bonne dose de vécu, tu t’en doutes. Mais j’essaie de dépasser ce niveau pour transcender le récit que je souhaite partager. Romancer le quotidien, il s’agit de ça en fait. « Romantiser » les blessures, les joies. Leur conférer une dimension poétique pour encourager chacun à se dépasser, à ne pas perdre espoir. Continuer à rêver les choses plutôt que les subir. Remonter à l’essence de soi pour la faire exploser. C’est comme ça que je travaille, que je vis, que je considère mes perspectives. Bien sûr, le doute existe, plus qu’il ne devrait d’ailleurs. Mais l’espoir me guide dans toutes les épreuves que je traverse. Dans tout ce que j’écris et tout ce que je chante aussi. Dans the Herd, c’est mon côté nature qui s’exprime. Je suis un fan inconditionnel de la faune et de la flore de par les lieux que j’ai connus étant enfant, dans le Gard mais aussi à Montpellier, là où je suis né. Y’a une autre chanson sur mon EP qui s’appelle Truck’s Light, et qui évoque ce moment où j’ai compris que mes parents divorçaient. J’avais sept ans. Et le matin, je comptais les camions pour éviter de me confronter à la réalité. Je comprenais les rouages familiaux, je vivais mal la séparation avec ma sœur. Et du coup, je comptais les camions alors que ma mère me conduisait loin et longtemps, parce que ça me permettait d’oublier tout le reste.

Deer est ton projet musical, dans toute sa création et sa réalisation. Mais c’est aussi un collectif constitué par tes soins au fil du temps, avec de fortes personnalités artistiques. Cette perspective ne dépasse-t-elle pas la seule idée de groupe au profit d’une sphère qui s’apparenterait plus à une famille, en écho à la tienne qui fut malmenée lorsque tu étais encore enfant ?

Si ce que tu me dis consiste à aboutir au fait qu’il y a un sens à chaque chose, alors oui, c’est tout à fait ça. Deer est un projet devenu très concret aujourd’hui du fait qu’il soit avant tout la somme d’expériences que j’ai personnellement vécues et sur lesquelles je me suis appuyé pour le concevoir et le bâtir. Mais on ne bâtit pas seul, et les choix que j’ai opérés quant aux musiciens qui constituent Deer aujourd’hui me permettent de connecter toutes les facettes de Deer.

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Quels sont les prochains évènements auxquels tu vas participer ?

On a fait un concert extra à la Dame de Canton il y a deux semaines. Et nous allons y retourner dans pas longtemps avec de nouveaux musiciens qui viendront compléter le collectif. De nouveaux cuivres notamment. Il y a également une tournée prévue dans le sud de la France l’été prochain dans l’Hérault. Ce sera l’occasion de retrouver mes amis qui ne viennent que rarement sur Paris, ainsi que ma famille.

S’il y a une chose qu’on peut te souhaiter pour 2016, ce serait quoi ?

Un tourneur ! Un très bon tourneur même ! L’important pour moi, pour nous tous, c’est vraiment de jouer, de nous retrouver face à notre public. Ce sont des sensations que je n’avais pas l’opportunité d’expérimenter derrière la caméra. Impossible de voir la réaction des gens derrière leurs écrans de télé ! Là, les choses sont bien plus directes. Et quand on vit un pur moment de musique et de partage, c’est vraiment très fort ce qu’on ressent avec les gens. Un tourneur, de la persévérance, et du plaisir, beaucoup de plaisir : sans lui, impossible d’avancer.

Un grand merci à toi Laurent, une fois de plus, pour ce moment privilégié, à cœur ouvert. Nul doute que Deer saura user de ses cornes et du talent pluriel qui fait croître leurs branches pour percer et s’installer durablement dans le paysage musical français. Très bonne continuation à vous tous !