Nadéah

Cette semaine sortait le tout nouveau clip du tout autant nouveau single de Nadéah, Met a Man. Entre les souvenirs d’un parcours en dents de scie et les confidences d’une inconditionnelle punk rocker, Nadéah nous dévoile sa vision d’artiste et de femme, mélange d’acceptation et de partage constant que seule la musique pouvait transcrire aussi fidèlement.

Bonjour Nadéah, how are you girl ?!

Hello, bonjour ! Ça va très bien merci !

Merci à toi surtout pour avoir accepté d’accorder à Skriber ces quelques instants pour cette interview ! Ta vie d’artiste et ta vie de femme ont été ponctuées depuis le début par des rencontres décisives. Et ce, dès ton départ d’Australie puis ton arrivée sur le vieux continent européen. Tu y rencontres tout d’abord Arthur Menuteau. Peux-tu nous en dire plus sur cette séquence de ton existence ?

J’ai attendu toute ma vie pour venir en Europe ! J’avais mis de côté tout mon « pocketmoney » jusqu’à mes dix-huit ans pour partir après avoir fini mes études. Direction : l’Angleterre ! Mais en faisant un petit détour par Paris, je perds mon visa. Du coup, je me retrouve à devoir faire la manche dans les rues de la ville. Et c’est dans ce contexte que je rencontre Arthur. Je jouais devant un bar à St-Germain. Il me donnait dix francs lorsqu’il passait pour m’écouter. Jusqu’à ce qu’il me demande si je souhaitais enregistrer un peu de musique avec lui. Dès le départ, nous avons ressenti cette complicité très forte. Il était tellement beau en plus ! Notre histoire a duré plusieurs années.

Vous décidez de partir pour l’Angleterre. Vous y créez le groupe The LoveGods. Comment se déroulent ces années de conquête de votre public ?

Nous signons avec un gros label, un gros contrat. Que nous décidons finalement de laisser tomber. Ce que nous proposait de faire ce label ne nous ressemblait pas ! Par la suite, nous partons sur les routes anglaises par nos propres moyens. Et nous enchaînons les scènes.

Jusqu’à ce passage sur les ondes de Radio One et l’obtention du titre de meilleur groupe indépendant : quel impact cela a-t-il eu sur la suite des évènements ?

Énorme ! Ça nous a vraiment beaucoup aidés. Nous avons aussi été invités cette année-là à faire les premières parties de la tournée des Fun Lovin’ Criminals. Imagine : 2000 personnes chaque nuit, avec un ingé son qui fumait trop de joints (rires). C’était juste une super vitrine pour nous !

Et pourquoi The LoveGods s’arrête alors ?

J’ai été virée d’Angleterre… Sauf que notre public, le public de The LoveGods, était là-bas. Et de retour à Paris, il me semblait très compliqué de me relancer à distance, ou même sur place avec un nouveau projet. Repartir de zéro ! C’est hard de se dire ça après avoir commencé à construire sa vie dans un autre pays. C’était mon cas.

Après toutes ces années folles de concerts, de shows, de musique, comment gères-tu le retour à la réalité parisienne, au quotidien ?

J’étais fatiguée. Et en plus, je parlais très peu le français. Du coup, je cherche un job sans trop de pression afin d’acquérir la langue petit à petit. Je deviens hôtesse d’accueil dans un café. Ça me permet de me reposer, et de reprendre des forces dans l’éventualité d’un nouveau projet. Car je savais qu’il me faudrait dépenser énormément d’énergie dans ce cas.

Cette nouvelle opportunité se présente sous les traits d’un nouveau visage : celui de Nicola Tescari, qui fut notamment l’arrangeur de Sting. Un peu plus de détails sur cette seconde rencontre déterminante ?

Un très bel homme, une fois de plus ! (rires) Lui, je le rencontre dans le resto dans lequel je travaille en tant qu’hôtesse d’accueil. Il ne savait pas que je faisais de la musique. C’est en faisant progressivement connaissance qu’il l’a appris. Ça a duré plusieurs années avec lui aussi. Dans ce cas également, notre connivence a tout de suite été évidente. Jusqu’à ce que nous décidions de faire un album ensemble. J’écrivais les chansons, lui composait. Le résultat : mon premier album sorti en 2012 et intitulé Venus gets even.

N’y avait-il pas plus que de la musique entre ces deux gars-là et toi Nadéah ?

Il y a toujours plus dans ces cas-là. Ce que je veux dire, c’est que la musique est une relation. Ça ne veut pas forcément dire que ça doit être sexuel. Le vrai échange doit être là. Il est très important.

Mais quand tu dis que tu as été avec eux pendant des années, est-ce que cela signifie que vous entreteniez une relation amoureuse, sentimentale ?

Arthur non. Nous avons décidé très tôt de choisir entre la musique ou ce type de relation. Et nous avons choisi la musique. Avec Nicola, c’était différent. Nous avons été amoureux en effet. Puis, lorsque notre rapport sentimental s’est arrêté, nous sommes devenus de très proches amis.

La musique avant tout…

Oui, mais ça va plus loin que ça. Quand je joue avec mon groupe, je suis amoureuse de lui. Sans pour autant finir dans le lit de chacun ! La musique, l’art, c’est être amoureux de ce que l’on créé. Notre création est un peu comme un bébé. Notre création est le produit d’un amour, au même titre que puisse l’être un bébé. Le produit d’un partage important…

Troisième rencontre de taille, cette fois-ci avec Marc Collin, fondateur de la Nouvelle Vague avec Olivier Libaux. Tu te retrouves à chanter régulièrement aux côtés de Mélanie Pain, Helena Noguerra, Phoebe Killdeer. Tu te produis sur de nombreuses scènes, notamment le magnifique Royal Albert Hall à Londres. Et en parallèle, tu produis donc ton premier album, celui que tu évoquais tout à l’heure, Venus gets Even. Quelles ont été tes inspirations pour écrire les morceaux de celui-ci ?

Mon vécu, et notamment celui à Paris, dans la rue. La manche. Puis le retour d’Angleterre. Cette fatigue. Cette déception. Je ne te cache pas que j’ai du attendre un peu avant de me lancer dans cet album. Prendre du recul. Pour digérer. Cet album est très particulier au niveau de ses sonorités. C’est un mélange des années 30 et de rockabilly des années 50. Les textes, eux, décrivent des sujets difficiles. Par exemple, Even Quadriplegics get the blues évoque un ex-petit ami devenu tétraplégique. Tu comprends donc que digérer tous ces moments était la chose la plus importante pour moi. Mais je ne pouvais pas concevoir que toute cette « matière » ne se transforme pas en musique. Que tous ces messages restent enfermés en moi. Que je m’y noie. Non, je ne voulais pas ça. Et d’avoir rencontré et collaboré avec des artistes aussi talentueux que Nicola, mais aussi Katia Labeque, ça a été pour moi une source d’inspiration supplémentaire. Des couleurs artistiques qui m’étaient parfois inconnues, mais que j’explorais pour les faire miennes. Et les mettre au service de mes textes.

Plus de 30 mois de tournée, près de trois ans à travers le monde t’attendent à la suite de la sortie de ce premier album. Tu te produis notamment aux côtés de The Do, Charlie Winston, Aaron, Moriarty. Que retiens-tu de tous ces moments de scène ?

Je le referai mille fois ! C’était éreintant, mais tellement moi ! Je ne peux pas envisager mon parcours artistique en solo. La collaboration, le partage sont essentiels.

Le premier single de ton prochain album à paraître début 2016, While the heart beats, et intitulé Met a Man sort vendredi prochain. Il est très différent des sons de ton premier album. On passe du rockabilly au psychobilly, avec cette voix qui rappelle celle d’une Micky Green, et cette guitare, ces percus très lourdes, dans lesquelles j’ai en effet cerné l’une de tes références fétiches : The Pink Floyd. Ce second opus n’est-il pas un album « souvenir » ?

Dans quel sens ?

Un album connecté avec ta période The LoveGods notamment ?

Oui, peut-être, mais je suis toujours restée une rockeuse. Dans Venus gets even, ma personnalité rock voire punk s’exprimait dans mes textes. Je comprends qu’en France, on écoute en tout premier lieu la musique plutôt que les textes anglais. Mais je suis une punk-rocker avant d’appartenir aux époques mises en avant dans mon premier album. Et un texte comme celui du morceau An Asylum on New Year’s Eve renvoie forcément à cette identité.

Justement, pour ce nouvel album While the Heart Beats, tu as déclaré que tu souhaitais y développer des sujets plus accessibles, moins punk. Comment envisages-tu de te distinguer avec tes sujets plus « communs » ?

Les gens dans les hôpitaux psychiatriques sont moins populaires que les ruptures amoureuses.

Oui c’est sûr. Mais il y a déjà beaucoup de chansons qui parlent de ruptures amoureuses, non ?

C’est clair. Mais ce que je cherche, avant la distinction, c’est l’authenticité. Il y a en effet beaucoup d’artistes qui évoquent déjà l’amour, et leurs ruptures dans leurs chansons. Mais ce ne sont pas mes mots. Ni mes filtres. Écrire des chansons est le meilleur moyen pour moi de m’adresser aux gens, à moi-même aussi parfois. C’est comme ça que je m’exprime le mieux, et le plus justement.

While the hearts beats, bruise it. It is your only opportunity (Tant que votre coeur bat, écrasez-le, c’est votre seul opportunité) : cette phrase est signée George Elliot, que tu cites quant au choix du titre de ton prochain album. Est-ce une phrase lourde de sens qui révèle une souffrance toujours présente chez toi ?

Oui, c’est vrai. Cette vie-là n’était pas la plus facile. Mais quand même, c’est de la matière. Ça fait partie de ma vie. Et ce qui m’intéresse le plus, c’est la façon dont j’ai transformé cette adversité. Ça a amplifié ma capacité en entrer en empathie avec les gens. D’avoir de la compassion pour eux. Pour moi aussi ! Ça m’a renforcé mentalement, et ça m’a enrichi humainement. Je ne dis pas que je souhaite ces épreuves-là aux autres. Mais puisqu’elles ont eu lieu, autant les « accueillir ». Car dans ces cas-là, nous n’avons pas le choix. Batailler, refuser, ou accepter. Les échecs nous transforment si on en accepte pleinement leurs enseignements.

Steven Kotler, journaliste américain et contributeur de Forbes, a écrit dans un article en rapport avec le génie créatif d’Einstein : « Les personnes créatives échouent, et celles qui sont vraiment douées échouent souvent » : qu’en penses-tu ?

Ça m’interroge. Ce que je sais, par rapport à mon expérience personnelle, c’est que mes échecs m’ont apporté la liberté. Car je sais comment vivre avec dignité. Je ne suis pas un génie, je ne suis pas une crétine non plus. Do you know what I mean ? (rires) Je pense que pour commenter cette citation, il faut être au plus près du génie. Et je ne suis qu’au milieu.

J’entends ton humilité aussi. J’ai une autre question concernant ton prochain single Met a man : qui se cache derrière la voix masculine qui t’accompagne ?

C’est mon bassiste, Antoine Reininger. Il a une troisième casquette, puisqu’il a également collaboré aux arrangements de certains titres de l’album. C’est vraiment un super musicien. Il apporte en tous les cas une vraie empreinte vocale à Met a man, qui traite de la rencontre avec une autre forme d’addiction. Malheureusement. J’y évoque le moment où l’on rencontre des gens englués dans une spirale négative. Très souvent, on a tendance à les suivre et à tomber dedans. Je me suis personnellement libérée de toutes mes addictions. Mais je connais des proches qui le vivent en ce moment, intensément. De cette façon-là. Mais il y aussi toutes ces autres addictions que l’on ne définit jamais comme telles. Prends les réseaux sociaux et les selfies en particulier. C’est une vraie pollution ! Chacun montre ce qu’il a envie de montrer de sa vie, sans montrer sa vraie réalité. En fait, chacun croit qu’il ne montre que le meilleur, mais c’est le vide qui transparaît ! Les petites vidéos que j’ai réalisées moi-même pour annoncer le clip de Met a man vont dans ce sens.

Merci beaucoup Nadéah pour cette interview, riche en enseignements. Ton nouveau clip est sorti mercredi, et on téléchargera légalement ton nouveau single Met a Man dès vendredi prochain. Pour l’heure, on te retrouve en concert à la Boule Noire à Paris le 29 octobre prochain. Et on découvre toute ta prochain actu sur ton site et ta page Facebook©.