achinoam nini noa

Le public français connaît mieux Achinoam Nini sous son nom de scène international : Noa. Depuis la sortie de son premier album Achinoam Nini and Gil Dor Live en juillet 1991, elle s’est fait connaître en se produisant sur les plus grandes scènes du monde et en collaborant avec un certain nombre des plus célèbres noms de la musique. En parallèle, elle s’engage depuis ses débuts pour la paix et la résolution du conflit israélo-palestinien. Elle milite également pour la culture et les arts. À l’occasion de son concert à Lafrançaise, à quelques jours du début de la nouvelle édition du Festival des Voix de Moissac, rencontre avec Noa, plus humaine que jamais.

Bonjour Noa et merci d’avoir accepté cette interview. Tu es née le 23 juin 1969, soit 20 ans presque jour pour jour après le début de l’opération Magic Carpet menée entre juin 1949 et septembre 1950. Une opération durant laquelle plus de 49000 juifs yéménites quittèrent leur pays pour s’installer en Israël. Quel âge avais-tu lorsque tu as pris conscience de tes origines chargées d’histoire pour la toute première fois ?

Bonjour Florian. Les premiers membres de ma famille à venir s’installer en Israël n’y sont pas arrivés par cette opération Magic Carpet : en fait, ils sont venus du Yémen de façon indépendante, à pied ou en bateau. La famille de ma mère était déjà établie dans la région depuis 1850, celle de mon père depuis 1902. Je fais ainsi partie de la quatrième génération familiale née en Israël. Cette situation est plutôt rare chez les Juifs car beaucoup sont arrivés via l’opération Magic Carpet. Par conséquent, nos connexions terriennes fortes avec Israël ont complètement intégré les traditions de notre famille. Tout autant d’ailleurs que la musique et la culture, à l’instar de la place significative qu’elles occupent chez les Yéménites et chez les Juifs. Je me souviens des chants de ma grand-mère lorsque nous étions enfants. Elle et mon grand-père étaient arrivés en Israël alors qu’il s’agissait encore de la Palestine. Ils s’étaient mis à l’hébreu très rapidement en arrivant, ils parlaient arabe en-dehors de chez eux. L’hébreu se retrouvait ainsi dans les prières et les chansons, qui restèrent dans la famille. La danse eut également une grande place dans notre famille : ma mère était membre d’une compagnie de danse yéménite merveilleuse qui s’appelait Inbal Dance Theatre et qui étaient menée par une chorégraphe iconique qui s’appelait Sara Levi-Tanai. Elle n’est plus parmi nous depuis quelques années déjà. C’était une femme très charismatique : ma mère fut très influencée par elle, par la culture développée dans la compagnie Inbal. C’est ainsi que la danse entra chez nous. Et tout cela est très intéressant si l’on considère que je n’ai pas grandi en Israël. Mes parents déménagèrent en effet aux États-Unis quand j’étais encore petite, en emportant tout cette histoire et cette culture avec eux. Israéliens, Juifs, Yéménites : toutes leurs origines étaient dans leurs bagages lorsqu’ils sont arrivés à New-York. C’est dans cet environnement que j’ai grandi.

Quels sentiments t’animaient à ce moment-là, toi la petite fille qui s’appropriait ce mélange culturel chaque jour un peu plus ?

Les enfants ne se sentent généralement pas très concernés par leurs racines, car ils vivent bien plus le temps présent. Cela peut prendre un certain nombre d’années avant que chacun ne ressente profondément d’où il vient. Personnellement, c’est par la musique que j’ai réussi à concevoir tous les tenants et les aboutissants culturels et religieux de mes origines et à appréhender leur combinaison avec le mode de vie et la culture américaine. Ce fut très compliqué au départ pour la petite fille que j’étais, sachant que j’avais deux ans lorsque nous nous sommes installés à New-York. Mes parents m’avaient inscrite dans une école religieuse ashkénaze où j’étais la seule élève avec la peau sombre et avec des origines yéménites. Et à la maison, je ne pratiquais pas la religion. Tout se bousculait donc en moi entre le Yémen, l’Amérique, la religion… Nous vivions dans le Bronx où la culture afro-américaine et hispanique se mélangeaient constamment. Du coup, la petite fille que j’étais avait parfois du mal à gérer tout ça. Et c’est la musique qui m’y aida. Je crois que c’est là la toute première raison de mon choix de devenir musicienne. Je savais ce talent que j’avais pour elle dès le plus jeune âge. Mais aussi pour la poésie, pour l’écriture, et l’envie d’écrire des poèmes, des paroles de chanson, tout et tout le temps. J’ai fini par me lancer, j’ai écrit mes premiers mots. Puis j’ai mis de la musique dessus. Parfois avec le piano, parfois avec la voix : j’ai appris moi-même à me servir des deux.

achinoam nini noa

Tu as donc fêté tes 48 ans quelques jours après ton concert à Lafrançaise dans le cadre du Festival des Voix Hors les murs, organisé par la ville de Moissac : quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’évolution de la situation dans ton pays et en Palestine, et plus globalement, sur la montée du terrorisme dans le monde entier ?

Je crois que le monde vit un moment très difficile. Israël et la Palestine font partie de ce monde qui vit un moment difficile. Israël et la Palestine vivent un moment difficile depuis un certain temps déjà. Voilà près de 100 ans que le conflit n’a cessé entre les deux. La montée des extrémismes est très symptomatique, tout comme celle du fascisme, et ce, partout sur la planète : le rejet et le repli sur soi ne résoudront pas nos problèmes. Et après avoir dit ça, que fait-on ? Il existe toujours un moyen de voir et de considérer les choses sous différents angles. Il y a beaucoup de progrès ces dernières années dans la situation entre Israël et la Palestine. Par le passé, il était impossible voire illégal d’évoquer la reconnaissance d’un état palestinien au sein de la communauté israélienne. Aujourd’hui, il y a des rencontres fréquentes entre les autorités des deux pays. Leurs souhaits respectifs sont sur la table. Tout le monde connaît l’issue. Désormais, la question qui subsiste est : comment ? L’une des choses positives dans la confusion mondiale est le fait que personne ne sache vraiment ce qu’il va arriver. Nous sommes incapables de prédire ce qu’il va se passer, tout comme c’est déjà le cas parfois avec la météo (rires). Y compris sur les grands thèmes mondiaux, concernant la direction des politiques internationales, la fragilité de système économique mondial. Personne n’avait anticipé l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Qui pourrait donc prévoir ce qu’il va se passer au Moyen-Orient ? Le Moyen-Orient est une zone très volatile : il peut s’y produire le pire comme la paix. Très souvent, la paix arrive par le fait que des intérêts économiques sont en jeu. Malheureusement. Mais si cela peut amener la fin des guerres et des conflits, je serai la première à m’en réjouir. Enfin, concernant le terrorisme, je ne pourrai que conseiller fortement la lecture de Sapiens, un livre écrit par Yuval Noah Harrari et qui est devenu un best-seller depuis sa sortie. Bill Gates et Barack Obama font partie de ceux qui l’ont cité comme l’un des ouvrages les plus importants de ces dix dernières années. Je partage complètement ce point de vue. C’est un livre incroyable ! Yuval Noah Harrari donne des lectures publiques à travers le monde, c’est un homme vraiment extraordinaire. Il a dit une chose à laquelle je pensais justement moi-même depuis un certain temps à propos du terrorisme contemporain. Selon lui, celui-ci utilise les réseaux sociaux et la peur des gens qu’il réussit à installer profondément dans leur cœur en grossissant un maximum les images, les faits. Le terrorisme contemporain diffuse ainsi sur le web ses vidéos monstrueuses pour faire croire – et il y arrive – que son organisation et son champ d’action sont très étendus. Alors que si l’on est attentif aux statistiques, et que l’on considère le nombre de victimes du terrorisme par rapport à celui par exemple du nombre de morts chaque jour sur les routes, cela n’a rien à voir. Il s’agit d’un piège de l’esprit. Alors oui : il faut lutter contre le terrorisme. Mais j’aimerais citer Yitzhak Rabin pour aller encore plus loin. Il disait : « Nous devons lutter contre le terrorisme comme si la paix n’existait pas. Et faire la paix comme si le terrorisme n’existait pas ». Voilà le chemin qui nous devrions emprunter. Nous devrions mettre en place les processus de paix dans une perspective où le terrorisme n’existerait pas. Et en parallèle, combattre le terrorisme dans une perspective où aucune négociation pour la paix n’existerait.

Le premier ministre d’Israël Yitzhak Rabin fut assassiné le 4 novembre 1995 à la suite de son discours lors d’une manifestation pour la paix organisée à Tel Aviv. Tu avais participé à cette manifestation en donnant un concert. Comment as-tu vécu personnellement cet évènement tragique, toi qui venais pour chanter la paix et qui te retrouvais confronter à la violence et à la mort ?

Ce jour-là, je me rappelle avoir pensé que le messager de la paix avait été assassiné. Ce fut un moment dramatique pour moi. C’est ainsi que je l’ai vécu. Ce fut un jour qui bouleversa profondément mon existence. Il me fit prendre conscience que je ne pouvais pas me restreindre à faire de la musique seulement pour « l’Entertainment ». Qu’il fallait que j’aie un rôle plus engagé dans le message que je souhaitais transmettre. Un message de paix et de coexistence. Qu’il fallait que je m’y tienne jour après jour : voilà plus de 25 ans qu’il en est ainsi.

“J’aimerais faire partie de ceux qui auront permis d’ouvrir les portes. Si je devais choisir une religion, je pense que ce serait celle de l’amour. Je crois en son pouvoir, en la capacité des gens à prendre soin les uns les autres.”

 

En effet, on retrouve sur ton site officiel la phrase suivante : « Les artistes peuvent et devraient être des leaders dans la société en connectant les gens le plus intensément et le plus profondément possible ». Tu as déjà fait beaucoup de choses pour la paix et la réconciliation depuis plusieurs années, mais penses-tu qu’il existe d’autres initiatives possibles pour aller encore plus loin ?

Il y a toujours plus à faire, tout le temps, pour tout. Mais il est impossible de tout faire, il y a des choix à opérer. J’essaye de jongler personnellement entre ma musique, ma famille, mes activités sociales et politiques : c’est un challenge permanent. J’aimerais créer un évènement musical plus significatif pour aller plus loin pour la paix. Il rassemblerait des artistes internationaux de tous les pays. J’ai commencé à travailler dessus. Et même si c’est une tâche compliquée, je suis déterminée à la poursuivre jusqu’à sa réalisation. Je n’ai cessé de me produire dans de nombreux évènements à travers le monde ces dernières années pour militer en faveur de la paix. Je suis aux côtés de plusieurs organisations humanitaires pour les aider dans leurs collectes de fonds. J’organise et je participe à des ateliers et à des Master Classes. Je fais tout ça parce que j’y crois.

There must be another way. Il s’agissait du titre de la chanson que tu interprétas à Moscou à l’Eurovision le 16 mai 2009 en duo avec la chanteuse arabe israélienne Mira Awad. Vous aviez terminé 10ème du concours avec cette chanson écrite en anglais, en hébreu et en arabe. Elle fut un hymne à la paix applaudi par toute la communauté internationale. Quel souvenir gardes-tu de cette prestation ?

Un souvenir très positif. L’Eurovision est un évènement musical très populaire. Habituellement, je ne suis pas très attirée par les genres musicaux qui s’y expriment. Mais il faut bien reconnaître que la portée médiatique de cette plateforme est grande. C’est pour cette raison que je suis venue. Lorsque le haut comité m’a invitée à me produire sur la scène de l’Eurovision, ma première condition fut que j’écrive la chanson moi-même. La seconde fut que je puisse inviter qui je veux. Et j’invitai Mira. La troisième fut que je puisse chanter en anglais, en hébreu et en arabe. C’était la première fois qu’une telle chose se produisait.

La chanson représentant le Maroc à l’Eurovision en 1980 fut la première interprétée en arabe. Elle était déjà à l’époque un message de paix adressé à Israël et aux pays arabes.

Exact. Ce que je voulais dire, c’est qu’il s’agissait d’une première pour Israël. La population du pays compte 20% d’Arabes citoyens d’Israël. Beaucoup de gens dans le monde n’en ont pas conscience. D’où l’intérêt de cette chanson qui permit de révéler toute la complexité et la beauté de notre nation, mais aussi de partager nos espoirs pour un avenir meilleur. C’est considérable pour une chanson pop, et je crois que nous avons réussi. Sais-tu que le mot paix n’y est mentionné à aucun moment ? Le message était vraiment celui du titre du morceau : il doit y avoir un autre moyen. Et nous voulons trouver cet autre moyen. Nous voulons nous connecter les uns aux autres et trouver un autre moyen de vivre. Je crois que ce message a eu un impact plus vaste sur les gens. Je le sais car j’ai reçu des milliers de réactions du monde entier, mais surtout du Moyen-Orient : d’Israël, du Liban, de la Syrie, d’Égypte. Les jeunes qui m’écrivaient via Facebook m’ont vraiment émue. Je crois que notre chanson a fait des vagues, des ondulations. Elle a permis aux gens de réfléchir. Et pour l’anecdote, je me souviens que la France est le pays qui nous avait donné la note la plus élevée : j’en étais très fière !

noa mira awad eurovision

Octobre 1989 : tu entres à la Rimon School of Jazz and Contempory Music fondée 4 ans auparavant par Gil Dor que tu rencontres pour la première fois. Vous ne vous quitterez plus. Il devient ton directeur musical et artistique, ton co-auteur, ton arrangeur, ton producteur et ton guitariste. Te rappelles-tu tes premières pensées à son sujet lors de cette première rencontre, et l’émotion que tu as ressentie(s) ?

Oui. Et pour être honnête, je dois dire que j’ai quitté l’école après la première année. Mais bon, je n’ai jamais cessé d’étudier depuis puisque j’ai finalement emmené le professeur avec moi sur les routes (rires) ! Je me souviens avoir été impressionnée par Gil lors de notre première rencontre et touchée par sa grande gentillesse. Gil est un homme brillant et très drôle. Intéressant et imprévisible. Sa sensibilité musicale trouva tout de suite un écho dans la mienne. Ce qui était vraiment bien dans cette école de jazz et de musique contemporaine, c’était cette possibilité pour les élèves de travailler avec les professeurs. C’est ainsi que j’ai commencé à travailler avec lui. Je ne connais pas beaucoup de musiciens tels que nous qui collaborent depuis tant de temps ensemble. Et je précise que nous ne sommes pas mariés : nous avons toujours été amis. J’ai une vie maritale très épanouie avec mon amour de jeunesse avec lequel j’ai eu trois enfants. Gil et moi avons réussi à créer un univers musical dans lequel s’exprime pleinement notre collaboration artistique, et à construire en parallèle nos vies familiales respectives. Nous sommes très heureux et très fiers que nos familles se côtoient autant. Nous avons toujours suivi notre route musicale commune sans dévier de nos objectifs, en restant « sous les radars », les feux d’artifice. Et toujours avec la même passion et la même intégrité. Nos fans nous suivent depuis nos débuts, fidèlement, et peu importe ce qu’il peut arriver. Nous sommes très reconnaissants pour ça.

Si tu n’avais pas rencontré Gil Dor, aurait-il pu y avoir un autre que lui pour tenir son rôle majeur à tes côtés ?

Je ne sais pas. Nous ne vivons jamais deux fois. Mais je doute qu’il y aurait pu y avoir quelqu’un d’autre. Ce que nous avons est rare, ce qui alimente le fait que toute chose est connectée à toutes les autres. J’aurais pu avoir une carrière différente. J’aurais même pu n’en avoir aucune. Mais il s’agit de ce que j’ai choisi. Je suis une personne guidée par la collaboration avec l’autre depuis toujours. J’aime le travail en équipe. C’est bon pour moi, bon pour Gil également. Nous partageons ces mêmes tendances.

noa gil dor moissac

Fin juin et à quelques jours du début du Festival des Voix de Moissac, tu t’es produite avec Gil Dor pour un concert acoustique d’exception sur la place de l’église de Lafrançaise. L’occasion d’évoquer tes concerts passés que tu donnas dans des lieux de cultes, notamment au Vatican il y a 20 ans. Dans quelle mesure tes chants peuvent-ils devenir des prières pour un monde mu par le respect de chacun et de chaque croyance ?

Même si je ne suis pas du tout pratiquante, j’ai une appréhension très respectueuse de la religion. En même temps, je conserve une certaine distance avec elle car je ne souscris à aucun dogme ni ne crois à la vérité absolue. Mais je crois définitivement aux gens. Et les gens qui étaient présents à mon concert que tu évoquais au Vatican étaient des gens formidables engagés de façon pacifique. J’avais eu l’occasion de rencontrer le Pape Jean-Paul II. Cela a également été le cas après avec le Pape François. Tous deux sont des leaders religieux surprenants. Le plus important n’est pas de savoir ce qu’est la religion. Le plus important est la manière dont ils amènent les gens à partager leurs différentes religions, en croyant au pouvoir de l’humanité, de la gentillesse, de l’humilité et de la diversité. Je crois aussi beaucoup aux activités inter-religieuses. Dans tous les domaines. Celles capables de briser les murs entre les gens. J’aimerais faire partie de ceux qui auront permis d’ouvrir les portes. Si je devais choisir une religion, je pense que ce serait celle de l’amour. Je crois en son pouvoir, en la capacité des gens à prendre soin les uns les autres. Je tente de travailler constamment dans ce sens, que ce soit dans la musique mais également dans tout ce que je fais dans la vie.

Ton dernier album Love Medecine est sorti en mai 2015 : un autre opus est-il déjà en cours de réalisation ? Si oui, quand sortira-t-il ?

Je suis une personne qui prend son temps (rires). Je ne me précipite jamais. J’ai fait tellement de choses depuis la sortie de cet album ! Tant de concerts, tant de projets parallèles… Qui plus est, je dois bien avouer que je n’aime pas être en studio. J’adore la scène, et c’est d’autant plus vrai aujourd’hui avec ce qui bouscule l’industrie du disque. Les chansons que j’interprète ce soir à Lafrançaise pour le Festival des Voix de Moissac appartiennent plutôt à un registre classique. Je les vis comme autant de surprises offertes au public. Ceci dit, je travaille actuellement sur un nouveau projet jazz qui laissera une grande place à l’improvisation. J’ai l’envie d’inventer et de créer aussi de nouvelles passerelles pour des collaborations artistiques inédites. Il faut donc me souhaiter bonne chance.

Bonne chance dans ce cas Noa, et encore un grand merci pour cet échange. On retrouve tes prochaines dates sur ton site officiel et sur ta page Facebook. Ce fut un vrai privilège de te rencontre. Une belle continuation à toi, à Gil et à tous ceux qui t’accompagnent à travers le monde.