amiral nos batailles

Amiral est un groupe toulousain qui vogue sur les eaux de mélodies pop-rock portant notamment les thèmes du voyage et de la connaissance de soi. Formé en décembre 2014 par Mathieu Marquié, ses premières chansons guitare-voix en solo évoluent rapidement vers des compositions de groupe en 2015 avec l’arrivée du guitariste Philippe Burali, puis entre janvier et avril 2016 avec celle de Jérémy Jardin à la basse et de Ludovic de Villelongue à la batterie. Cette année, Amiral a sorti fin avril un premier EP éponyme composé de cinq titres rappelant les univers des Innocents et de Noir Désir. Rencontre avec les hommes qui se dissimulent derrière les mots d’Antoine de Saint-Exupéry et les histoires fantastiques de Jules Verne.

Bonjour à vous tous et merci d’avoir accepté cette interview. Pouvez-vous vous présenter chacun votre tour ?

Philippe Burali, 38 ans, originaire de Toulouse, à la guitare et aux chœurs. J’ai été guitariste dans des formations rock, et très influencé par des groupes de rock français et américains tels que Guns N’Roses, Téléphone.

Ludovic de Villelongue, 33 ans, de Bagnères-de-Bigorre. J’ai eu plusieurs expériences auparavant, mais plutôt en tant que guitariste. Je suis aujourd’hui le batteur d’Amiral. Mes influences : Idlewild, The National, La Maison Tellier.

Jérémy Jardin, 37 ans, de Pau. J’étais guitariste et chanteur par le passé. Je suis axé chanson française et rock français. Mes influences : les Ogres de Barback, Thomas Fersen, Téléphone. Je suis à la basse et aux chœurs dans Amiral.

Mathieu Marquié, 38 ans, de Toulouse. Je suis l’initiateur d’Amiral. Je suis guitariste et le lead vocal du groupe. Avant, j’ai fait partie de groupes punk, hardcore et pop. Mes influences sont variées, de Converge à Dominique A en passant par Hollywood Porn Star et Fugazi.

D’où vient cette histoire d’amour avec Antoine de Saint-Exupéry auquel vous empruntez certains des mots pour présenter l’identité d’Amiral ?

Ludovic : Le passage de Vol de Nuit, c’est une référence commune… Et quelle plus belle invitation au voyage que les descriptions de Saint-Ex ?

Mathieu : C’est l’aventure aux grandes heures de l’aéropostale. C’est aussi pour ma part des souvenirs d’enfance d’étés sauvages et de chaleur écrasante, emporté par ces récits à l’ombre des arbres.

amiral groupe studio

S’il ne devait y en avoir qu’un, quel serait ce moment qui vous a fait basculer dans le tourbillon infernal de la musique ?

Philippe : L’écoute sur mon walkman de Use your Illusion II des Guns N’Roses, avec les intro guitares de Civil War et Knockin’on heaven’s Door !

Mathieu : Carmina Burana, O Fortuna, interprété par l’Orchestre du Capitole de Toulouse. Je devais avoir une dizaine d’année et ça résonne encore… Quelques années plus tard, un concert de Standstill (ndlr : groupe barcelonais post-hardcore formé en 1995) : sauvage et élégant !

Ludovic : Quand j’avais 9/10 ans, le père d’un ami me faisait écouter sa collection de vinyles pendant des heures…

Jérémy : La magie de toutes ces notes sur un manche de guitare : tout un monde à conquérir !

Quel est votre objectif avec Amiral : en faire désormais votre vie ou vous faire plaisir entre vous sur de petites scènes locales après les heures de bureau ?

Mathieu : Pas de plan de carrière. Juste faire de notre mieux, avec envie, et ne surtout pas se retourner en se disant que c’est dommage…

Ludovic : Il se passe quelque chose avec Amiral. Quand on joue ensemble, et même seul dans notre local, on arrive à s’embarquer mutuellement. On a envie de vivre un peu plus notre rencontre et notre petite histoire. D’aller un peu plus loin, de lui donner sa chance… Peu importe où ça nous mène, on ne veut rien regretter.

Jérémy : En avant, à fond !

Philippe : On préférerait toucher les étoiles que le fond ! (rires)

Quels sont vos activités professionnelles respectives en parallèle d’Amiral ?

Philippe : S’il faut en parler… Je suis responsable d’un point de vente.

Ludovic : On parle musique ? (rires)

Réponse collégiale : Employé de bureau, chauffeur, vendeur, différents lieux, différents patrons… Tout ça sert à faire bouillir la marmite mais n’a pas d’intérêt pour Amiral, si ce n’est celui de nous permettre de nous échapper de tout ça et de nous investir complètement dans la musique.

Que manque-t-il à Amiral aujourd’hui pour véritablement percer ?

Ludovic : Des rencontres ?

Mathieu : Si nous le savions…

Philippe : Peut-être une structure, une ou des personnes pour jouer le rôle d’accélérateur(s) de particules !

Jérémy : Effectivement, un élément extérieur pour accompagner ce voyage.

“Une chanson, une fois écrite, ne nous appartient plus et chacun se l’approprie et lui donne le sens qui lui permet de la vivre intensément. C’est une sorte de militantisme de la liberté d’interpréter”

 

Je le disais tout à l’heure : les titres de votre premiers EP m’ont rappelé pour certains les élans des Innocents, un groupe majeur de la pop française fondé dans les années 80 et mené par Jean-Philippe Nataf. La voix d’Amiral, la tienne Mathieu, m’a rappelé la sienne. Cette combinaison révèle des trésors d’imagination et d’écriture, à l’instar du titre Nos Batailles. Le morceau est taillé pour la radio tant dans sa rythmique, ses arrangements, mais aussi dans sa faculté à définir précisément la lutte de l’homme contre lui-même et le sens de sa propre vie. Qui est l’auteur de ces paroles ?

Ludovic : Mathieu, c’est pour toi 😉

Mathieu : Oui. C’est donc moi qui écrit au sein d’Amiral. Pour Nos Batailles, nous avons vraiment voulu respecter son écriture initiale voix/guitare et lui apporter une intensité collée au texte et au sens premier des mots. Quelque chose de tendu, sur le fil… en tout cas, merci pour ton analyse de cette chanson, tout est dit.

Jérémy : C’est vrai que maintenant que tu le dis, l’entendre à la radio serait quand même sacrément grisant ! (rires)

« Marcher au bord de la corniche, contempler le vide et le vice, guetter la moindre faille, se rappeler de nos batailles. De celles qui laissent des traces, de celles dont on se souvient, de celles qui font l’histoire et de si beaux refrains » : ses mots résonnent avec ceux de Noir Désir, notamment dans Un Homme Pressé et Le Vent nous portera. On navigue entre désespérance et volonté d’y croire encore.  Mathieu, quels éléments de ta vie personnelle t’ont poussé à écrire cette chanson ?

Mathieu : Difficile de répondre tant l’écriture vient par surprise. Il y a des moments. C’est difficile à expliquer, ce n’est pas prévisible. J’analyse rarement ce qui se passe à ce moment-là. Je trouve cette impulsion tellement magique que je ne l’intellectualise pas. Cette chanson est partie de la phrase : « escalader les démons ». C’est parti de cette image.

Escalader les démons… Pourquoi cette phrase t’a-t-elle tant marqué ? As-tu pensé à certaines personnes en particulier lorsque tu as écrit Nos Batailles ?

Mathieu : Pour tout te dire, je regardais l’une de mes filles qui, à seulement un an et quelques mois, essayait de se hisser sur un canapé tel une alpiniste, volontaire, défiant ce haut sommet suédois dans le salon… C’est ça notre existence, avancer, essayer, progresser, apprendre, sortir de notre zone de confort et ne pas s’arrêter à ce qui peut, a priori, nous faire peur ou nous inquiéter. L’image des démons ouvre ensuite sur nos champs de références communes et tout à la fois sur nos histoires personnelles : chacune et chacun peut se retrouver dans ce texte, quel qu’en soit le niveau de lecture que nous choisissons de lui accorder. Il y a une intensité palpable et une évolution musicale qui collent à tout ça. À chaque âge, à chaque période de nos vies, Nos batailles.

Que vous évoque la référence à Noir Désir, au-delà de la notoriété du groupe, sur le plan de l’écriture et sur celui de la composition ? Vous y reconnaissez-vous ?

Philippe : Étant donnée notre configuration, guitares électriques, basse, batterie, des textes en français, poétiques et écrits, une tonalité plutôt mineure… Noir Désir, c’est l’étiquette immédiate, la référence, non ?

Mathieu : Une guitare folk et un violon, et bim, Louise Attaque ! (rires)

Jérémy : Je ne crois pas trahir de secret en te répondant que si nous avons en effet écouté tous les quatre à un moment ou à un autre Noir Désir, ce groupe ne fait pas partie de nos influences.

Réponse collégiale : Nous sommes venus à Noir Désir sur le tard, au moment de la sortie du sixième album du groupe, Des visages des figures. À la grande époque du groupe, nous étions dans le grunge, le métal et le punk jusqu’aux oreilles ! Et comme à la maison, ce n’était pas vraiment ce qui tournait non plus sur les platines des frangins, frangines ou des parents, nous n’avons pas assez écouté ce groupe pour le digérer comme une influence, ni même y être plus sensibles que ça. C’est seulement une histoire de goût, d’environnement, de moments et finalement, d’un rendez-vous manqué avec ce monument du rock français. D’autres artistes français adeptes de la manipulation de la langue de Molière nous ont beaucoup plus marqués, à l’instar de Miossec, Brel ou Souchon.

amiral groupe live

« C’est à grands traits qu’elle maquille sa solitude » : La Lumière clôt votre premier EP sur une note elle aussi en demi-teinte. Son ombre n’est pas très loin et plane tout autant qu’elle sur ce morceau. Que lui manque-t-il pour qu’elle ne s’éteigne pas/plus ?

Ludovic : Ça renvoie à notre réponse à la question du début relative à ce qui manque sans doute à Amiral. Des rencontres, une structure…

La chanson ne concerne-t-elle que votre groupe et sa quête de reconnaissance, ou étais-tu inspiré par d’autres éléments personnels lorsque tu l’as écrite Mathieu ?

Mathieu : Je ne sais pas s’il s’agit d’une quête de reconnaissance, parce que clairement, c’est le genre de quête qui finit vite par flirter avec l’amour impossible qui pousse à la folie. Cette chanson est le fruit d’une observation simple, une fois de plus. J’ai essayé de rendre le texte poétique et de permettre différents niveaux de lectures propres à chacun. Pour moi, une chanson, une fois écrite, ne nous appartient plus et chacun se l’approprie et lui donne le sens qui lui permet de la vivre intensément. C’est une sorte de militantisme de la liberté d’interpréter. Pour moi, à vouloir expliquer une chanson et son processus intime d’écriture, il me semble qu’on a tendance à la faner. C’est un peu comme voir un film adapté d’un roman qui t’a vraiment transporté et de se retrouver déçu face à l’écran, enfermé dans le carcan d’une réalité qui n’est plus la nôtre, devant des personnages étrangers de ceux que nous avions créés et qui nous avaient accompagnés pendant le temps de notre lecture. Laissons vivre l’imaginaire.

Quels sont vos prochains projets pour la fin de l’année ? De nouvelles dates sont-elles d’ores et déjà programmées dans la région et/ou en France ?

Philippe : Travailler nos chansons, notre set, penser à ce qui se passe sur scène et avancer.

Mathieu : À ce propos, nous serons en résidence fin septembre à Toulouse à l’Espace Bonnefoy, avec une sortie de résidence ouverte au public le mercredi 27 septembre à 18h.

Ludovic : Poursuivre notre histoire, faire des concerts et faire découvrir Amiral.

Jérémy : Des concerts dans des cafés et des clubs sont déjà programmés. Certains festivals vont peut-être s’ajouter à la liste de nos dates. Et une release party pour la sortie de l’EP à Toulouse au Connexion le 4 octobre. Nous mettrons tout ça sur notre page Facebook !

Nous suivrons votre actualité de très près dans ce cas. En avant moussaillons, puisque votre Amiral vous indique déjà la direction 😉 Merci encore pour cet échange, on vous souhaite une très bonne continuation à vous quatre.

 



Crédits photos : Vega Studio (header)