pupille jeanne herry

Quatre ans après Elle l’adore, la réalisatrice française Jeanne Herry est revenue fin 2018 avec son second long-métrage : Pupille. Il est disponible en Blu-ray et DVD depuis le 10 avril. Dans l’intimité d’une femme refusant d’être mère, celle de plusieurs autres espérant le devenir. Un long-métrage troublant.

Clara (Leila Muse) quitte son domicile seule. Elle a du mal à marcher, sa main ne quitte pas la surface de son ventre. Arrivée aux urgences, elle accouche d’un petit garçon. Elle est là sans l’être. Elle refuse de prendre son bébé dans les bras. Il quitte la salle dans ceux de la sage-femme.

La chambre de Clara est silencieuse. Dans une autre pièce, à quelques mètres de là, son bébé dort. Puis il ouvre les yeux. Il n’a que quelques heures. Pourtant, ses questions se devinent. Aucune réconfort si ce n’est celui des infirmières qui se relaient à son chevet. Leurs odeurs se mélangent, mais parmi elles, aucune n’est celle de sa maman.

Les services sociaux se mettent en route, rapidement, humblement et dans ce double objectif de préserver les intérêts de Clara et de l’enfant. Les causes s’entremêlent, un long chemin attend le petit Théo. Un parcours fait de rencontres, de compassion et de plusieurs amours. Arriveront-ils à égaler, un jour, celui qu’il n’a pas eu à sa naissance et qu’il n’aura sans doute jamais ?

Le mystère d’être mère

Si Pupille dépeint avec beaucoup de justesse et d’intensité les problématiques connectées à l’accouchement sous X, les premières séquences du film sont bouleversantes. On peine à s’imaginer la détresse de ce nouveau-né, qui s’exprime avec rage à travers les images tournées par Jeanne Herry.

Cette détresse est trop inconcevable pour beaucoup d’entre nous. Nous sommes nombreux à avoir en mémoire ces photos prises à la maternité dans les bras de notre propre mère. Chacun de nos pores transpire cet amour maternel si essentiel. Malgré tout, certains d’entre nous n’ont pas eu la chance de le connaître.

Le mystère de la vie élucidé et la vie bel et bien là, le mystère d’être mère pointe le bout de son nez. Aucune certitude n’a de place dans cette configuration, aucun jugement. Demeure la réalité de l’enfant, celle des premières minutes, celle de demain. Sous les ailes de ces autres qui les accueillent, qui accompagnent leurs premiers rires et leurs premiers pleurs, leurs silences, à l’instar du personnage campé avec brio par Gilles Lellouche.

Pupille : digérer son histoire

Si la mère biologique ne se rétracte pas deux mois après avoir pris sa décision, son bébé devient pupille de la nation. Le processus d’adoption est enclenché. Dans Pupille, chaque étape est précisément abordée, y compris les thématiques en rapport avec l’adoption à l’étranger.

Dépassant le seul cadre du documentaire, la réalisation de Jeanne Herry rappelle celle d’Emmanuelle Bercot dans La Tête haute. La distribution, de Sandrine Kiberlain à Olivia Côte en passant par Miou-Miou (la mère de la réalisatrice), excelle. Elle dévoile par ses répliques le rôle clé des services d’adoption, ainsi que les éléments psychologiques, existentiels, matériels et d’avenir considérés pour le choix du ou des meilleur(s) parent(s) pour l’enfant.

Dans cette perspective, l’interprétation d’Élodie Bouchez est sensationnelle. Elle transcende son personnage, Alice, pour lui conférer une consistance incroyablement ressentie, jusqu’au moindre murmure, la moindre larme. Et si, parmi toutes les questions d’Alice, certaines resteront sans réponse pendant quelques années encore, nul doute que l’histoire se finira bien pour elle, du fait d’avoir réussi à digérer sa propre histoire, celle de son ancien couple et celle de son futur enfant, avant de devenir parent.