
L’auteure, compositrice, interprète et multi-instrumentiste rouennaise Louise Charbonnel dévoile aujourd’hui son tout premier album : How To Be Confused About Happiness. Il s’agit d’une ode à cette mélancolie teintée d’espérance qui l’habite depuis toujours, à travers laquelle elle s’emploie à interroger la notion de bonheur et ses évolutions au fil des âges. Nous avons échangé avec Louise à l’occasion de la promotion de son album. Rencontre avec une artiste singulière à la sensibilité infinie.
Nombreux sont ceux qui ont découvert Louise Charbonnel lors de l’édition française 2022 de The Voice. Et plus nombreux encore ont été ceux qui ont apprécié, à sa juste valeur, sa capacité à initier de façon inattendue des émotions inédites en reprenant des chansons connues et d’autres moins. Malgré tout, l’artiste n’est pas née à The Voice. Avant l’émission, elle avait déjà rencontré sa vocation depuis longtemps. En fait, dès son plus jeune âge.
Elle suit des cours de solfège et commence à jouer du violoncelle toute petite en passant par le Conservatoire. En parallèle, elle fait ses premières vocalises dans des chorales. Cette expérience la marque durablement. “Tout ce qui fait harmonie, les pièces religieuses : j’ai commencé à chanter comme ça. C’est ce qui m’a donné mes premières émotions musicales. Après, j’ai écouté beaucoup de gospel et des pièces classiques”, se souvient-elle.
Louise Charbonnel est faite pour la musique, elle le sait. La destinée elle-même s’en mêle d’une manière quelque peu douloureuse afin qu’elle se mette au piano. “Je me suis coincé un doigt quand j’étais petite. Cela m’a empêchée de jouer du violoncelle pendant plusieurs mois. Mais je voulais continuer à faire de la musique. J’ai donc commencé à apprendre le piano toute seule.”
Louise Charbonnel : être ensemble
Elle en fait de même plus tard avec la guitare. En outre, elle forme avec son père contrebassiste un duo jazz minimaliste où seuls l’instrument et la voix sont invités. Le duo se produit d’abord dans de petits jazz clubs puis dans des salles plus grandes. “Le projet est toujours d’actualité. Nous l’avons remodelé dernièrement avant la reprise de nos concerts. Des live sessions sont prévues. Chaque scène que nous faisons nous permet de nous retrouver autour d’un répertoire commun, incluant de grands standards du jazz comme Bewitched, ainsi que des titres d’autres univers comme la chanson River de Joni Mitchell, l’un de mes morceaux préférés.”
Plus récemment, elle a intégré la troupe de la nouvelle version de la comédie musicale Starmania. Pendant deux ans, elle est la doublure d’Alex Montembault dans le rôle de Marie-Jeanne. “J’ai adoré jouer ce rôle. Cela m’a permis d’apprendre mon métier, de participer aux tournées, de rencontrer plein de gens. J’ai aussi mis un peu d’argent de côté pour le projet musical que je préparais. Je savais que je voulais être indépendante.”
Elle démarre son projet dès janvier 2024. Ce dernier lui a déjà valu d’obtenir la reconnaissance de ses pairs. On citera notamment la SMAC de Rouen, le programme Artiste Génération SPEDIDAM Musique actuelles 2025/2027, les Inouïs du Printemps de Bourges, le tremplin du festival Beauregard (qui lui fait décrocher le Prix du jury et celui du public). En outre, elle réalise une tournée et se produit aux Trois Baudets lors du MaMA festival à Paris.
How To Be Confused About Happiness : une autre idée du (des) bonheur(s)
Ce premier album signé Louise Charbonnel révèle, une fois n’est pas coutume, son intimité avec la mélancolie. Une mélancolie douce et lumineuse qui n’a rien d’accablant, bien au contraire. “J’ai un attrait certain pour la musique mélancolique, mais pas dans l’aspect sombre du terme”, explique-t-elle. “Je m’attelle à ne pas rendre les choses lourdes dans ma façon de composer ou d’interpréter. Chanter la profondeur de ce que je ressens, ce n’est pas triste, même si les sujets ne sont pas si légers […] Il y a beaucoup de beau et d’espoir dans le fait de pleurer ensemble. De se poser et d’écouter des choses qui nous font un peu mal, qui ne nous font pas danser. Tout n’est pas fait pour se divertir ou pour s’oublier. On peut aussi se laisser porter, s’abandonner.”
Bien plus que la seule mélancolie, How To Be Confused About Happiness révèle donc l’espoir tissé dans ce bonheur mouvant, si tant est que l’auditeur laisse sa curiosité le mener par le bout du nez et le temps lui échapper. “Il y a des choses qui prennent du temps et qui en prendront toujours. Et ce n’est pas grave. Inutile donc de chercher à brûler les étapes et de paniquer.” Dans sa quête du juste équilibre à toutes les strates de sa propre vie, Louise Charbonnel réussit à initier un autre rapport à l’immutabilité. Humblement et avec détermination, elle pose dans les dix chansons de l’album des questions ouvertes “sur certains piliers d’un bonheur moderne”, qui n’attendent aucune réponse.
Louise Charbonnel : au-delà des sonorités éthérées
La musique de Louise Charbonnel invite à se retrouver et à retrouver les autres, comme l’illustre par exemple le titre Bee : “Les harmonies du début font très chants religieux. Mais ça n’a rien à voir avec la religion. Par contre, ça aura toujours à voir avec la foi. Pas la foi chrétienne ou catholique. Plutôt la foi de faire corps, de s’élever ensemble, de s’extraire d’un moment. Je pense que c’est ce à quoi sert la musique.”
La séparation forcée, la dépression d’un parent à travers les yeux d’un enfant, le rapport de la jeunesse au travail et à l’entrepreneuriat, ou bien encore, la peur d’avoir peur… Si les thèmes abordés par Louise dans son premier album sont très concrets, ils traduisent également son désir de perdre la notion du réel. Dans cette optique, son processus créatif la mène à se créer “des petits escape games intérieurs pour favoriser les sensations et non pas seulement les modulations”. Ses chansons naviguent ainsi entre le numérique et l’analogique, l’acoustique et l’électronique, l’épuré et le spatial.
À ces liens qui nous unissent
Louise Charbonnel a laissé entrer dans son projet Solal Galli Lannel pour ses textures, Laurent Collat pour ses oreilles et la direction musicale de l’album. Pour finir, Élie Martin Charrière pour la composition des parties de batterie et Juliette Sieffert pour sa dextérité au violoncelle. “Faire un album toute seule n’a jamais été mon but. J’ai donc lâché prise et accueilli d’autres personnes pour qu’elles y mettent leurs couleurs, leur expérience. C’est la meilleure décision que j’ai pu prendre […] J’aurai toujours cette envie, pas de contrôler, mais de maîtriser mon sujet. Entre autres, sur les pistes qui me concernent : l’harmonie et la technique vocales, la perspective audiovisuelle de mon projet, la direction artistique. J’adore avoir la main là-dessus car c’est finalement ce qui me permet d’avoir une vision globale de mon projet.”
Cette vision est, sans aucun doute, ce qui distingue déjà les travaux de Louise Charbonnel tout comme sa personnalité artistique.
Louise Charbonnel : Instagram | Prochain concert : le 30 septembre 2026 aux Trois Baudets à Paris (Release Party) | Photo : Elisa Grosman