Ulster Page

Un frisson parcourt votre colonne vertébrale : sans doute le fantôme d’un hasard traversant la pièce et qui fait souvent bien les choses. Gros plan aujourd’hui sur un jeune groupe de rock made in France nommé Ulster Page. Son histoire ? Celle de quatre digital natives passionnés de musique poursuivant le rêve commun des gosses qu’ils furent et qu’ils resteront pour étreindre leurs étoiles.

Entretien avec Gabriel Moland – Auteur, compositeur, guitariste et interprète – Ulster Page

Salut Gabriel et merci d’avoir accepté cette interview. Tu fais partie du groupe Ulster Page créé il y a quatre ans dans le Var. Qui sont les autres membres du groupe ? Comment vous-êtes vous rencontrés ?

Benjamin est à la guitare solo et au chant. Hugo est à la batterie. Éric est à la basse et assure également les chœurs. À l’origine, c’est Benjamin qui commença à jouer le premier de son instrument. Il avait treize ans. Il décida alors de monter un groupe avec ses amis d’enfance, Hugo et Éric. C’est lui qui les initia à la batterie et à la basse. Les premiers morceaux qu’ils jouèrent ensemble étaient des reprises de groupes de rock qu’ils écoutaient depuis plusieurs années. Je les ai rejoints plus tard au moment où ils étaient à la recherche d’un chanteur. Ils avaient mis une annonce dans un magasin de musique à Fréjus. Nous étions fin 2011. J’ai répondu à cette annonce puis nous nous sommes rencontrés pour des essais. Ça a tout de suite collé entre nous ! Je me souviens que nous avions joué ensemble un titre des Foo Fighters. Un mois plus tard, nous faisions notre premier concert dans un centre médico-social dédié aux personnes handicapées. Ce fut une expérience très enrichissante pour nous.

Que faisais-tu avant de rejoindre Ulster Page ?

Je faisais déjà de la musique depuis quelques années, j’avais fait partie d’un groupe au lycée notamment. En 2011, j’étais en seconde année de DUT de physique à Marseille. Rien à voir donc ! J’avais essayé de monter successivement deux autres groupes : sans succès. Et c’est quelques jours après mon dernier échec que je suis tombé par hasard sur l’annonce d’Ulster Page. J’ai arrêté mon cursus un an plus tard lorsque nous avons tous décidé de nous investir complètement dans le groupe.

Le rock vous habite. Un rock énergique parfois vorace. On peut s’en rendre compte à l’écoute de votre premier EP sorti en janvier 2015 et intitulé Young Skin. The Smashing Pumpkins, Nirvana, The Offspring… Nombreuses sont vos influences issues des années 90 que je pourrais te citer. Ta voix m’a d’ailleurs étrangement rappelé celle de Fred Durst, l’un des fondateurs du groupe Limp Bizkit, ainsi que celle de Chester Bennington, lead vocal de Linkin Park. Que t’évoquent ces références ?

Pour ma voix, je prends ça pour un compliment, merci ! Tu as évoqué The Offspring, et étrangement, même si nous connaissons ce groupe et que nous l’avons écouté lorsque nous étions ados, il fait partie de ceux auxquels nous nous identifions le moins. Idem plus généralement pour la scène neo metal. En revanche, toute la scène alternative rock nous parle de façon plus évidente. En fait, chacun d’entre nous a des références assez variées. Perso, j’écoute beaucoup de pop, alors que pour Hugo, c’est plus le noise. Tous ces genres se complétent. Nirvana est en effet l’une de nos influences les plus fortes, c’est un groupe qui met tout le monde d’accord. The Smashing Pumpkins aussi. Il y a également Radiohead bien sûr, que nous adorons pour ne pas dire que nous le vénérons, même si on ne retrouve que très peu voire pas du tout cette influence dans Young Skin. Mais avant même d’écouter tous ces groupes, c’était le rock des années 70 qui nous parlait le plus. Encore aujourd’hui, nous écoutons The Doors dans le camion lorsque nous sommes en tournée. Guns N’Roses que Benjamin affectionne depuis longtemps. Oasis aussi. Nous écoutons beaucoup de choses en fait, mais notre objectif reste quand même de faire notre propre musique avec notre identité, notre univers, notre son.

Il me semble que la moyenne d’âge de votre groupe est de 23 ans. Comment ces groupes sont-ils parvenus jusqu’à vous alors que vous n’étiez même pas nés lors des débuts de certains d’entre eux ?

Il y a des groupes mythiques qui dépassent le simple fait générationnel. Comment passer à côté de Kurt Cobain et de sa légende ? Lorsqu’il nous arrive de faire du covoiturage pour aller à nos concerts et que les gens nous demandent de leur expliquer notre musique et son genre, c’est Nirvana que nous leur citons. Et ils comprennent immédiatement, car tout le monde connaît Nirvana ! Mais le moyen privilégié par lequel nous avons découvert et creuser le mouvement alternatif reste Internet. Nous sommes la génération Internet. Internet nous a permis d’avoir une vision globale de la musique sur les cinquante dernières années. Tout peut être écouté, tout est à portée de main. Nous avons construit notre culture musicale grâce à Internet, découvert des groupes inconnus en France, comme Jane’s Addiction qui fut l’un des groupes les plus influents de la scène alternative des années 90 à l’origine de la création du festival Lollapalooza en Amérique du Nord qui révéla entre autres Rage Against the Machine, The Smashing Pumpkins, The Red Hot Chili Peppers.

En visitant le site d’Ulster Page puis en parcourant vos différentes pages sur les réseaux sociaux, on sent que la communication du groupe est très maîtrisée. Comment s’organise cette promotion permanente ? Votre présence online est-elle la seule que vous privilégiez ?

ULSTERPAGE1170inL’image est très importante dans un projet musical. Nous y accordons beaucoup d’attention, c’est pourquoi notre site web est très travaillé. À la base, aucun de nous n’a de compétence en graphisme ou en communication. Nous avons tout appris sur le tas. Je me suis mis au graphisme pour travailler tous nos visuels grâce notamment à un collectif qui s’appelle La Vallée des artistes. Nous l’avions rejoint il y a environ trois ans. Nous avions été épaulés par deux personnes de l’association qui nous avaient accompagnés dans la maîtrise des logiciels, le management et la communication on et off line du groupe. Par la suite, j’ai pu créer notre logo. Notre site a été conçu par Clara Faritiet, l’une de nos amies, je le fais vivre depuis. Axel Damamme et Maxime Ganthieu de Damax Prod conçoivent nos clips vidéos. Nous avons même notre propre appli ! C’est du Do It Yourself pur couplé à des contributions très précieuses pour nous. Nous visons un public le plus large et diversifié possible bien sûr, mais celui-ci est avant tout constitué par des jeunes de moins de 25 ans. D’où notre présence sur tous les réseaux sociaux en utilisant les forces de chacun d’entre eux, ainsi que les contraintes de localisation, sur Facebook© notamment. In real, nous faisons beaucoup d’affichage. Nous distribuons également du flyer. Notre approche promotionnelle est vraiment globale car tous ces supports sont complémentaires.

Voilà plus d’un an que le premier EP d’Ulster Page, Young Skin, est sorti. Deux morceaux ont attiré mon attention. Le premier est All around me, il décrit une espèce d’omniscience transcendant le corps et l’environnement. Quel est le message caché derrière cette chanson ?

Il n’y a pas vraiment de message caché. En fait, cette histoire rejoint celle du film Sixième Sens, dans lequel un gamin est capable de voir et de communiquer avec des fantômes. J’ai écrit cette chanson en me remémorant la peur que j’avais parfois de me lever la nuit lorsque j’étais enfant : je craignais de croiser un fantôme. La thématique qui articule notre premier EP est celle de l’enfance. Si All around me traite avant tout des angoisses que tout enfant peut ressentir, le second titre Young Skin évoque la place de la jeunesse dans le monde d’aujourd’hui, des forces qu’elle peut lui apporter.

Young and Old incarne aussi ce lien à l’enfance, incluant malgré tout une lucidité sur le monde et sur la vie. Peux-tu nous parler du clip qui lui est associé et de ces symboles incarnés par le jeune acteur principal ?

En effet, Young and Old s’inscrit dans la continuité des deux premières chansons en matérialisant les craintes que tous les musiciens peuvent ressentir, nous aussi, quant à la poursuite de leur parcours. Nous avons notre élan d’enfant mais nous ne sommes pas dénués de réalisme pour autant. Et cette question : aurai-je vécu à la fin de ma vie les rêves que j’avais étant enfant ? Avec Damax Prod, nous avons fait le choix d’un scénario racontant une histoire simple, celle du voyage d’un enfant vers les étoiles. Vers la réalisation de ses rêves. Vers sa réussite.

Qu’est la réussite pour vous ?

Ce petit garçon dans le clip nous représente tous. On ne sait pas trop comment on le fait, ni pourquoi on le fait, mais on le fait. Avec ou sans le soutien de nos proches d’ailleurs. Nous sommes partis de rien et nous rêvons de faire de la musique et de la faire écouter au plus grand nombre. C’est ça pour nous la réussite, au-delà de l’argent et du fait de vivre de notre musique. Car depuis quatre ans, nous arrivons malgré tout à avancer sans argent. Ce clip comme tout le reste a été fait avec les moyens du bord et l’aide de nombreux amis. Sa réalisation est le fruit d’un investissement en temps et en énergie bien plus que financier. Le résultat dépasse nos attentes et les liens qui s’expriment dans le clip entre ce père et son fils, cet enfant et ses rêves, apportent cette douceur que nous souhaitions pour appuyer notre son très rock.

Qu’en est-il de votre second EP ? Est-il déjà dans les tuyaux ?

Oui. Les chansons sont écrites et sont en phase de préprod. Nous avons déjà commencé à les jouer sur scène. En revanche, il y a encore une incertitude quant à la date de sortie. Nous ne sommes pas encore allés en studio car nous ignorons quels seront nos moyens de financement. Nous ne savons pas non plus si nous allons être soutenus par un label. Nous tablons sur début 2017 pour la sortie de notre prochain EP. Il comportera quatre ou cinq titres car nous préférons axer nos efforts sur un single qui reflète bien l’univers du groupe pour encourager les gens à écouter ensuite les autres titres.

Vous avez terminé la première partie de votre tournée française 2016 à Montluçon le 30 avril dernier. Vous repartez sur les routes aujourd’hui avec une escale à Salon-de-Provence avant de rallier notamment Paris, Lyon et Bruxelles. J’ai remarqué que vous aviez aussi joué en Allemagne l’année dernière. Y-a-t-il des différences de ressenti entre le public allemand et le public français ?

En effet, notre expérience scénique est différente dans ces deux pays. L’Allemagne est un pays qui aime le rock, contrairement à la France où seules certaines régions sont plus à l’écoute du genre, comme en Bretagne ou dans l’Ouest du pays. Du coup, de nombreux groupes de rock français vont tourner en Allemagne. En septembre 2015, nous avons fait dix-sept dates en vingt jours. C’était vraiment intense ! Au-delà, on peut aussi ressentir les impacts d’une situation économique qui n’est pas la même dans les deux pays. En Allemagne, même si tout n’est pas rose bien sûr, le quotidien est moins difficile qu’en France. D’où le côté plus réceptif du public et son plaisir de se rendre à des concerts. Sans parler que nous avons écoulé en moins d’un mois près de 400 EP, alors qu’il nous avait fallu tourner plus de quatre mois en France pour arriver au même résultat. Nous faisons en sorte de coller le plus possible à la réalité de notre public, principalement constitué de jeunes de moins de 25 ans, des étudiants pour la plupart. Nous prenons à chaque fois le temps de réfléchir avant de décider par exemple de mettre en place des entrées payantes ou pas. Car pour un jeune vivant en France, mettre cinq euros dans une entrée, c’est peut-être ne pas pouvoir prendre un verre durant la soirée ou ne pas pouvoir acheter notre EP si notre musique lui plaît.

Votre son vaut le détour, et j’encourage les jeunes et les moins jeunes à miser sur vous en allant vous découvrir prochainement près de chez eux durant la seconde phase de votre tournée française et belge. On retrouve toutes vos dates sur votre site officiel. Merci encore Gabriel pour ta passion et ta volonté. Votre persévérance va finir par payer, c’est certain. Très bonne continuation à vous quatre, à très bientôt !