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Quatre ans après la sortie de son premier long métrage Fidelio, l’Odyssée d’Alice, l’actrice, scénariste et réalisatrice française Lucie Borleteau révèle Chanson douce. Coécrit avec Jérémie Elkaïm d’après l’œuvre de Leïla Slimani, le film repose en grande partie sur le personnage de Louise, une nounou mi-ange, mi-démon, incarnée avec brio par Karin Viard. Il sort le 1er avril en Blu-ray et DVD.

Myriam (Leïla Bekhti) et Paul (Antoine Reinartz) sont les heureux parents de deux adorables bouts de chou plein de vie. Si les moments passés en famille sont des trésors, ils peuvent également et très rapidement virer au cauchemar. Alors, quand Myriam voit le reprise du travail arriver, elle est plus que ravie. Elle aime ses enfants par-dessus tout. Mais elle ressent intensément le besoin de se réapproprier sa vie, loin des jeux, des couches et des biberons. Plusieurs nounous défilent dans le salon tout comme leurs lots de désillusions. Jusqu’à Louise (Karin Viard), une professionnelle expérimentée sachant instantanément inspirer la confiance au couple et aux enfants.

L’approche de Louise est conviviale, souriante quoiqu’un peu rentrée. Chacun de ses mots est pesé, chacun de ses élans, bridé. Hormis avec les enfants de Leïla et Antoine. Ils profitent allègrement de ses papouilles et de ses amusements. Et ce, dans le cadre d’une pédagogie toujours accessible en fonction de l’âge de chacun. Un tableau idyllique qui, progressivement, laisse apparaître certaines fissures. Des événements anodins qui, au fil des jours, prennent une place singulière dans l’existence des deux enfants. Ils n’osent dire mot. Pourtant, leur mère sent bien qu’il se passe quelque chose. Les alertes sont inconscientes. Mais à force de s’accumuler, elles finissent par envahir en silence les relations au sein de la famille.

Chanson douce : tendresse empoisonnée

Chanson douce est un authentique conte moderne. D’une part, il développe une véritable magie à travers la rencontre des parents aux abois avec cette nounou comme descendue du ciel à la façon de Mary Poppins. D’autre part, durant les premiers jours de Louise au sein de sa nouvelle famille, il révèle une perspective merveilleuse de la garde d’enfants à la façon de Nanny McPhee. Enfin, il devient un drame axé sur les modes de vie de nos sociétés contemporaines. Des modes de vie connectés entre autres à l’urgence constante, à l’isolement social et à la distorsion des liens familiaux. Ainsi, la plume de Lucie Borleteau et celle de Jérémie Elkaïm, coscénariste du film, appuient là où ça fait mal.

La Chanson douce devient petit à petit la complainte d’âmes égarées. En premier lieu, celle du personnage de Louise. Sous couvert d’une volonté de contrôle exacerbée, la violence intériorisée de cette femme seule et oubliée est une bombe à retardement. La tension est palpable et monte crescendo : ici se situe tout le talent de Karin Viard. En parallèle, si le personnage de Myriam ne réalise pas ce qui lui échappe, ses vaines tentatives pour saisir ce qui se passe trahissent une détresse. Là se situe tout le tact de Leïla Bekhti. Une Chanson douce que me chantait ma maman. Mais qui n’est plus là car elle et papa sont au travail, qu’ils rentrent très tard et qu’ils repartent tôt le matin. Et qui, même lorsqu’ils sont à la maison, ne sont pas là avec nous. Une Chanson douce que me chante ma nounou. Une femme gentille mais que je ne connais guère. Et qui fait des choses que je ne comprends pas…