KING CHARLES

Un retour aux origines de ce qu’il a toujours été : telle est l’approche que nous propose humblement King Charles dans son second album Gamble for a rose, à paraître le 22 janvier prochain. Si l’intimité de l’artiste semble difficile à pénétrer, c’est parce que sa pudeur tout comme son respect de la musique dépasse sa propre perception du monde. Voilà pourquoi son titre de King lui va comme un gant.

Bonjour Charles, et merci encore pour ces quelques instants que tu as bien voulu nous accorder pour cette interview.

C’est un plaisir pour moi aussi.

Tu fais de la musique depuis ta plus tendre enfance. Tu as appris à jouer du violoncelle dès ton plus jeune âge. En parallèle, tu chantais dans un chœur. Aujourd’hui, tu es auteur/compositeur/interprète et multi-instrumentiste. Ton idole est Bob Dylan. Tu as remporté en 2009 the International Songwriting Competition grâce à ton titre Love Lust. Et l’un de tes meilleurs amis n’est autre que Marcus Mumford.

C’est exact.

Celui-ci a décidé il y a quelques mois de t’accompagner dans la réalisation de ton deuxième album intitulé Gamble for a rose, qui sortira le 22 janvier prochain. Cet album est celui « que tu aurais du faire il y a cinq ans », selon tes propres termes. Sa tonalité est plus grave que celle de ton premier opus sorti en 2012, Loveblood. Il raconte une histoire avec un début et une fin. Comment peux-tu expliquer cette prise de conscience si inédite qui est la tienne dans Gamble for a rose ?

Lorsque tu évoques la profondeur, évoques-tu les sonorités ?

J’évoque aussi l’état d’esprit de l’album, la façon dont tu exprimes tes différents messages…

Je vois. En fait, cet album m’a permis de revenir en arrière, aux origines des sons que je composais lorsque je commençais à faire de la musique. J’ai retrouvé le chemin de mes idoles aussi, Bob Dylan comme tu l’as justement rappelé. J’écoutais aussi beaucoup les Rolling Stones, je suis toujours un grand fan de leur œuvre. En fait, mon premier album Loveblood et toute la démarche qui lui était associée visait à aller dans le sens d’une séduction des labels et de l’industrie du disque. C’est courant pour bon nombre d’artistes. J’apprécie beaucoup mon premier album, qui est le fruit d’un long travail créatif axé sur des chansons pop ayant une réelle signification pour moi. Néanmoins, dans Gamble for a rose, je souhaitais m’attarder un peu plus sur les sons. Reprendre aussi le contrôle de ma musique dans cette perspective.

Peut-on dire que tu souhaitais également reprendre le contrôle de toi-même, de tes désirs enfouis, de tes souvenirs, notamment ceux attachés à ton amour artistique pour Bob Dylan ?

Oui. Je souhaitais en effet me connecter à nouveau à tout ça. Par conséquent, la composition puis la réalisation de Gamble for a rose ont été très… naturelles. Cela ne veut pas dire que je l’ai fait les doigts dans le nez. Mais cela m’a paru plus simple. Marcus souhaitait d’ailleurs que les morceaux et les sons respirent. Et je suis très heureux du résultat final.

Gamble for a rose est-il complètement toi ?

Oui, mais je souhaite vraiment être clair quant à mon premier album : je ne regrette rien. Plusieurs directions sont possibles, parfois cela arrive pour une seule et même chanson. On retrouve ça dans certains de mes premiers titres, comme The Brightest Lights sur Loveblood. Tu sais, les racines des musiques que j’ai commencé à écouter puis à jouer au tout début étaient très folk, très country. C’est ce qui m’inspirait, et en même temps, j’ai toujours cherché à repousser les limites. Je désire en fait développer le son à travers mes morceaux, insinuer un mouvement permanent, ouvert.

Quel est cet évènement qui t’a poussé à retourner à ton essentiel ?

Je crois que c’est à la fin de ma tournée en 2015 que tout s’est joué. C’était une très longue tournée, avec un concert par jour pendant vingt-huit jours. C’est là que j’ai dit à Marcus : « Je veux faire un album dans lequel je me sentirai complètement libre. Je veux reprendre le contrôle ». Mais avant tout ça, il y avait eu un évènement majeur pour moi, cet accident de ski dont j’étais ressorti avec un traumatisme crânien. Je suis resté en convalescence pendant un très long moment. C’était très confus pour moi. Je ne comprenais pas vraiment ce que j’écrivais, ce que je composais. J’ai avancé à mon rythme, repris pied petit à petit. J’ai retrouvé le chemin de cette musique qui me rendait si heureux. Même s’il est clair que le sens de la vie n’est plus le même après des épreuves de ce type.

Le premier morceau de Gamble for a rose s’intitule Loose change for the boatman. Il s’agit d’une authentique déclaration d’amour qui transpire de l’esprit et de la touche de Marcus. Au-delà de votre collaboration sur ce second opus, peut-on en conclure que cette déclaration d’amour s’adresse à lui ?

Je vois où tu veux en venir. En effet, il y a beaucoup de Marcus dans Gamble for a rose, ce serait malhonnête de dire le contraire. J’aime cette idée que notre connivence artistique puisse s’exprimer autant et être perçue dans ce sens. J’ai énormément apprécié son implication, son engagement.

J’étais personnellement au bord des larmes quand j’ai écouté ce titre pour la première fois. On retrouve dans ta voix des échos à celle de Jeff Buckley.

C’est une merveilleuse référence que tu cites là. La voix de Jeff Buckley a d’ailleurs toujours incarné ce désespoir pour moi. Un désespoir mêlé à des textes très empreints d’une certaine forme de sérénité.

Es-tu conscient de l’impact émotionnel que tu inities sur ton auditeur ?

Non, c’est très difficile pour moi de l’apprécier. En même temps, les émotions que je délivre répondent à celles que chacun projette, et vice-versa. Un auditeur est aussi dans cet élan d’identification en rapport avec le message que je diffuse dans tel ou tel titre.

New Orleans est un morceau au sens pluriel que j’ai également beaucoup aimé. Peux-tu nous en dire plus sur la perspective attachée à ce titre ?

C’est une histoire que j’ai écrite lors de ma tournée aux États-Unis. Le contenu de cette histoire est en rapport direct avec cette tournée. Ce que je peux partager au-delà de cette dernière, c’est que ces mots sont venus à moi lorsque j’étais de retour chez moi. Ils m’ont permis de m’échapper à nouveau, avec ce brin de mélancolie.

Coco Chitty est le dernier morceau de Gamble of a rose. Il semble faire écho à une rupture, l’une de celles qui met un terme à n’importe quelle relation amoureuse.

Coco Chitty est l’un de mes morceaux préférés. Il me transporte à nouveau et à chaque fois à l’endroit où je l’ai écrit. Je me souviens aussi des difficultés que j’ai rencontrées pour le composer. Cocco Chitty est comme un ami à moi. C’est aussi une mélodie enivrante tout autant que son sujet. La personne à qui cette chanson pourrait s’adresser est la seule, et je souhaitais faire en sorte que l’autre ait tous les moyens pour qu’elle le comprenne avant de faire son choix : celui de rester ou de partir.

Merci une fois de plus Charles pour cet échange. On retrouve bien évidemment toute ton actualité et tes prochaines dates sur ta page Facebook© ainsi que sur ton site officiel. Nul doute que cette nouvelle année couronnera celui dont la voix sait plus que n’importe laquelle se faire entendre avec détermination et poésie, à la manière d’un roi en devenir.