Ladylike Lily

Elle se fait l’écho d’une mutation musicale et personnelle constante destinée à dépasser une fragilité à fleur de peau. Elle confère à sa créativité ce rien d’émotion dépassant la seule perception. Dans la matière, son nouvel EP, sort demain. Ladylike Lily y exerce sa plume au sens des mots à la mode française.

Entretien avec Orianne Marsilli – Auteure, compositrice et interprète – Ladylike Lily

Bonjour Orianne, et merci d’avoir accepté cette interview. Tu es à l’origine de la création du groupe Ladylike Lily, qui porte en fait le nom de scène que tu choisis à tes débuts alors que tu jouais sur scène avec ta seule guitare pour t’accompagner. Tu as vingt-huit ans, tu es originaire du Finistère. Tu sors demain ton troisième EP intitulé Dans la matière après un premier album Get your soul washed sorti en 2012 et salué par la critique et le public. L’étudiante en fac d’anglais que tu fus à Rennes avait-elle anticipé toute cette aventure ?

Merci pour cette présentation très complète ! En fait, ça s’est déroulé très rapidement. Ça faisait très longtemps que j’attendais ça, que j’agissais pour ça. L’idée même de faire de la musique trottait dans ma tête depuis toujours. J’avais tendance à fantasmer beaucoup de choses quant au monde professionnel de la musique de par ce que l’on voit à travers les concerts et les médias. Mais finalement, tout a été très naturel et c’est un plaisir aujourd’hui de pouvoir faire de la musique de cette manière-là.

Retour sur ton parcours depuis tes débuts officialisés dès 2010 par les prix que tu obtins aux Transmusicales de Rennes et au Printemps de Bourges, puis par la sortie en 2011 de ton premier EP On my own. Certains de tes accords à la guitare diffusent les sonorités d’une harpe dans ce premier jet. Ta mère en joue depuis des années. Peux-tu me décrire le lien entre elle et cet instrument ?

Ladylike LilyJe crois que tout ce qui touche à ma mémoire visuelle et à mes émotions sonores est lié à la harpe. Pourtant, même si l’image de la pochette de ce premier EP représente une femme semblant jouer de cet instrument, il n’y a pas de harpe dans On my own. Je crois en effet que mes arpèges à la guitare, mon doigté et mon amour pour cet instrument très acoustique peuvent expliquer le rendu final. Ma mère est totalement connectée à la harpe : elle m’en jouait alors qu’elle était encore enceinte de moi.

Depuis On my own, tu dévoiles un univers très féminin qui ne s’est jamais démenti. Un mélange de douceur, de féérie, et de questions constantes concernant ton moi et les hommes. Tu n’évoques jamais ton père dans tes interviews. Qui était-il ?

Et pourtant, mon père est quelqu’un de très important dans ma vie. Il est vrai que j’ai plus le réflexe de parler de ma mère car il est plus évident de se focaliser sur elle pas sa passion et sa pratique de la harpe. Mon père, lui, est un concepteur d’écohabitats. Il crée des maisons alimentées par l’énergie solaire et construites avec des matériaux écologiques. Il est donc aussi dans la création à sa manière. Il m’a transmis son amour du fait maison et l’envie de me lancer malgré le fait qu’on ignore tout de ce qu’il peut se produire.

I’m terrified of being est le second morceau envoûtant de On my own. Avec le recul, as-tu perçu d’où te venait cette peur d’être et d’exister que tu ressentais à l’époque ?

Oui. Elle est tout d’abord liée à celle de monter sur scène. I’m terrified of being raconte mon expérience assez douloureuse d’être sur scène, de ne pas me sentir vraiment comprise concernant ce que je faisais à ce moment-là. J’avais peur qu’on ne m’aime pas et que les gens n’aiment pas ce que je leur propose sur scène. Avec le temps, cette peur s’est adoucie car j’ai compris qu’on ne faisait jamais l’unanimité. Aujourd’hui, je n’ai plus du tout la même appréhension de la scène. J’ai appris à l’aimer et à m’y sentir bien.

En 2012, ton premier album Get your soul washed te permet d’intensifier ton travail de composition que tu déclares être ta première passion avant même celle de jouer de ta guitare. Ton nouveau groupe est à tes côtés désormais, et tu écoules 10000 exemplaires. Comment vis-tu cette nouvelle étape de ta vie artistique dans ta vie personnelle ?

Je me souviens avant tout de mon état lorsque mon équipe m’a confirmé que nous avions trouvé un distributeur pour mon album, alors que je n’y croyais pas et que nous attendions un retour depuis plusieurs semaines. J’étais dans ma voiture et j’avais envie de crier ! J’ai compris que quelque chose se passait. Puis nous avons suivi la progression des ventes au fur et à mesure. Les placements marchaient bien et il m’arrivait de ne pas prévoir suffisamment d’albums lors de mes tournées et de me retrouver en rupture (rires). Quoiqu’il en soit, ma vie artistique a pris le pas sur ma vie personnelle à ce moment-là. J’avais passé deux ans à écrire et à composer cet album. Le fait qu’il sorte et que le résultat soit celui-ci fut un aboutissement pour moi. Pour tout ce travail de préparation, de questionnement, d’attente qui fut extrêmement long. Depuis, la musique est le cœur de mon quotidien. C’est une passion dévorante aussi, mais issue de mon choix qu’il en soit ainsi.

Ton second EP Blueland sort en 2014 et introduit des sonorités plus électro. J’ai eu l’étrange impression d’avoir affaire à la voix jumelle de l’artiste islandaise Sóley, notamment dans son dernier album Ask the deep. Deux ans après la sortie de ton premier album marquant ton passage de l’enfance à ta vie d’adulte, comment expliques-tu le retour de cette mélancolie teintée de regrets dans Blueland ?

La mélancolie fait partie de moi. J’ai cette facette très joyeuse qui coexiste avec cette faculté à ressasser en permanence. Par conséquent, on retrouve cette image de moi dans ma musique. Je ne me souviens pas avoir vécu Blueland de la même manière que Get your soul washed, qui était un premier album très sombre. Pourtant, il est vrai qu’en écoutant ce que j’ai fait après cet EP, et notamment Dans la matière, on se rend compte que je suis progressivement plus lumineuse. Ma relation à la spiritualité m’aide dans ce but de la ressentir différemment par la musique et de la partager. Il y a quelque chose de très énergétique dans mon rapport à la musique.

Au hasard de tes rencontres, tu en fais une essentielle qui va te faire profondément évoluer dans ta démarche musicale, dans ton appréhension de la langue française, dans son écriture. Il sort d’ailleurs demain son dixième album intitulé Mammifères. Parle-nous de lui, parle-nous de vous…

MIOSSECNANDB600Christophe Miossec… Notre relation a connu deux phases. Sur la première tournée pour laquelle il m’avait confié la première partie, je défendais avec mon groupe récemment constitué les titres de Get you soul washed devant un public amateur de chanson française alors que mes titres étaient tous en anglais. J’avais pu échanger avec Christophe sur les retours critiques que j’avais eu à ce sujet. Il me proposa alors de me filer le coup de main lorsque j’écrirai mes premières chansons en français. Quelques temps plus tard, je suis revenue vers lui. Mes morceaux étaient presque aboutis. Il m’a immédiatement proposé de repartir avec lui en tournée. Il s’agit là de la seconde phase de notre relation. C’était l’année dernière. Je me suis retrouvée sans mon groupe cette fois-ci au milieu de son équipe. Ce fut une expérience mémorable : celle de la vie sur la route, avec la fatigue et ces moments privilégiés durant lesquels on parlait ensemble de tout et de rien. Durant lesquels j’interprétais mes chansons en français : l’effet sur les gens n’a pas du tout été le même et ça a tout de suite marché ! Ça m’a fait beaucoup de bien d’être approuvée par ce grand Monsieur qu’est Christophe Miossec. Il est extrêmement curieux et passionnant. Il a connu l’explosion du rock en Bretagne. Il est une bibliothèque musicale à lui tout seul. Il a une mémoire très précise de tous les groupes qu’il est allé voir en concert.

Peut-on considérer Miossec comme un second père de cœur pour toi ?

Après cette seconde tournée à ses côtés, oui. Au départ, tourner avec lui était une belle mise en avant qui a accéléré plein de choses pour moi car avant de faire ses premières parties, il a fallu que je monte un live. Je n’aurais jamais eu l’idée de partir en tournée avant que le disque ne sorte. C’est pourtant ce qu’il s’est passé. Notre relation m’a ouvert des perspectives inédites artistiquement et surtout humainement. Certes, nous n’avons pas encore eu l’occasion d’écrire ou de composer ensemble, et nos styles respectifs sont très distincts. Néanmoins, notre relation m’a fait considérer l’écriture en français et le public français différemment.

Focus maintenant sur ce troisième EP Dans la matière, pour lequel tu t’es chargée de l’écriture et de la composition de tous les titres, épaulée par Corentin Ollivier pour les arrangements. La langue française devient pour toi un instrument à part entière qui te permet d’explorer et d’exprimer des sentiments toujours plus personnels. Toutefois, chacun de tes textes conserve certains aspects énigmatiques. Dans Bain de minuit par exemple, que représente ce lait de brebis dans lequel tu te plonges ?

Ladylike LilyBain de minuit, c’est le moment où j’arrive à Paris. J’ai dès lors une vie trépidante dans cette fourmilière, je fais énormément de rencontres. Surtout la nuit. Vivre dans une ville comme Paris, c’est expérimenter pour son propre compte mais c’est aussi être confronté au quotidien de tout le monde. Au bruit aussi. Du coup, j’ai accumulé une fatigue qui nécessitait que je me détache de toute cette réalité. J’avais le besoin de me créer constamment une bulle me permettant de revenir à mon essentiel dépouillé de toute cette agitation agrémentée parfois d’une certaine forme de dureté. Je perçois dans ce sens le lait de brebis comme un élément pur favorisant mon retour aux sources.

Le titre album Dans la matière porte bien son nom puisque tu y évoques une société matérialiste qui se doit de préserver malgré tout ses attaches avec sa spiritualité. Tu y évoques aussi le fait d’avoir voulu commencer ta vie à l’envers.  Est-ce toujours la sensation que tu en as aujourd’hui ?

Pour certains, il s’agit de passer du temps à trouver la voie qui leur permettrait de se réaliser complètement. Pour d’autres, il s’agit de découdre ce qui a été fait par le passé parce que cela les a éloignés de ce qu’ils étaient au fond. Tout est lié dans les chansons que j’écris depuis mes débuts, y compris dans cet EP. Comme je le disais tout à l’heure, la spiritualité a toujours été présente dans mon expérience concrète de l’existence et de la musique, elle est une proposition d’approche différente du monde qui nous entoure.

Alors que ta voix rappelle celles de Soley, Sarah Blasko ou Alessi’s Ark lorsque tu chantes en anglais, celle dont tu uses en français mute et étreint celles d’Émilie Simon et de Vanessa Paradis, notamment dans la chanson Tir à Blanc. À qui t’adresses-tu ?

Merci pour ces références que tu cites, je les prends comme autant de compliments ! Je suis d’ailleurs assez étonnée de celle faisant écho à la voix de Vanessa Paradis. De plus en plus de gens, que ce soit en concert ou après l’écoute de l’EP, me font cette remarque. J’ignore d’où cela vient. Tir à blanc est une chanson explicite tutoyant ma part de noirceur en rapport avec certaines douleurs passées éprouvées notamment avec cet homme.

Je crois savoir que ton prochain album sortira en 2017 en parallèle de ta prochaine tournée qui débutera à l’automne. Quelle est la femme et l’artiste que tu souhaites trouver au cœur de ce nouvel opus ? Quelles seront leurs perspectives pour la suite ?

J’ai déjà pas mal de titres de côté. J’envisage d’en garder quelques-uns pour le prochain album mais j’ai aussi le besoin de me remettre à écrire pour raconter d’autres choses en rapport avec ce que j’ai vécu, observé, écouté depuis l’écriture et la composition de cet EP Dans la matière. Faire de la scène me permet en parallèle de m’interroger sur les instruments, les sons que je souhaite incorporer dans mes prochaines compositions. Écrire à nouveau et ressentir sur scène, car tout prend son sens en live : tels sont en tous les cas mes objectifs pour les prochains mois. Mais chaque chose en son temps. Dans la matière sort demain, ce qui me laisse une marge confortable pour aussi et surtout vivre les évènements pleinement et poursuivre ma route avec un maximum de plaisir dans la découverte et l’écoute attentive de mes souhaits.

Merci encore Orianne pour cet échange. Demain, nous serons levés dès l’aurore pour profiter de cette petite magie que tu sais si bien distiller Dans la matière. Et on retrouve toute ton actualité sur ton site officiel. Une très bonne continuation à toi !