melody linhart now or never

Melody Linhart marche au-dessus de la musique telle une funambule. L’équilibre est une seconde nature chez cette artiste complète nourrie au sein du jazz, du rock et de la musique du monde. Le 7 avril dernier, elle a sorti son tout premier album studio en solo : Now or Never. Entre cadences infernales et morceaux révélant une délicatesse innée, Melody Linhart enchaîne les pirouettes sur son fil de lin, une plume dans une main, et cette histoire qu’elle ne pouvait taire dans l’autre.

Bonjour Melody Linhart et merci d’avoir accepté cette interview. Tu es auteure, compositrice et interprète depuis quelques années déjà. Ton premier album sorti en avril s’intitule Now or Never. Maintenant ou jamais : avant qu’il ne soit trop tard, d’accord, mais pour faire quoi ?

D’abord parce que ce credo, maintenant ou jamais, s’applique souvent dans la création. On sent une idée de texte, une mélodie, une harmonie, l’intuition d’une chanson… Il y a urgence de lui donner vie, de la concrétiser, d’en faire le croquis. Cet album est prêt depuis un an, avec des chansons qui datent, pour certaines, de plusieurs années. J’éprouvais vraiment le besoin de les fixer dans le temps sur un disque, pour leur donner vie et les faire entendre.

Vis-tu aujourd’hui de la musique ?

Oui. J’en vis depuis plusieurs années maintenant en chantant dans différents projets, différents styles (jazz, pop, rock).

Ta biographie sur ton site officiel valorise des origines « franco-britanniques teintées de culture tchèque et italienne ». D’où et de qui te viennent-elles ?

J’ai une grand-mère britannique et un grand-père tchèque. Mon père est né à Londres puis il a grandi en Italie dans la banlieue de Rome. Le mélange des cultures est donc surtout du côté de mon père.

Quelle est celle qui prédomine chez toi ?

Je dirais que personnellement je suis avant tout Française ! Artistiquement, mes goûts se tournent davantage vers la musique anglo-saxonne.

On apprend également que ta famille « cultive de multiples talents : musique, peinture, écriture… ». Peux-tu nous en dire plus quant aux prédispositions créatives de chacun de ses membres ?

Mes parents ont été musiciens tous les deux. Il n’y a pas eu une journée dans mon enfance sans que je n’entende mon père chanter ou jouer de la guitare. Ma grand-mère anglaise est peintre et elle exerce toujours son art à l’âge de 85 ans. Sinon, j’ai toujours été conseillée, encouragée dans mes entreprises d’écriture, du poème à la chanson, par ma mère et quelques amis amoureux de littérature et de belle langue.

melody linhart

Quelle a été l’influence de chacun dans les choix que tu as opérés pour la poursuite de ton propre parcours artistique ?

Mes parents n’ont jamais voulu faire de moi une musicienne, mais la musique et le « métier » se sont imprégnés de fait alors que je baignais dedans. Puis au fil des années, ce sont quelques rencontres éclairantes avec des amis musiciens, le passage par le jazz au conservatoire, et surtout, la naissance du groupe vocal OMMM, qui ont façonnés mon parcours.

Quelle a été ta formation musicale initiale ?

J’ai passé quatre ans en chant jazz au conservatoire du 9e arrondissement de Paris, entre mes 20 et 24 ans. J’ai fait également quelques stages de chant, ainsi qu’une formation au Centre de Formation des Musiciens Intervenants d’Orsay. Sans oublier aussi et surtout, mes expériences sur scène avec mes différents groupes.

Mion, Manon, Mathis, Svent et Léo : ils forment donc avec toi depuis 2008 le groupe a capella OMMM. Dans quelles circonstances les as-tu tous rencontrés ?

Nous nous sommes tous rencontrés au conservatoire du 9e, hormis pour notre human beatboxer. Nous étions dans les classes de chant jazz et de comédie musicale. Nous avons rencontré le human beatboxer dans un autre contexte : il n’y pas encore à l’heure actuelle de cours de beatbox dans les conservatoires ! (rires)

Quelles sont les références musicales qui animent OMMM ? Dans quelle mesure le groupe se distingue-t-il de celles-ci ?

Ses références musicales sont multiples : pop, trip hop, black music. Si on peut citer quelques artistes, il s’agirait de Björk, de Camille, de Bobby McFerrin par exemple. Ce ne sont que des influences. Nous pratiquons beaucoup l’improvisation collective : c’est ce qui amène la « pâte » spéciale d’OMMM au niveau des arrangements et de la manière de composer.

“La chanson m’a bien aidée à me libérer de l’emprise amoureuse. De manière générale, j’écris sous l’impulsion du vécu. Un chagrin ou un malheur peuvent nourrir une chanson, donner une sorte de hargne créative”

 

Début avril, tu as donc sorti ton tout premier album en ton nom seul. Now or Never mélange jazz et mélodies pop-folk au sein d’un décor feutré et intimiste. Toutes les chansons sont écrites en anglais : pourquoi ce parti pris ?

C’est la musicalité de la langue anglaise qui s’est d’abord présentée à moi comme une évidence. Sûrement parce que j’écoute davantage de musique anglo-saxonne que de chanson française. Mais rien n’est gravé dans le marbre. Mes envies évoluent et j’ai désormais envie de faire « sonner » le français. Je dirais que finalement, français ou anglais, ça n’a pas d’importance. L’essentiel pour moi est de faire groover le texte, de trouver l’équilibre entre la musique et les mots.

Comment s’est déroulé le travail d’écriture et de composition de ce premier opus ? Es-tu seule aux manettes, ou d’autres protagonistes sont-ils intervenus dans cette aventure ?

Pour le texte et la musique, je suis effectivement seule aux manettes. Cependant, tous les arrangements ont été créés au fur et à mesure par mes amis et collègues musiciens qui ont apporté chacun leur pierre à l’édifice : Thomas Benoit, Xavier Llamas, Manon Iattoni et Aurélien Guyot. Benjamin Farley et Manuel Armstrong, les deux réalisateurs de l’album, ont quant à eux sublimé les arrangements.

Si le premier single Everyday, sorti deux mois avant l’album, m’a beaucoup plu, j’aimerais me concentrer sur la première plage : Tracks. Le refrain entêtant de ce titre m’a marqué d’entrée de jeu. « J’ai perdu mon temps en te cherchant. Combien de temps serai-je encore une prisonnière ? » : tu pensais à qui lorsque tu as écrit ce morceau ?

Alors, c’est assez privé ça…. Mais l’idée de cette chanson était en effet de me libérer d’une emprise amoureuse, sans citer de nom : à quoi bon ?

Te sens-tu toujours suivie, ou au contraire libérée de cette emprise ?

La chanson m’a bien aidée à me libérer de l’emprise amoureuse. De manière générale, j’écris sous l’impulsion du vécu. Un chagrin ou un malheur peuvent nourrir une chanson, donner une sorte de hargne créative.

melody linhart live

I Beg Your Pardon est également un morceau très touchant. Son intro acoustique invite à s’asseoir pour écouter l’histoire. Une sorte de mélancolie âgée de milliers d’années. « J’implore ton pardon. Ton temps n’est pas encore venu. Attendant mon tour, je lance des questions dans le vent » : il semble que l’on puisse distinguer deux personnages et leur dialogue. À qui t’adresses-tu ? Pour quelle issue ?

Là aussi, c’est assez privé. Des deux personnages, je suis en tous les cas celui qui demande pardon.

La release party de Now or Never a eu lieu le 4 avril à Paris à La Nouvelle Scène, avec Charlotte Savary en première partie. Skriber a déjà eu le plaisir d’échanger un peu avec Charlotte Savary dans ses pages, et verrait bien les connexions entre vos deux univers se concrétiser par un duo. Et toi ?

Ce serait avec grand plaisir ! J’ai beaucoup aimé la rencontre avec Charlotte Savary. C’est une femme et une artiste très généreuse, encourageante. Elle m’a donné de précieux conseils pour aller de l’avant et concrétiser cette sortie d’album, je ne peux que l’en remercier ! Il y a beaucoup de douceur dans sa musique. Je ne sais pas quelle histoire pourrait raconter ce duo, mais il s’inscrirait sûrement dans des sonorités chaleureuses, secrètes, intimistes. Enfin, qui sait ?

Des secrets et une intimité qui façonnent d’ores et déjà ton propre univers pour l’enchantement de tous. Merci encore Melody Linhart pour cet échange. On retrouve toute ton actualité également sur ta page Facebook. Belle continuation à toi !

 



Crédits photos : Florie Berger, Pierre-Yves Leblanc