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L’exception culturelle française qui deviendrait celle de l’Europe tout entière : telle est la perspective plébiscitée entre autres par Albert Dupontel pour contrer les univers manichéens du cinéma commercial américain. Si Au revoir là-haut est une œuvre majeure, le film est aussi l’occasion pour son réalisateur d’aller encore et toujours plus loin. Entre hommage aux frères Lumière et révérence aux écrits de Pierre Lemaître. Sortie prévue en Blu-ray et DVD dès demain.

La fin de la guerre de 14-18 a été actée, mais la bataille aura quand même lieu. Puisque le Lieutenant Pradelle (Laurent Lafitte) en a donné l’ordre. Puisque les vies de tous ces soldats sont les siennes. Puisqu’il restera en retrait. Puisqu’il ne sera pas avalé par la terre une fois le silence revenu. À l’instar de tous ces cadavres jonchant le sol…

La guerre, la paix, les résolutions politiques des gens d’en-haut. Ceux d’en bas, la chair à canon, déshumanisée, dont on soupèse la mort et la valeur de l’âme. Et ce cheval, qui devient la planche de salut du soldat Albert Maillard (Albert Dupontel), lui-même devenant celle du soldat Édouard Péricourt (Nahuel Perez Biscayart), et ce, bien malgré lui.

Leurs destins ne font plus qu’un. Et le retour à Paris de ces « miraculés » les scelle définitivement à travers cette arnaque aux monuments aux morts qu’ils décident de mettre en œuvre. L’un est aux abois, l’autre est défiguré.

Derrière les masques, les attentes sont intimes. La reconnaissance d’un amour, la reconnaissance d’un père. Et dans les viles intentions du Lieutenant Pradelle sur le point d’épouser Madeleine Péricourt (Émilie Dequenne), la sœur d’Édouard, la trame d’un règlement de compte initié pour tous les laissés-pour-compte.

Histoire d’incarnation

Le succès d’Au revoir là-haut n’aurait jamais été sans sa distribution. Un casting de rêve qui, sous la direction d’Albert Dupontel, communie avec la folie dramatique et non-formatée de ce dernier.

Ainsi, au jeu d’un Laurent Lafitte au sommet de son art répondent ceux de Niels Arestrup interprétant avec tact le père d’Édouard Péricourt, et d’Émilie Dequenne, dont la douce volonté de son personnage n’a d’égal que son dévouement à l’idée d’une famille à nouveau réunie.

Mais la plus grande surprise vient de Nahuel Perez Biscayart et de son binôme avec Albert Dupontel. Le jeune comédien, découvert par celui-ci avant même d’avoir été choisi pour interpréter Sean dans 120 battements par minute, révèle une panoplie d’émotions poignantes et d’une justesse incroyable. Un véritable talent à l’état pur.

Histoire d’eux

Eux, les poilus. Eux, les Français des années folles. Eux, les stigmates d’une société qui s’égare. Eux, les entre-soi déconnectés du peuple. Lui, Albert Dupontel, sur le fil tendu tracé par la plume de Pierre Lemaître.

Albert Dupontel n’était pourtant pas destiné à incarner le rôle d’Albert Maillard. Mais de l’aveu de l’écrivain et scénariste français ayant reçu le prix Goncourt en 2013 pour Au revoir là-haut, l’espérance qu’il l’incarnât était bien là. Et la réalité qu’elle devint ne faisait aucun doute quant à la révélation du génie d’Albert Dupontel.

Il y a du bon à ne pas avoir la télévision chez soi. Il y a une évidence à remettre en cause le goût du clic et du buzz. Il y a un libre courage, oui, à dire non aux modèles prémâchés. Il y a de l’avenir, croyons-le, à voir le monde autrement. Pour le vivre vraiment, intensément. Sans faillir au devoir de mémoire.