Mercredi sortait dans les salles le nouveau long-métrage d’Éric Lartigau, La Famille Bélier. L’occasion pour le réalisateur d’attacher au nom propre de ce foyer mis à nu un sens bien plus percutant qu’attendu.

Paula Bélier est une fille de province comme les autres. Aimant vagabonder dans les prés et caresser les bêtes de ses parents agriculteurs, elle chevauche sa bicyclette pour rejoindre sa meilleure amie à l’arrêt de bus qui la mènera à son école. Elle est blagueuse et souffre de ses premiers émois amoureux dès lors que Gabriel (Ilian Bergala), fraîchement débarqué de Paris pour vivre chez sa grand-mère, est dans les parages.

Pourtant, Paula n’a pas une vie comme les autres. Et c’est en pénétrant au cœur de sa famille dès la séquence initiale du film que nous le comprenons.

En effet, ses parents tout comme son frère cadet (Luca Gelberg) sont sourds. Et cette perspective inédite imposée d’entrée de jeu trouble considérablement nos sens. Tous nos sens.

On devine dès cet instant le rôle prépondérant joué par la fille aînée de cette famille, tant sur le plan fictionnel que dans la distribution du film. On craint une approche approximative et une interprétation titubante de la part de Louane Emera, découverte dans un télé-crochet il y a quelques années de cela. On ne sait pas vraiment d’où l’on part, sans savoir non plus où l’on va atterrir.

Jusqu’à ce que la magie opère et qu’elle nous embarque bien loin de tous ces préjugés.

Axées sur Louane et son personnage de Paula, toute la cohérence du scénario et celle de la mise en scène se révèlent afin de transcender la complexité liée au vécu et au quotidien des personnes sourdes et malentendantes.

Le duo formé par Karin Viard et François Damiens est troublant de réalisme, et porte le couple de parents de cette famille bien au-delà de tous les stéréotypes attachés à ce handicap.

Une confrontation entre les entendants et les malentendants prend forme sous bien des aspects, avec au final un message de tolérance simple ainsi qu’une mutuelle compréhension nécessaire relative à la vie des autres, qu’on ne connaît pas tant qu’on ne l’a pas expérimentée complètement.

À noter la justesse d’Éric Elmosnino dans son rôle du professeur de musique désabusé et la majesté de certaines de ses répliques. Ces dernières n’auront pas manqué de mettre Louane Emera sur la voie pour trouver et user précisément de la sienne.

Bref, un film étonnant, perturbant, et émouvant, qui se laisse regarder comme du petit lait, avec dans le cœur un silence, celui d’une émotion particulière qui suit une autre cadence.