miles davis

Écrit, coproduit et réalisé par le comédien américain Don Cheadle, Miles Ahead retrace un pan de la vie du célébrissime Miles Davis. Il sera diffusé en prime time et en exclusivité sur OCS City le 1er novembre prochain. Entre biopic et récit fictionnel, le film réussit très vite à capturer toute l’attention du spectateur. Les physiques de Don Cheadle et de Miles Davis se confondent, et l’éclairage voulu sur la personnalité sombre et solitaire du jazzman confère à son existence ce silence qu’il définissait lui-même comme la véritable musique.

Une voix, celle de Miles Davis, qui répond à celle de Dave Braden (Ewan McGregor), un journaliste du magazine Rolling Stone. Puis une cassette vidéo qu’on rembobine, et le début d’une histoire sans cliché ringard et tout en style.

Nous sommes à la fin des années 70, durant ces années où Miles Davis décida de se retirer, officiellement pour des raisons de santé. Le film extrapole et prend appui sur le quotidien du virtuose du jazz. Il est atteint d’une maladie dégénérative affectant ses hanches. Il est surtout dépendant à la drogue dure, qu’il sniffe pour omettre la réalité.

Celle de l’échec de son second mariage avec la danseuse Frances Taylor, et la plaie béante à jamais dans son cœur. Celle d’une musique qu’il refuse de voir devenir un hymne qui lui survivrait, incapable de poursuivre sa réinvention de son vivant.

La première rencontre entre Miles Davis et Dave Braden est musclée. Et s’il suffit de quelques secondes au journaliste malicieux pour percevoir la détresse de l’artiste en observant son intérieur, il lui faudra plusieurs jours avant de découvrir le seul et unique amour pour lequel le virtuose saura trouver le moyen de se relever : non pas le jazz dans lequel on tente de l’emprisonner, mais la musique. La musique sociale.

La musique, y’a comme un déclic

Porté par l’interprétation plus vraie que nature de Don Cheadle, Miles Ahead offre dès les premières minutes une connivence entre le fantôme du musicien et le spectateur grâce à laquelle celui-ci se laisse prendre au jeu. Un jeu dangereux, dramatique, amer. Mais avant tout un enjeu artistique, d’abnégation et de sens.

Ainsi, on pénètre l’esprit de Miles Davis. On se retrouve enrôlé dans cette guerre sanguinaire dans laquelle les combattants sont ses idées. Un conflit permanent qui gagna en intensité lorsqu’il prit de la distance avec sa trompette. Une bataille pour laquelle il n’existait aucun accord de paix et que Miles Davis avait fini par accepter comme telle, en la justifiant par la nature modale innée de son esprit.

Mouvements sur le ring

La boxe n’est alors plus seulement le sport que Miles Davis aimait pratiquer et regarder : elle devient la métaphore de son parcours, de son intériorité, de ses temps. Elle se combine à ses notes venues de très loin, influencées par celles de ses pairs originaires du jazz tout comme lui, mais également par celles de Chopin et de Stravinsky.

Au terme de cette retraite qui dura plus de cinq ans, Miles Davis revint avec son nouvel album The Man with Horn en 1981, et enregistra des albums de jazz fusion avec plusieurs groupes. Il révéla le talent d’une jeunesse qui aura le privilège de monter sur les mêmes scènes que lui bien avant de lui succéder, à l’instar de John Scofield et Mike Stern.

Il assena ainsi l’uppercut fatal à celles et ceux qui avaient pu douter de lui. Il fit taire les magnats d’une industrie ayant espéré sa mort avant l’heure, synonyme d’une « rentabilité accrue ».

« Quand tu crées ton propre truc mec, ta limite, c’est l’infini » : pari gagné.