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Revivez ce week-end l’histoire du duo circassien formé par Footit et Chocolat, deux clowns aux destins entrecroisés ayant marqué leur temps et celui du cirque à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Si Chocolat devint la figure de proue de son duo parce qu’il était le premier clown noir, il était avant tout un héritier bien malgré lui du colonialisme français et de l’esclavage. Mais pas seulement…

Chocolat est le cinquième film réalisé par Roschdy Zem et succède notamment à Omar m’a tuer et Bodybuilder. Dans ce biopic sorti mercredi dans les salles, il y raconte la rencontre entre Footit (James Thiérrée), un clown mal-aimé tentant de se relancer, et Chocolat (Omar Sy), un homme incarnant sur scène un cannibale accompagné d’un chimpanzé et dont la mission chaque soir consiste à faire peur au public.

Tous les deux font partie de la petite troupe du cirque Delvaux tombant en ruine jusqu’au moment où Footit a l’idée de proposer à Chocolat un numéro en duo capable de servir leurs intérêts respectifs.

Les tours fonctionnent et le public est au rendez-vous, tout comme le succès. Footit et Chocolat impriment leur style et descendent finalement à Paris après avoir été repérés par le directeur du Nouveau Cirque (Olivier Gourmet).

Film mêlant les arts circassiens au drame enduré par les populations colonisées par le France, Chocolat est un tableau historique, culturel et sociétal du pays avant la 1ère guerre mondiale. Il est également un hommage au duo formé par Chocolat et Footit, qui imposèrent par leur talent l’auguste et le clown blanc au sein du cirque traditionnel.

Au-delà, Chocolat est une leçon dans laquelle la morale cohabite avec un désir incandescent d’humanité. Dans ce sens, la problématique n’est pas la différence, ni même le regard que les autres portent sur elle.

Elle est de savoir ce que nous sommes capables d’endurer pour elle. Elle est de comprendre ce que nous voulons faire avec elle.

La couleur de peau de Chocolat n’était pas sa différence. Même si elle fut perçue ainsi par les esprits extrémistes d’une grande majorité de la population française de l’époque. Même s’il fut le premier clown noir dans l’histoire du cirque.

La véritable différence de Chocolat était ce chemin qu’il souhaitait dédié à son âme d’artiste. Elle était cette quête de reconnaissance de sa voix au service des volontés esseulées et meurtries. Elle était cette destinée dépassant les clivages et les peurs illégitimes pour sublimer sur scène l’art d’être né homme et d’être toujours en vie.

De toutes les rencontres que Chocolat pu faire pour l’y aider, la plus essentielle de toutes restera bien évidemment celle avec Footit. Le lien entre les deux hommes a ceci d’indicible qu’il transcende toutes les frontières de l’amour, de l’amitié, de la fraternité.

Aussi, on pourra tout de même regretter dans certaines séquences du film que le scénario se détourne un peu trop de ce relationnel d’exception et du personnage de Footit porté par un James Thiérrée tout aussi remarquable que son partenaire.

En effet, à travers cet élan émotionnel particulier doublé de cette ressemblance physique frappante avec son grand-père Charlie Chaplin, ce dernier réussit à conjuguer les ressentis graves de son personnage avec sa volonté de demeurer la bonne étoile de Chocolat durant toute son existence.

Quoiqu’il en soit, il ne vous reste plus qu’à vous laisser porter pour rejoindre celles de la piste. La piste aux étoiles de toutes les histoires les plus terrestres et les plus magiques qui puissent nous survivre.