steven wilson to the bone

Il avait sorti l’année dernière Transience, une seconde compilation de ses meilleurs singles parus entre 2002 et 2015. Mais cela faisait plus de deux ans qu’il n’était pas revenu avec un opus complètement original. Voilà qui est chose faite aujourd’hui avec To the Bone, le cinquième album studio signé Steven Wilson.

Il gratouille dès le plus jeune âge en s’aidant des enregistreurs bidouillés par son père ingénieur. Quelques années plus tard, il devient le leader de Porcupine Tree, un groupe désormais reconnu sur la scène internationale et qu’il fonda en 1987 avec son ami Malcom Stocks.

Rock progressif, psychédélique, avant-gardiste : les sonorités imaginées par Steven Wilson collent à des histoires qui racontent l’évolution du monde, des sociétés. Une sorte de psychanalyse globale ramenant à celle de l’auteur, compositeur et interprète britannique, comme ce fut le cas avec Hand. Cannot. Erase. en 2015 à travers le décès de Joyce Carol Vincent, passé inaperçu durant deux ans.

Fragilité des liens

« Pourquoi suis-je obsédé par la mort ? Parce que tout le monde l’est, même les personnes qui croient aux contes de fées » : le regard de Steven Wilson sur la précarité de l’existence le mène très tôt à considérer par la musique le compte-à-rebours rythmant ses pas jusqu’à sa propre fin.

Si le temps est alors son principal ennemi à l’instar de nombre d’entre nous, il devient en parallèle un moteur pour Steven Wilson afin de tisser des liens durables, notamment avec ses musiciens qui l’accompagnent sur scène depuis quelques années désormais.

Bien avec eux

Flexibilité, performance et confiance à long terme : Steven Wilson se définit lui-même comme un « control freak », autrement dit, un maniaque gardant constamment la main sur tout, de l’idée originale à l’écriture en passant par la composition, les arrangements et l’enregistrement.

Voilà pourquoi la course en solitaire de Steven Wilson ne pouvait être conçue différemment. En tous les cas, pas au sein d’un groupe à proprement parlé. Voilà aussi pourquoi il sort en 2009 son premier disque solo Insurgentes sous son propre label.

Voilà enfin pourquoi To the Bone, à l’instar de ses précédentes productions, devient une incroyable chasse aux trésors qui, en l’occurrence, sont ces multiples failles rendant Steven Wilson terriblement humain.

Bien malgré lui

Dans To the Bone, Steven Wilson fait la synthèse de certaines des grandes influences musicales l’ayant fasciné durant ses jeunes années. Il cite notamment The Colour of Spring de Talk Talk, So de Peter Gabriel, Hounds of love de Kate Bush et Seeds of love de Tears for Fears.

To the Bone est également l’opportunité de collaborer à nouveau avec la chanteuse pop rock Ninet Tayeb. On se souvient du rôle majeur qu’avait tenu l’artiste israélienne en 2015 dans Hand. Cannot. Erase. Elle poursuit dans cette voie dans To the Bone à travers deux titres : Blank Tapes en septième plage, et surtout le somptueux Pariah en troisième, rappelant effectivement le duo culte de Peter Gabriel et de Kate Bush sur Don’t give up.

L’amour, l’urgence, du Refuge à cette Detonation initiant une déflagration de plus de 9 minutes : To the Bone navigue entre expérimentation instrumentale toujours plus poussée et dérivation sensationnelle toujours plus lointaine. L’excellente Song of I, en duo avec Sophie Hunger, tout comme Song of Unborn, en sont les emblèmes. Aux frontières des contes de fées et du chaos, Steven Wilson réussit ainsi à bâtir sa petite passerelle d’éternité.

 



Crédits photos : Lasse Hoile