les nouveaux sauvages

Mercredi sortait sur grand écran le second long-métrage de Damián Szifron, intitulé Les Nouveaux Sauvages, une comédie dramatique dans le sens strict du terme dans laquelle la raison de tout un chacun ne saurait souffrir des limites que veulent lui imposer quelques-uns.

Bien plus qu’un simple film à sketchs revisitant le genre, Les Nouveaux Sauvages est une suite de tableaux inspirés par le quotidien de bon nombre de gens. Des gens ordinaires, qu’une étincelle va faire basculer dans une réalité hors-norme bouleversant le cours de leurs vies.

Il est bien difficile de rédiger le synopsis de toutes ces histoires. Disons simplement que le début de chacune d’entre elles tout comme sa fin révèlent un constat inaliénable relatif à l’existence elle-même.

De la serveuse à la chevelure imprégnée de sang, à l’ingénieur en explosifs soufflant ses bougies d’anniversaire à l’ombre, la conclusion de chaque séquence sonne comme une ironie du sort imprévisible mais somme toute assez cohérente, qui peut nous faire sourire voire nous soulager par cette forme d’équilibre moral qu’elle préserve.

Néanmoins, l’amertume y est aussi bien présente et invoque une réflexion profonde sur le sens réel de notre société, ses valeurs, ses interconnexions, ses soumissions, ses addictions, ses aliénations.

En ce sens, chacun de nous peut incarner la victime ou le bourreau, les deux à la fois. L’environnement et nos interactions humaines sont les mains invisibles se bornant à allumer la mèche. Notre faculté à relativiser, à nous appuyer sur les enseignements de nos expériences passées et à garder les rennes de nos vies constitue quant à elle le pied qui éteindra le feu avant que la déflagration n’ait lieu. Ou pas.

En cela réside tout l’intérêt du scénario de Damián Szifron, qui prend le parti de confondre ses personnages en les enfermant à double tour dans les méandres de leurs émotions les plus primaires, les plus sauvages donc, pour qu’ils y succombent et les laissent s’exprimer complètement, ce point de rupture coïncidant avec le tournant de chacune de leurs vies respectives.

Avec Les Nouveaux Sauvages, Damián Szifron confirme sa capacité à transcrire les tourments humains et leurs conséquences en toute poésie, et révèle son ingéniosité capable d’allier le divertissement grand public et le cinéma d’auteur. Emboîtant le pas à Pedro Almodóvar, producteur sur ce long-métrage, il y exprime son adoration pour ce maître dont il distille la vision en filigrane, dans chaque image, chaque lumière, chaque réplique.

Quel juste milieu entre votre souhait grandissant de laisser parler vos émotions, et votre crainte de laisser votre existence devenir l’otage de votre raison ? Voilà un dilemme qui, quoiqu’il advienne, ne vous laissera pas indemne.