DARK PLACES

Dark Places sort aujourd’hui dans les salles. L’occasion d’y découvrir un thriller conjuguant poésie et machiavélisme, ainsi qu’un scénario porté par une Charlize Theron flamboyante incarnant une gamine trentenaire en détresse depuis sa plus tendre enfance.

Depuis son dernier long métrage Elle s’appelait Sarah sorti il y a cinq ans, Gilles Paquet-Brenner semblait préparer méthodiquement son retour. C’est en tous les cas l’impression étrange que laisse son nouveau film, Dark Places, à la fin de la séance.

Adapté du roman de Gillian Flynn, dont la plume est aussi à l’origine de l’excellentissime Gone Girl réalisé par David Fincher et sorti fin 2014, il dépeint le néant existentiel de Libby Day (Charlize Theron) vivant avec le lourd fardeau d’avoir perdu sa mère et ses deux sœurs alors qu’elle n’avait pas encore douze ans.

L’enquête à l’époque du drame déboucha sur l’incarcération du meurtrier que tout désignait comme tel, y compris son propre témoignage à elle. Aussi, son frère Ben fut emprisonné sur fond de suspicions satanistes et pédophiles.

Quelques trente années après avoir vécu l’horreur, on retrouve donc Libby Day en quête du moindre sou, après avoir vécu aux crochets du peuple anonyme ayant financé sa condition d’orpheline. C’est dans ces circonstances qu’elle rencontre Lyle (Nicholas Hoult), le président d’une association regroupant des aficionados d’élucidations de meurtres justement non élucidés.

L’histoire semble être introduite de manière assez simpliste. Pourtant, les effets immédiats propres à tout bon thriller surgissent dès les premières minutes. Vous savez, ce ronronnement dans votre tête, lorsque l’on tente de vous présenter le coupable comme le seul et unique. Pourquoi tant d’acharnement à vouloir motiver ces si nombreuses convergences vers celui-ci plutôt que celle-là ?

Et c’est le début des échafaudages les plus complexes et les plus tordus. Le rassemblement des moindres indices glanés ça et là. Bref, la machine est en marche. Preuve s’il en est que la trame du genre est respectée.

Toutefois, avec Dark Places, on frôle une facette du thriller propre à celle qui pourrait sans doute être bien plus évidemment perçue à l’écrit. À l’instar de Patty, la mère de Libby Day, interprétée gravement par Christina Hendricks (Detachment, Drive), on plonge en effet bien plus loin que dans de simples flashbacks, en découvrant au fil du temps de cette mère célibataire de quatre enfants les coulisses d’une vie considérée par sa protagoniste comme un gâchis sans nom.

On ressent bien des choses à la vue de ses larmes et de ses choix, ceux qui pourront selon elle apporter à son existence un semblant d’utilité, comme sa propre mère lui inculqua jadis. On sait le dévouement, le sacrifice, le martyr, et on ne peut s’empêcher de relier tous ces sentiments à nos précédentes hypothèses.

En cela réside tout l’intérêt de Dark Places.

Nul besoin donc d’en faire des caisses pour vous persuader de réserver votre place dès ce soir après votre sortie du travail. Suspens et émotions vous attendent de pied ferme derrière la porte, avec à la sortie ce soupçon de logique inattendue qui vous avez pourtant mis la puce à l’oreille…