MILA AUGUSTE

Avec son nouvel EP éponyme sorti le 8 avril dernier, Mila Auguste se dévoile et offre un horizon avec une vue intimiste sur ce qui la transporte. Elle sait le voyage, celui qui fut le sien et celui de sa famille pendant des années. Celui intérieur qui l’amène après cinq ans à initier un départ inédit vers elle-même. Embarquement immédiat pour une terre à découvrir plus que n’importe quelle autre, avec à l’arrivée un partage des émotions chantant à l’unisson la naissance de son autre monde.

Bonjour Mila, et merci d’avoir accepté de passer quelques minutes avec nous pour cette interview. Ton second EP est sorti le 8 avril. Contrairement au premier EP intitulé Back to the Town que tu avais sorti en novembre 2011, ce nouvel opus de quatre titres ne porte aucun nom. Pourquoi ?

Ce second EP est comme un début pour moi, contrairement au premier qui avait été un gros test. J’ai bien plus la sensation de commencer quelque chose avec cet EP.

De révéler aussi complètement ton identité ?

À cette période-là, oui. Après, je pense que cela change tout le temps et que cela se nourrit. Mais j’ai en effet la sensation d’avoir mis tout ce que j’étais à ce moment-là, tout ce que je voulais exprimer musicalement, dans mes textes. J’ai été au bout de ce que je voulais faire et même au-delà grâce à ceux qui m’entourent notamment à la réalisation de cet EP.

Qui es-tu Mila ?

Qui suis-je ? (rires) Et bien je suis une jeune femme de vingt-huit ans qui vit avec son projet nuit et jour et qui baigne dans la création avec des sujets qui me touchent plus que d’autres : les rapports humains, les combats intérieurs de chacun, la recherche d’une certaine lumière dans des moments difficiles. Ce nouvel EP est tourné vers ces thématiques, les personnages que je décris dans mes morceaux sont très empreints de celles-ci.

Quel est ton combat intérieur ?

Je suis ma pire ennemie. J’ai une partie sombre très forte, comme on peut tous l’avoir d’ailleurs. J’ai des doutes, des difficultés avec mon inconscient. Une certaine fragilité aussi, comme beaucoup de gens.

Plus de cinq années donc entre tes deux EP. Un temps infini dans l’univers de la musique. Comment l’expliques-tu ?

J’ai déménagé et quitté le label indépendant dans lequel j’étais. J’ai signé avec First Match. J’ai donc un peu changé de vie. Et puis j’ai pris plus de temps cette fois-ci pour définir précisément ce que je voulais faire dans ce nouvel EP, vers quoi je souhaitais aller musicalement. J’ai aussi eu une grosse période de doute durant laquelle je n’ai rien fait du tout. Un moment de transition tant dans ma vie personnelle que dans ma vie artistique. Ça a pris du temps. Jusqu’à l’enregistrement de l’EP qui a eu lieu il y a un an, puis sa promotion.

On commence à te connaître un peu mieux. J’ai lu que tu avais vécu en Côte d’Ivoire. Combien de temps y es-tu restée ?

Un an et demi. J’avais six ans à l’époque. C’est toujours difficile pour moi de quantifier. En effet, j’ai beaucoup déménagé. En fait, tous les ans à peu près.

Tes parents occupaient des postes qui nécessitaient que vous changiez fréquemment de pays ?

Pas du tout. J’ai grandi avec ma mère et mon frère. Ma mère est une amoureuse de la vie qui avait envie de bouger, de découvrir plein de choses. Par conséquent, nous avons suivi le mouvement. Ce qui construit ton mental d’une façon particulière tu t’en doutes, en comparaison avec des parcours plus « classiques ». Ça te donne une certaine idée du mouvement et un certain goût du moment. Ainsi, j’ai plus de mal aujourd’hui à rester au même endroit trop longtemps. Pour moi, rester un an, un an et demi quelque part, c’est exceptionnel. Nous avons tous nos habitudes, celle-ci est la mienne, même si elle peut être un peu étrange.

Comment la culture ivoirienne s’est-elle mariée avec celle française de tes origines ?

L’Afrique fut un voyage super marquant. Toute l’influence culturelle, que l’on n’intellectualise pas à l’âge que j’avais, s’accumule dans ton inconscient pour te prendre aux tripes plusieurs années plus tard. Elle fait partie de moi, de mon évolution, tout comme de celle de mon frère, qui fait lui aussi de la musique aujourd’hui puisqu’il est percussionniste. Ma mère avait été très spontanée en choisissant cette destination. L’Afrique m’évoque le sourire, la joie et la simplicité des gens concernant leur approche de la vie. Aussi, à mon côté très noir répond ce sourire que j’ai gardé de ces moments. J’aime rire et avoir un rapport simple avec les gens dans la vie de tous les jours. Je tente de conserver une démarche positive même si nous avons tous nos galères. C’est cet aspect système D que les Ivoiriens ont que je prends en exemple. Artistiquement, la danse et la transmission du mon plaisir sur scène sont les éléments que je me suis complètement appropriés là-bas. Ce côté décomplexé pour faire des mélanges aussi. Une certaine liberté.

Y-a-t-il un souvenir en particulier que tu souhaites partager avec nous et qui te donne le sourire lorsque tu y repenses ?

Quand nous étions en Afrique, nous allions sur une plage le soir et nous nous mettions à quatre pattes pour gratter le sol et trouver des crabes. Mon frère et moi faisions ça avec les autres enfants. C’était magique, hors du temps. C’était simple, c’était cool.

Alors que Back to the Town baignait dans un univers très folk et un peu jazzy, ton nouvel EP est bien plus empreint d’une pop alternative parfois ténébreuse, avec toujours cette petite lumière au bout du tunnel. Des mondes d’Aimee Mann et de Sia à ses débuts, tu pénètres désormais ceux de Florence and the Machine et de Christine and the Queens. Que t’évoquent ces références ?

Je les rejoins quant aux envolées vocales et aux arrangements un peu denses que l’on retrouve en effet dans mes morceaux. Mais pour être honnête, et même si je n’ai pu passer à côté de ces artistes de talent, j’ai plutôt tendance à m’isoler et à ne rien écouter avant et pendant la composition de nouveaux morceaux. Le but est de me départir un maximum, chose que j’ai fait l’erreur de ne pas suffisamment appliquer pour mon premier EP. C’était un peu trop mélanger, il y en avait dans tous les sens. D’ailleurs, le titre Help myself se serait bien mieux intégré dans mon second EP. Quoiqu’il en soit, je n’essaye pas de coller à quoi que ce soit, tant dans l’écriture que dans la composition de mes chansons. Même si je peux comprendre les échos que tu évoques.

C’est exactement ainsi que j’ai perçu Help myself, et au-delà, comme l’annonce de l’univers de ton second EP. Génial le coup du teasing cinq ans avant la sortie du dit EP 😉

L’angoisse ! (rires) Je vais être plus rapide pour la suite, promis ! Mais c’est la vie, les tourments intérieurs et matériels. Les choses qui se sont passées m’ont bloquée pour avancer plus rapidement. La bonne nouvelle, c’est que j’ai déjà bien avancé sur mes nouveaux morceaux, qui n’attendent qu’à être bien arrangés pour le prochain EP.

Quel rôle tes rencontres avec Florent Livet et Pavle Kovacevic ont-elles joué dans l’évolution de ta perspective artistique et dans ta mutation musicale ?

Pour ce nouvel EP, j’ai commencé à travailler avec une première personne pour faire des essais. Cette collaboration a été infructueuse et m’a permis de tirer des leçons, notamment quant à sa vision qui était très différente de la mienne. Avec Pavle et Flo, nous nous sommes immédiatement trouvés, humainement et musicalement. J’étais arrivée avec des morceaux que j’avais fait en sorte de finaliser le plus possible au niveau des arrangements afin qu’ils saisissent bien l’histoire que je souhaitais raconter. Tous les deux ont compris ma direction. Ils n’ont pas cherché à la bouleverser et nous avons ainsi pu la valoriser encore plus. Ils ont cette capacité d’écoute extraordinaire ainsi que cette volonté de ne pas dénaturer l’artiste ni son travail. Et malgré le fait qu’il puisse exister une infinité de versions d’un seul morceau, je me retrouve complètement dans le résultat final de chacun de ceux composant ce nouvel EP. Notre rencontre m’a permis d’être totalement honnête dans ce que j’avais conçu, tout comme dans ma proposition artistique. Et je pense que le meilleur moyen de toucher les gens, c’est par cette honnêteté. C’est par cette confiance qu’on se doit de préserver en nous pour développer toute cette sensibilité dans cette recherche du poil qui se dresse.

Des rencontres humaines et musicales qui sonnent comme des évidences en fait ?

Exactement. Avec Jessi aussi, mon éditrice.

Si tu as rencontré Florent, Pavle et Jessi durant les cinq années séparant la sortie de ton premier et de ton second EP, il y a en revanche une personne qui fait le lien entre les deux puisque tu avais travaillé avec elle pour la sortie de Back to the Town. En effet, tu fais déjà appel à la touche de Margot Malingue pour réaliser en 2011 le clip de ton morceau Help myself. Et cette année, c’est pour le clip de ton single Guerre au cœur que celle-ci se joint à nouveau à toi. Peux-tu revenir sur votre première rencontre ?

Là aussi, notre rencontre fut une évidence. Nous avions Margot et moi une amie commune qui décida un jour de nous présenter. À la suite de nos premiers échanges, nous souhaitions travailler ensemble sur le clip de mon titre Help Myself. En convenant de prendre une semaine pour y réfléchir sans nous concerter, puis de nous revoir pour partager nos idées respectives. Le jour J arriva, et pendant que l’une expliquait ses perspectives, l’autre resta bouche bée : nos perspectives étaient strictement les mêmes ! Les mêmes références, la même façon de considérer les enchaînements, les liens avec la musique… Depuis, nous collaborons ensemble. Les scénarios que nous mettons au point s’appuient sur des échos plus que sur une lisibilité. La poésie axée sur des évènements traditionnels africains et japonais prend une grande place. Cet ensemble répond aux textes et a un sens très fort. L’imagerie, le sens, l’esthétique nous inspirent beaucoup en fait. Et la finesse d’esprit de Margot amplifie le rendu et la valorisation des textes et des compositions. C’est une très bonne réalisatrice.

Merci Mila pour ces quelques instants passés ensemble. On retrouve toute ton actualité sur ta page Facebook©. À très bientôt, où que tu sois 😉