beach youth closer

Beach Youth, ce sont quatre Normands à la conquête des scènes françaises et européennes. Quatre étudiants en école d’ingénieur, d’archi, à la Sorbonne, qui font de la musique fun et californienne depuis trois ans et qui ont sorti en septembre leur premier EP, Singles, reprenant comme son nom l’indique les quatre premiers déjà parus et un titre inédit, Closer.

Bonjour Beach Youth, et merci d’avoir accepté cette interview. Que pourrait-on rajouter selon vous à cette présentation sommaire ?

Gautier Caignaert : C’est déjà bien complet, t’as résumé nos vies en trois lignes, c’est dur ! On peut rajouter qu’on a entre 19 et 23 ans, qu’on est une bande de potes au-delà d’être étudiants et qu’on n’aura bientôt plus cette double vie étudiant/musicien, car on va se mettre à plein temps à la musique en 2018. Attention, préparez-vous !

Simon Dumottier : Tu parlais d’être à la conquête des scènes française et européenne : on ne s’arrête pas là, le reste du monde nous intéresse aussi ! (rires)

Beach Youth : un nom choisi un peu par dépit si l’on en croit vos précédentes déclarations. Au départ, il s’agissait de prendre le nom de l’une des plages normandes du débarquement. Gold Beach était déjà pris par les Américains. Pourquoi était-ce si important pour vous d’avoir un nom connecté à la Guerre de 39/45, au-delà de fait que vous soyez Normands ?

Simon Dumottier : Pas tellement par dépit, c’est juste qu’on a donné tellement d’explications différentes qu’on ne sait plus laquelle est la vraie ! (rires)

Gautier Caignaert : Ce n’est pas d’être connecté à la guerre qui compte en tout cas. On n’aime pas la guerre, et ça ne nous passionne pas non plus. Mais comme tu l’as deviné, c’est important pour nous de faire le lien avec notre Normandie ! Ça aurait pu être par un lien historique avec la forte histoire de nos plages. Mais finalement, Beach Youth décrit bien notre vie actuelle et notre jeunesse.

Louis-Antonin Lesieur : Ce lien Normand, on l’emporte avec nous quand on va jouer à l’extérieur. Je ne dirais pas qu’on est chauvins, mais on est fiers de la richesse historique et culturelle de chez nous. Il n’y pas eu que la guerre à la maison. D’ailleurs, Étienne arbore fièrement le blason du Stade Malherbe de Caen sur sa sangle de guitare.

Étienne Froidure : On est chauvins.

Simon Dumottier : Ce n’est jamais évident de choisir un nom car c’est une étiquette dont on ne peut plus se défaire. Ces deux mots qu’on a choisis, on ne s’en est pas lassé car ils décrivent notre son aussi. Quelque chose de frais et de joyeux. C’était notre volonté dès le départ de faire ce genre de musique. Le but était qu’on puisse deviner la musique qu’on fait rien qu’en lisant notre nom. C’est plutôt une bonne chose je trouve.

beach youth live

Simon et Étienne se sont rencontrés grâce au web. Puis vinrent les rencontres avec Gautier et Louis-Antonin. Au-delà du simple fait de monter un groupe et de faire de la scène, c’était quoi votre motivation première à chacun : avoir plus de rencards avec les filles, bâtir des souvenirs de jeunesse rebelle, ou simplement passer le temps ?

Gautier Caignaert : Depuis Beach Youth, on préfère faire de la musique qu’avoir des rencards ! (rires) Plus sérieusement, notre objectif était de bâtir des souvenirs, des liens forts entre nous et toutes les personnes qui nous ont accompagnés. Marquer des gens ! Ce qu’on veut, c’est qu’ils passent du bon temps à nos concerts. Quand quelqu’un qu’on ne connaît pas est heureux grâce à notre musique c’est gagné, non ?

Louis-Antonin Lesieur : Pour moi, c’était vraiment faire de la musique qui me motivait, participer à tout le processus de création. Quand on a commencé à faire des dates, on a rencontré le monde de la bière gratuite, et là je me suis dit : « c’est bon je veux faire ça » (rires).

Simon Dumottier : Ce groupe, c’est une vraie aventure humaine ! Je suis l’aîné de ma famille, je n’ai pas un cousin plus âgé que moi. Quand j’ai rencontré les gars, je me suis vraiment trouvé des frères. On a vécu des tonnes de choses ensemble ! Ce sont des années importantes, des souvenirs qui resteront. Et tout ça en musique !

Vous parlez aisément de vos influences musicales américaines et australiennes. Vous parlez également beaucoup de vos instruments, des lignes de guitare et de basse, des arrangements de vos compos. Mais on vous a très peu entendus quant au fond. Même si vous définissez votre musique comme étant avant tout divertissante et légère, n’existe-t-il pas certains sujets d’actualité qui pourraient vous donner l’envie d’écrire une chanson plus engagée ?

Gautier Caignaert : On est engagés pour certaines causes dans nos vies privées Des choses sur lesquelles on se rejoint d’ailleurs souvent. Mais Beach Youth, c’est autre chose. Nous ne nous engagerons pas politiquement en faisant notre musique. Beach Youth, c’est une histoire de sentiments, de vécu ! Que ce soit les textes ou la musique.

Simon Dumottier : Quand j’écris un texte, j’écris toujours sur quelque chose que j’ai vécu, qui m’a touché personnellement, en essayant de le sublimer pour que d’autres puissent s’y retrouver. On fonctionne vraiment de manière spontanée dans tout ce qu’on fait. Ce qui me vient, ce sont généralement des trucs assez intimes. Je ne me vois pas écrire une chanson sur le chômage ou sur Harvey Weinstein !

Louis-Antonin Lesieur : Dans le fond, je pense qu’un artiste installé et reconnu qui occupe l’espace médiatique peut profiter de sa position pour sensibiliser les gens dans son discours, faire prendre conscience de certaines choses. Mais en ce qui nous concerne, on a 20 ans, on n’a pas encore beaucoup de recul ni d’expérience. Dans nos chansons, on veut juste inciter les gens à profiter de l’instant.

“Un produit marketing, ça sous-entend du formatage. On ne s’est jamais posé des contraintes pour faire de la musique qui se vende !”

 

S’il n’y en avait qu’une, pour chacun d’entre vous, quelle serait la chanson que vous auriez aimé écrire (et non composer) ?

Simon Dumottier : Between Hello And Goodbye de The Field Mice : c’est une chanson qui m’a vraiment beaucoup appris sur la possibilité de mettre des mots sur sa propre sensibilité, sans gêne, sans honte. De décrire l’amour avec des mots simples. Ça a vraiment débloqué ma façon d’écrire.

Gautier Caignaert : No Song de Kakkmaddafakka. C’est un groupe que j’écoute beaucoup en ce moment. C’est un texte qui révèle un sentiment ou une attitude qu’on a tous déjà ressenti dans le groupe par rapport au monde de la musique. Ça me parait intéressant. Sinon je ne m’intéresse pas vraiment aux textes.

Louis-Antonin Lesieur : The Masterplan d’Oasis. C’est une des meilleures de Noel Gallagher selon moi, et c’est un texte que j’aime beaucoup. Fédérateur et qui rappelle, ou encourage plutôt, l’importance de faire ce qu’on a envie de faire à tout prix, peu importe ce que l’on pourra en dire.

beach youth days

Vous êtes partis à Los Angeles grâce à Converse. Votre titre Days est utilisé par 7up au Moyen-Orient. Quel est le risque pour le groupe Beach Youth de devenir à son tour un produit marketing ?

Simon Dumottier : Un produit marketing, ça sous-entend du formatage. On ne s’est jamais posé des contraintes pour faire de la musique qui se vende ! Comme je le disais plus tôt, notre démarche dans la création est vraiment spontanée, on fait simplement ce qui nous vient. Et si tu venais nous voir lors de nos répétitions, tu verrais qu’on est loin de l’ambiance start-up !

Gautier Caignaert : Faut savoir ne pas se vendre n’importe comment. Si on veut vivre de notre musique, on doit passer par ce genre de choses. Converse ne nous a pas imposés de conditions en échange, ils n’ont fait que payer notre voyage et le studio, sans contrepartie. 7up, c’était sur un autre continent, ça ne nous a pas affectés ici. Ça n’a pas changé l’image que les gens avaient de nous. Au contraire : on a pu toucher un nouveau public qui ne nous connaissait pas encore. Je ne pense pas que ces choses puissent nous placer nous-mêmes comme un produit marketing.

Louis-Antonin Lesieur : Produit marketing, ça sonne pour moi comme un terme avec une date limite de consommation, de péremption. Ça n’a rien à voir avec nos aspirations. La pub 7up a été un sacré tremplin pour nous. D’abord pour toucher un nouveau public comme l’a dit Gautier, mais aussi sur le plan financier : il ne faut pas oublier qu’on est un jeune groupe, et qu’un petit coup de pouce financier fait toujours du bien pour pouvoir payer du matériel, des enregistrements…

Que répondez-vous à ceux qui seraient tentés de dire qu’il s’agit déjà d’une réalité ?

Louis-Antonin Lesieur : Je répondrais que c’est faux.

Simon Dumottier : Déjà, on ne nous l’a jamais dit. Mais si ça arrivait, je leur répondrais qu’ils doivent mal nous connaître et mal comprendre l’industrie musicale.

Gautier Caignaert : Il n’y a pas de réponse à ça ! On est loin de penser marketing, on veut juste faire la meilleure chanson à chaque fois.

beach youth band

Certains lâchent tout pour se consacrer à leur passion pour la musique, quitte à cumuler des jobs alimentaires en attendant d’en vivre. D’autres, comme vous, décident d’attendre la fin de leurs études pour pouvoir organiser une tournée. C’est en tous les cas ce que vous expliquiez récemment dans votre interview avec Rencontres. On ne peut que louer votre pragmatisme. Mais n’est-il pas celui qui pourrait ralentir voire empêcher l’émergence de la véritable identité de Beach Youth ?

Gautier Caignaert : Tout ça, ce sont des choix personnels. On voulait faire de la musique et des études, on l’a fait. Ce qui compte, c’est que toute l’équipe soit sur la même longueur d’onde. Effectivement, ça peut ralentir l’ascension mais rien ne sert de courir…

Simon Dumottier : L’interview pour Rencontres date de l’époque où j’étais encore au lycée, pas mal de choses ont changé depuis ! On a préféré jouer la sécurité en finissant nos études avant de se consacrer à la musique à plein temps. Dire que ça nous a ralentis, pourquoi pas, c’est sûr que si on se consacre à plein temps à la musique le rythme va s’accélérer. Mais dire que ça a empêché l’émergence de la véritable identité du groupe, je ne suis pas d’accord du tout. Malgré nos doubles vies, on a fait beaucoup de concerts (près de 80 dates) et on a été plutôt productifs et présents dans les médias. Quant à notre « véritable identité », elle est déjà là.

Quelles sont les projets du groupe dans les mois qui viennent ?

Gautier Caignaert : On va enregistrer un second EP, plus long que le premier. Les chansons sont prêtes ! Tout ira plus vite maintenant qu’on est disponible à plein temps !

Louis-Antonin Lesieur : Faire des dates aussi. On a plusieurs objectifs : on est Normands et Conquérants, alors pour reprendre ce que disait Gautier, attention 2018 !

Merci à vous quatre pour cet échange. On retrouve justement votre actualité sur la page Facebook de Beach Youth. On vous souhaite une bonne continuation et de bonnes fêtes de fin d’année.