en équilibre

Après Still Alice et Cake, le dernier long-métrage de Denis Dercourt (La tourneuse de pages, Demain dès l’aube), intitulé En équilibre et sorti mercredi, centre à son tour sa réalisation sur une vie qui bascule : celle d’un cavalier cascadeur qui perd bien plus que l’usage de ses jambes, et qui va malgré tout parvenir à trouver la force de se relever pour en reprendre les rênes.

C’est dans un utilitaire adapté au transport des personnes en situation de handicap qu’on retrouve Albert Dupontel, alias Marc, de retour chez lui après un long moment passé à l’hôpital. La raison de ce séjour n’est pas immédiatement dévoilée. Pourtant, on la devine instinctivement lors de cet échange silencieux entre le dresseur et sa monture, Otello, dans les écuries de retrouvailles amères et lourdes de sens.

Otello, cheval racé au tempérament impétueux, devient ainsi le réceptacle des plaintes muettes de son maître dont il détruisit la colonne vertébrale lors d’un tournage en Allemagne qui tourna mal. Au-delà, il incarne la seconde passion de Marc pour la musique classique, et notamment celle composée par Verdi.

Ainsi, c’est l’accident qui le rend paraplégique qui initie sa rencontre avec Florence (Cécile de France), agent d’assurance en charge de son dossier. Mais c’est la musique classique et le cheval qui les unissent un peu plus à chaque nouvelle rencontre.

Car Florence est une pianiste désenchantée se bornant à donner des cours à sa fille pour s’adonner à son talent, emporté par les réalités courantes de l’existence.

Et alors que Marc va se laisser envoûter par les charmes inavoués de Florence, celle-ci va se laisser gagner par sa liberté et sa volonté farouche de remonter, un jour, sur cette selle à dos d’Otello.

Film inspiré de l’histoire de Bernard Sachsé, dont la carrière de cavalier et de cascadeur fut interrompue il y a vingt ans suite à un accident, En équilibre sait nous toucher par la simplicité des modes qu’il emploie.

La relation entre les deux personnages principaux enveloppe leur tragédie respective, non pas pour la condamner à l’oubli et faire comme si de rien n’était, mais pour s’appuyer sur elle et transcender la réalisation d’eux-mêmes.

En cela, Denis Dercourt a su traiter avec justesse la thématique du handicap, en partant de celui physique d’un individu pour dépeindre celui métaphysique et universel présent en chacun de nous, celui qui entrave notre moi profond, garant de notre épanouissement et de notre bonheur.

Et s’il nous venait à l’esprit de dépasser ce constat de l’immobilité contrainte d’une partie de nous ? Et si nous décidions de la dépasser pour concrétiser totalement notre tout ?