Le monde de Nathan

Depuis mercredi, Morgan Matthews nous propose un voyage fascinant au creux d’un univers troublant, celui de Nathan. Son monde, censé être limité dès sa naissance par cette pathologie neuro-développementale qu’est l’autisme, bouscule les frontières de l’Homme, et dessine les contours d’un manifeste dédié à sa complète exploration, à sa totale réalisation.

Nathan (Asa Butterfield) est encore un enfant lorsque son trouble autistique est diagnostiqué. Et même s’il en est un comme les autres pour ses parents, leur discours se fait dès lors en faveur de cette différence pour l’installer dans un paysage surnaturel permanent, sur lequel il pourrait régner grâce à ses supers-pouvoirs.

En effet, Nathan baigne dans un monde fait de formes, de couleurs, de sensations et d’émotions toutes particulières. Elles suscitent en lui des réactions propres à la façon dont il regarde l’environnement extérieur, les gens, les structures urbaines, les papillons. Elles le font réagir et initient une violence interne et un mutisme omnipotents. Elles le font interagir avec les évènements et les gens à travers un essentiel singulier mutant en don du vivant.

Dans un rapport constant de cause à effet, une logique prend forme et trace la voie de Nathan. Il devient l’instrument des nombres, devine leur congruence et leur présence. Dans ces circonstances, la rencontre décisive qu’il fait avec Monsieur Humphreys (Rafe Spall), brillant professeur à l’écart de sa vie depuis que sa sclérose en plaques a été diagnostiquée, sonne comme une révélation : celle de ce qu’il saurait apporter au monde des autres grâce à son don pour les mathématiques.

Parcours initiatique corrélant dans un premier temps la froideur des chiffres et celle de l’existence de Nathan, marquée dès le plus jeune âge par la mort de son père sous ses yeux, l’horizon s’ouvre dès lors qu’il part à la découverte d’autres contrées. Lointaines, tout comme lui-même a l’habitude de voyager si loin dans sa tête.

Le basculement de Nathan, devenu un jeune homme, s’opère grâce à une formule insoluble. Laquelle ? À vous de le découvrir.

Film authentique et inattendu tout autant que son personnage principal, Le monde de Nathan doit se voir à travers les yeux de ce dernier pour être perçu dans toute sa brillance. L’interprétation d’Asa Butterfield (Hugo Cabret), tout comme celle de Sally Hawkins (Blue Jasmine, Paddington) incarnant sa mère, sont bluffantes de réalisme et font de leur relation la pierre angulaire du film, rythmant les séquences et l’évolution introspective de Nathan jusqu’au renouveau.

Un renouveau possible pour chacun d’entre nous, si tant est que nous puissions voir notre propre monde à cette manière que nous ressentons profondément en nous. Sans maîtrise extérieure de notre liberté et de nos émotions. En veillant avant tout sur ces liens qui nous unissent profondément à celles et ceux qui sont, effectivement, là pour nous.