SOLEY

À l’occasion des fortes chaleurs de cette semaine, Skriber vous propose un moment de pure fraîcheur avec la sortie aujourd’hui en France du nouvel album de l’Islandaise Sóley, intitulé Ask the Deep, ou comment plonger vos orteils sans sourciller dans un bain d’eau glacée dissimulant les sonorités en fusion propres à cette contrée où la Nature sait enfanter une émotion mélodique, chromatique, et organique.

Depuis ses débuts en 2006 avec le groupe indie-folk Seabear, Sóley conjugue le mélodrame du jazzman et les turbulences apaisantes du piano. En 2010, elle décide d’emprunter sa propre voie et d’user totalement de la sienne en se lançant dans une carrière solo, et sort son premier EP Theatre Island, puis We Sink l’année suivante, qui dévoilera toute l’amplitude de sa créativité et sa détresse permanente initiant l’urgence.

Cela faisait plus d’un an qu’elle était en stand-by, depuis la sortie de son troisième album Krómantík, projet musical dédié au piano et résonnant avec sa formation supérieure à l’Académie Islandaise des Arts.

Demande à l’abîme est la traduction littérale du quatrième album de Sóley, Ask the Deep. Et c’est le diable qui est immédiatement invoqué via le premier morceau de ce nouvel opus, Devil. En effet, c’est lui qui se charge de nous accueillir dans son antre souterrain, théâtre de ses tempêtes intra-utérines tout comme celui de celles de Sóley, leur opposant sa voix et ses élans mélancoliques avant de céder elle aussi à la violence de cet orage emporté par des riffs de guitare sonnant le glas de ses espérances.

Ainsi, la suite de l’album se mue en un parcours initiatique jalonné de craintes, de doutes, permettant l’exploration inédite des entrailles de ces instruments que Sóley affectionne tant.

L’emploi de l’électro se fait au présent puis au conditionnel, et élargit les perspectives quant à l’expérimentation sentimentale et musicale. Dans One Eyed Ladyla Dame borgne – Sóley nous interroge tout autant qu’elle semble se demander à elle-même : Tuerais-tu pour l’amour ?

Cette question lancinante, liée sans doute à un baby blues tenace depuis la naissance de sa fille il y a un peu plus d’un an, et soutenue par des enveloppements vocaux aériens un brin “Daughter -iens”, révèle également l’aptitude de Sóley à aller à l’essentiel lorsqu’il s’agit d’évoquer les ressentis et les comportements humains.

À l’instar de Björk, elle réussit à capter notre attention de façon particulière sur les aspects originels de l’espace et du temps en conférant à ses morceaux une complexité choisie triant sur le volet celles et ceux qui ne sauraient remonter les aiguilles de l’horloge avec elle.

Loin de l’élitisme que cette pratique pourrait suggérer, et comme le justifie le titre Dreamers, elle arrive à aménager des aires de repos sur lesquelles se poser pour laisser libre cours à nos envies les plus profondes ainsi qu’à nos idées.

De là renaissent les espérances perdues au début de l’album, mères du regain nécessaire de nos forces avant la grande traversée, celle du navire perdu – Lost Ship – voyageant sur l’écume des blanches de Sóley, aux confins de nous-mêmes.


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