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Avec Doctor Strange, Scott Derrickson réalise son sixième long métrage. Un film d’action et d’effets spéciaux à la hauteur des autres adaptations Marvel, qui ne ressemble pourtant à aucune d’entre elles. En effet, le réalisateur américain sait y imprégner sa touche intrigante et épouvantable (travaillée notamment dans Délivre-nous du mal et Sinister), tant dans la valorisation des décors et des accessoires que dans l’histoire. Celle-ci crée la surprise en offrant une trame qui permet d’explorer l’inconscient du héros, ainsi que l’illusion au-delà de celle qu’il maîtrise.

Le Docteur Stephen Strange (Benedict Cumberbatch) est un chirurgien hors pair. La précision de ses incisions tout comme celle de ses diagnostics lui valent une notoriété enviée de tous. Son assurance ne lui fait jamais défaut, elle est décuplée au côté du Docteur Christine Palmer (Rachel McAdams). Et pour cause : le prodige du bistouri en est amoureux. Des sentiments qui semblent partagés mais qui se heurtent à la perplexité de sa dulcinée.

Le petit monde de Strange bascule lors d’un violent accident de la route. S’il ne périt pas, son métier de chirurgien lui file malgré tout entre les doigts. Souffrant de multiples fractures sur tout le corps, la rééducation et les opérations chirurgicales complémentaires qu’il demande de subir n’arrivent pas à bout les tremblements permanents de ses mains. S’en est trop pour Strange, qui décide de lutter contre la fatalité par tous les moyens.

Au hasard de ses rencontres, un ancien patient paralysé et à nouveau sur ses deux pieds lui indique le lieu de sa renaissance. Strange n’ose croire au miracle mais décide finalement de se rendre à Katmandou. Une ruelle puis une agression lui feront croiser la route de l’énigmatique Mordo (Chiwetel Ejiofor) puis celle de l’Ancien (Tilda Swinton), dont les premiers enseignements constitueront la plus grande épreuve que Strange n’ait jamais vécue.

Strange fait réfléchir

Dès la bande annonce puis durant tout le film, on perçoit aisément les influences cinématographiques sur lesquelles Scott Derrickson et Marvel ont axé sa réalisation. Les effets de vagues, les ralentis, les projections astrales et le retournement multidimensionnel des décors sont une symbiose de ceux proposés dans la cybertrilogie Matrix signée par les Wachowskis, ainsi que dans Inception réalisé par Christopher Nolan et sorti en 2010.

Ainsi, la forme vaut le détour et le spectacle est au rendez-vous. Il est d’autant plus vivant et attrayant que le fond, autrement dit, l’inventivité développée dans le scénario, initie un cheminement et une réflexion très intéressants. On est très loin de ces blockbusters sans queue ni tête prenant le spectateur pour une vache à lait sans cervelle.

L’illusion du contrôle, la relativité du temps

Dans la continuité de son rôle de Jadis, la Reine Blanche du Monde de Narnia, Tilda Swinton capte toute l’attention à travers son interprétation de l’Ancien. Le personnage devient l’épicentre des bouleversements de l’identité de Doctor Strange, et au-delà, celui de tout un chacun.

La causalité tutoie le temps et toute sa relativité. Il n’existe aucune échappatoire et la délivrance de l’être passe par sa seule acceptation de son appartenance au tout. Un tout spirituel dans lequel les besoins matériels humains ne sont plus. Une conception extrasensorielle des espaces et des instants dans leurs connexions infinies et l’interdépendance de leurs réactions.

Sans trop s’avancer, on peut supposer que l’atmosphère singulière bâtie par  Scott Derrickson dans ce premier volet de Doctor Strange ne saura perdurer une fois que le personnage aura rejoint les Avengers. Il ne nous reste donc plus qu’à espérer un second chapitre en solitaire, tout aussi bon si ce n’est meilleur que ce premier jet.