LA TÊTE HAUTE

Ce mercredi sortait dans les salles le nouveau long métrage d’Emmanuelle Bercot, La Tête Haute. Tout un programme, inscrit également à celui du 68e Festival de Cannes puisqu’il en était hier le film d’ouverture. Entre sensations très humaines et réalisme vertigineux, cette œuvre ne s’embarrasse pas des formats de pensée préétablis, et s’achève sur une longue série d’interrogations qui bousculent les idées reçues.

Malony (Rod Paradot) n’a que six ans lorsqu’il se retrouve pour la première fois dans le bureau de la juge des enfants (Catherine Deneuve). Au milieu des pleurs de son frère cadet et ceux de sa mère (Sara Forestier), le regard du bambin se perd. Passant furtivement du charisme de la juge aux cris et aux insultes de sa mère, on pourrait penser qu’il ne comprend pas la situation.

Pourtant, du haut de ses six ans, Malony saisit tout. La jeunesse et la détresse de sa mère, ce sentiment ambivalent qui l’anime lorsqu’elle le voit, lorsqu’elle le touche. Lorsqu’elle lui dit tout son amour de mère, pour ensuite le rejeter. Lui, Malony, son enfant.

Malony a désormais seize ans. Entre délits, violence, et perdition, son existence est rythmée par les visites à la juge des enfants, les incarcérations, les détentions en centre éducatif fermé.

Au fond de lui, Malony demeure toujours le petit garçon se sentant bien moins aimé que rejeté. Sa rencontre avec son nouvel éducateur, Yann (Benoît Magimel) confère à l’ado la figure paternelle qui lui manqua alors que son père mourrait quelques mois après sa naissance.

Au-delà, on sent la volonté de Malony de s’appuyer sur le court chemin parcouru pour ne pas réitérer les erreurs du passé. Pour se montrer digne de lui-même et du destin qui lui est réservé.

La prévenance et l’autorité de la juge allument dans les yeux de Malony l’espoir initiant sa volonté de changement et d’inverser un processus voué à jouer constamment contre lui. Contre sa vie. Contre ses rêves. Et contre tout l’amour qu’il a toujours eu besoin de donner, à défaut d’en recevoir suffisamment.

Véritable plaidoyer repositionnant l’intérêt de l’Enfant avant celui de n’importe qui d’autre, la Tête Haute invite à une profonde réflexion quant aux moyens à mettre en œuvre dès aujourd’hui pour garantir à ce dernier une vie faite d’amour, d’éducation, d’épanouissement, de confiance.

Que signifie être parent ? Quand devient-on parent ? Est-ce à la naissance de l’Enfant ? À sa conception ? Est-ce encore avant ?

Quels choix de société faire pour offrir à l’Enfant toute la place qu’il mérite tant ? Pour lui donner tous les outils lui permettant de s’abandonner à ses lendemains plutôt qu’au néant ?

On dit d’un bon film qu’il dépasse la simple réalisation, la seule interprétation. Qu’il est un reflet de ce que nous étions et de ce que nous devenons. Qu’il est un pavé dans la mare.

Dans ce sens, la Tête Haute est un film magistral, pensé, et incarné. Le Festival de Cannes 2015 débute sous les meilleurs auspices. Tout comme votre week-end.