jerome ghern fortune

Deux ans après la sortie de son premier EP Réconcilier, Jérôme Ghern livre son prénom à l’intime et revient vendredi avec Fortune. S’il ne s’y prend toujours pas pour une grande voix, Ghern y expose les sentiments qui osent faire vaciller la sienne. Entre souvenirs et descriptions simples d’une réalité aux multiples facettes, sa plume est plus accessible que jamais, touche et éclabousse.

Ghern semble avoir connu par le passé les joies d’un anonymat vécu au quotidien par le plus grand nombre, en triant des diapositives puis en vendant des pièces détachées. Désormais, et depuis un peu plus de deux ans, il partage grandeur nature ses obsessions, ses doutes et ses espérances, dans des chansons qui fleurent bon l’envie de dire sans trop grimer. Des chansons qui flirtent aussi avec un symbolisme des choses destiné à être offert à tous.

Si Réconcilier, son premier EP sorti en octobre 2016, avait de quoi en dérouter quelques-uns, les six titres inédits de Fortune, à paraître vendredi 8 juin, ont de quoi rassurer et enchanter. En poésie, cela se nomme « parler à la vie des gens ». Dans Fortune, Ghern sort donc de sa séduction contextualisée pour s’ouvrir tout entier aux autres, sans se confondre. Résultat : ses mots nous empoignent. Et dans les partitions d’une pop revisitée tutoyant des élans folk caméléons, ils en viennent à nous transposer dans les rues de la cité de Ghern.

Nos ressemblances

Fortune offre en effet des perspectives mêlant l’urbain aux espaces naturels. Les arbres et la mer y deviennent le point de départ et la destination d’une rencontre avec toi. Toi, cet autre pouvant tout autant être cet amour perdu, ce prochain né d’un souhait de côtoyer la solitude à deux, cet enfant à la tête ronde à l’instar de celle de sa mère, peut-être.

Finalement, chaque auditeur trouve en son temps sa porte ouverte dans les textes de Ghern pour projeter sa propre vie dans ses confidences. Un coup de maître, grâce auquel les pauses, les soupirs, les silences sont aussi essentiels que le sens des mots.

Sauve qui sauve qui…

« Si tu te perds dans la ville à cette heure où les ombres, seules, se promènent », aucune inquiétude à avoir. Si Je pensais venir de l’espace comme David Bowie l’eut chanté à sa manière, c’était certainement pour t’identifier parmi tous ces autres, toi qui m’étais destiné. En finir avec toi, alors, je ne le pourrais : dans l’hommage de Ghern au leader de l’Affaire Louis’ Trio, Hubert Mounier, décédé en 2016, Ghern annonce ses destins croisés qui se font face dans les couloirs d’un Hôtel.

Une vie commune impossible entre celui qu’il est, et celui qu’il serait s’il faisait « tout, tout, tout différemment ». La nuit, encore, et Les Rochers, cette grève, où le Nous pourrait n’être qu’un. « Y’a tout qui m’ramène à toi, même les grains de sucre au fond de ma tasse », Calavera, toujours toi. Lui, elle, moi. Il y a du Biolay dans l’écriture et l’interprétation de Ghern. Il y a du Bashung dans ses intentions. Mais il y a surtout du Jérôme dans Ghern, depuis ce jour où il décida de ne plus dire son prénom.

Rendez-vous le 12 juin pour une Release Party de Fortune organisée au Motel à Paris.

 


Crédits photos : Christelle Joly