LA DERNIÈRE LEÇON

Cette semaine sortait dans les salles obscures le quatrième long-métrage de Pascale Pouzadoux intitulé La dernière leçon. Après La Croisière en 2010, film autrement plus léger, la réalisatrice française passe de l’autre côté du miroir et nous projette de l’autre côté de l’écran en s’attaquant à la thématique de la fin de vie.

Maman (Marthe Villalonga) fête ses quatre-vingt douze ans. Toute la famille la voit déjà fêter son centenaire. Elle, passe son temps ces dernières semaines à lister ce qu’elle ne peut plus faire. Et au fil des actions impossibles à réaliser, qu’elle barre méthodiquement sur son bout de papier, sa volonté de mettre fin à son existence en toute dignité devient son unique réalité.

Elle rassemble ses dernières forces pour l’annoncer à l’ensemble de sa famille. Et l’incompréhension qu’entraîne cette nouvelle cède progressivement sa place à une longue série d’émotions enchevêtrées, diversifiées. Mais dont la source demeure la même : celle de l’Amour d’un fils, d’une fille, d’un enfant, pour celle qui va les quitter en les laissant seuls au monde. Seuls en vie.

La dernière leçon n’est pas un film facile. Le thème est loin d’être fédérateur tant nous avons pris l’habitude d’errer en faisant fi de l’essentiel. Il est loin de susciter un intérêt immédiat tant il suggère du négatif, du rejet, ainsi que cette incompréhension globale liée en définitive à cette aptitude que nous avons de nous voiler la face. Si aisément.

La dernière leçon n’est pas un film gai. Ça, vous vous en seriez doutés. Il ne fera pas le nombre d’entrées d’un blockbuster américain. Pourtant, sa réalisatrice Pascale Pouzadoux a su y proposer un regard simple et touchant, ainsi qu’une prise de conscience graduelle connectée à cette reconnaissance que le spectateur peut éprouver, en rapprochant ces instants filmés de son propre quotidien.

Qu’est donc la dernière leçon en définitive ? La réponse est dans le titre du film. Cette leçon éprouve, bouscule, attriste, endeuille. Et il fallait bien un duo aussi juste que celui formé par Marthe Villalongua et Sandrine Bonnaire pour la porter et nous la transmettre.

Car cette dernière leçon ne laisse pas indemne. Elle interroge ce qui nous définit, chacun d’entre nous, le plus viscéralement. Et l’abandon de nous-mêmes qu’elle interpelle pour pouvoir ne serait-ce que la concevoir est offert au ciel et à cette humilité plus qu’indispensable pour la comprendre dans toute sa complexité.

Car la dernière leçon n’est pas celle de la fatalité. Pas sous cette forme en tous les cas. Celle de Madeleine pour sa fille Diane et pour son fils Pierre (Antoine Duléry), c’est celle d’une âme souhaitant poursuivre son chemin debout. Hors d’un corps qui l’immobilise par la torture.

C’est celle d’un souvenir gravé à jamais avant même qu’il n’en devienne un.