james wyatt crosby lemonade

Depuis 2015, année de la sortie de son tout premier single O.T.O.T.W, le Canadien James Wyatt Crosby dévoile par petites touches son antre colorée de mille façons. Après avoir quitté le groupe Garbagio début 2017, il sort en septembre de la même année son premier album : Twins. Avant de revenir en août dernier avec son nouveau single Lemonade. Rencontre aujourd’hui avec l’auteur, compositeur et interprète originaire de Cambridge en Ontario, mordu de pop indé et de Lo-fi.

James Wyatt Crosby, bonjour, et merci d’avoir accepté cette interview. Sur ton site officiel, tu écris : “Avec ce que nous avons enregistré jusqu’à présent, c’est comme si je pouvais enfin défendre ma musique sans me trouver d’excuses.” De quand date ton manque de confiance, et d’où vient-il ?

James Wyatt Crosby : Bonjour Florian, merci également à toi. Auparavant, j’avais tendance à dire aux gens à que je faisais écouter ma musique : “C’est juste une démo”. Je minimisais ma musique. Mais avec mon album Twins, rien de tout ça. Nous avons travaillé si dur : j’en suis vraiment fier ! Désormais, je sens que je peux jouer pour les gens et laisser parler ma musique par et pour elle-même.

Concrètement, quelle est la principale chose qui a changé au cours de tes concerts, lorsque tu as enfin compris que tu étais un artiste authentique, comme les autres?

James Wyatt Crosby : J’ai dirigé le groupe Garbagio et nous avons commencé à faire des concerts à Toronto en 2015. Beaucoup de ces premiers concerts ont été assez difficiles. Ma guitare était souvent désaccordée, j’oubliais mes paroles, ce genre de trucs. Le groupe a resserré ses liens. En 2016, nous avons ainsi assuré deux concerts dans un endroit qui s’appelait le Grandma’s Club. Lors de ces concerts en particulier, je me suis senti beaucoup plus à l’aise devant des gens. J’ai fait en sorte que le public passe un bon moment. C’est extra de regarder les gens danser et écouter les chansons que tu as écrites, d’avoir l’impression que tu peux créer un lien privilégié avec eux grâce à elles. Puis, le groupe a fait une petite tournée pour accompagner la sortie de son disque fin 2016. Nous avons joué une série de concerts aux côtés de très bons groupes canadiens. Cette tournée nous a aidés à dépasser le stade du passe-temps, et de considérer notre musique comme un projet légitime.

james wyatt crosby twins

Le doute n’est donc plus permis en tant qu’artiste ?

James Wyatt Crosby : Je ne doute plus de moi-même en tous les cas. Néanmoins, je persiste dans une autocritique permanente. Je peux même être un peu obsédé par le son de ma musique. Je pense qu’être critique peut t’aider à faire de ton mieux. Mais être trop critique peut également nuire à ta créativité. J’essaie donc de trouver un équilibre qui fonctionne pour moi. Mes amis et ma famille semblent vraiment aimer ma musique, alors ça m’a aidé à devenir plus confiant. De plus, mon label Maisonneuve Musique m’offre un véritable soutien. Sa démarche est centrée sur l’artiste. Cela m’a vraiment aidé à me sentir autonome et à diffuser ma musique auprès de plus en plus de gens.

L’année dernière, tu as donc sorti Twins, ton tout premier album. Ces jumeaux existent-t-ils réellement, et peuvent-ils être considérés comme le symbole de ta propre dualité?

James Wyatt Crosby : Dans le mille. Il s’agit de ma mère et de ma tante. Elles sont sur la couverture de l’album. Je voulais utiliser cette photo parce que j’aime cette image et qu’elle est tout autant mignonne qu’effrayante. J’ai aussi l’impression que l’album a une première moitié plus brillante et une seconde moitié plus sombre. C’était un choix intentionnel de jouer sur le concept de la dualité dans son ensemble, comme tu le mentionnes. Au départ, je voulais que chaque chanson de l’album ait une “chanson jumelle”, où il y aurait une sorte de lien entre chaque chanson, que ce soit musicalement ou lyriquement. Mais j’ai réalisé que ce concept avait été créé après que les chansons furent écrites. Et je ne voulais pas essayer de forcer les chansons dans ce cadre-là de manière artificielle.

“Si tu ne prends pas le temps d’envisager des artistes ou des genres similaires, il devient plus difficile de faire entendre ta propre voix.”

 

Cet été, tu as sorti un nouveau single intitulé Lemonade. “Donne-moi toute ta limonade, ne me dis jamais non”. Easy-listening, mots simples : si le tout fonctionne bien, tu insistes sur la qualité de tes compositions lorsque tu les évoques sur le web. Quelle est ta meilleure définition d’un auteur-compositeur de nos jours?

James Wyatt Crosby : Les mots de Lemonade sont simples en effet. Mais pour moi, ils comptent beaucoup. Cette chanson parle d’un ensemble de circonstances spécifiques. Je voulais utiliser la limonade comme métaphore pour décrire une relation particulière. La personne sur qui porte la chanson aime aussi beaucoup la limonade, c’est une autre raison pour laquelle je l’ai choisie (rires). Quoiqu’il en soit, je pense que les paroles n’ont pas besoin d’être complexes pour être bonnes. Certaines de mes musiques préférées sont extrêmement simples. J’ai pu user un peu trop du verbe et de la poésie par le passé : je me suis rendu compte que cela pouvait nuire à la musique. L’écriture de chanson est vraiment ouverte. J’aime l’idée que tout le monde puisse écrire une chanson et que vous n’avez pas besoin d’être un expert pour créer quelque chose qui a vraiment du sens, pour vous et pour les autres.

james wyatt crosby live

Selon toi, est-ce le rôle d’un auteur-compositeur d’élever son audience, et est-ce ton propre objectif ?

James Wyatt Crosby : Je pense que si tu veux élargir ton audience et attirer plus de gens, tu te dois de savoir où va aboutir ta musique, et avoir une idée générale sur le type de personnes qui peut la rallier. Je connais beaucoup de musiciens qui font du bon travail, mais qui sont tellement centrés sur eux-mêmes et sur leur processus de création qu’ils ne prennent pas le temps de considérer leur public. Je me bats parfois lorsque je dois me comparer à d’autres artistes parce que je veux avoir l’impression que je suis unique et que je ne copie personne. Le problème est que, si tu ne prends pas le temps d’envisager des artistes ou des genres similaires, il devient plus difficile de faire entendre ta propre voix. J’essaie toujours de trouver un équilibre entre créer une musique que j’apprécie personnellement, et créer une musique qui résonnera avec les autres.

Maintenant, j’aimerais que tu fermes les yeux. Glisse lentement dans ton passé pour retrouver la toute première musique dont les paroles te reviennent instinctivement, sans les chercher sur le Web. Quelle est cette chanson, et que t’évoque son souvenir ?

James Wyatt Crosby : Mes parents avaient un album d’Enya. Il passait en boucle dans notre chalet familial. Je me souviens plus particulièrement de la chanson Sail Away. Je ne comprenais pas la plupart des mots qu’elle chantait, hormis le refrain où elle répétait “Sail away sail away sail away”, que je reprenais à mon tour maintes et maintes fois. J’aime ces mots parce qu’ils sont répétitifs, presque comme un mantra ou quelque chose du genre. Quand je pense à cette chanson, elle m’entraîne dans un étrange souvenir nostalgique. C’est un été ensoleillé, il est déjà 19h mais le soleil est encore levé. Il y a le vent, les vagues, et ma famille attablée sur le point de manger un très bon dîner.

james wyatt crosby studio

Un nouvel EP/album est-il en cours de préparation ?

James Wyatt Crosby : Je viens tout juste de quitter Toronto, ville dans laquelle je résidais depuis quelques années. J’ai quelques concerts prévus cet automne. J’ai installé un home studio à l’endroit où je vis désormais. J’y ai déjà travaillé beaucoup de nouvelles musiques. Je souhaite essayer de jouer certaines d’entre elles en direct pour sélectionner celles qui pourraient fonctionner ensemble dans un album ou un EP. La musique que j’écris actuellement est plus instrumentale. Je ne suis plus obligé de travailler dans un appartement exigu. Cela fait du bien de retrouver mes instruments. Je me concentre sur la pratique afin de poursuivre le développement de ma maîtrise instrumentale.

Tu évoques une tournée locale cet automne. Mais d’autres destinations plus lointaines sont-elles prévues pour tes prochains concerts ?

James Wyatt Crosby : J’ai quelques fans qui m’écoutent en France et en Allemagne selon Spotify. J’aimerais beaucoup jouer dans ces deux pays. J’étais à Paris il y a quelques années, et je me suis promis que lors de mon retour en France, ce serait en tant que musicien en tournée. J’espère donc pouvoir y arriver d’ici les deux prochaines années. Une fois que j’aurai économisé assez d’argent, je trouverai certainement un moyen de commencer à tourner en dehors du Canada.