indolore lover letters from eylenda

À la veille de Noël, Skriber vous dévoile ses échanges avec Guillaume Simon, aka Indolore, un auteur, compositeur et interprète qui a su conserver sa faculté à s’émerveiller de tout. Après Positive Girls, son premier EP, il est revenu l’année dernière avec un sept titres intitulé Love Letters from Eylenda. Il y raconte sa course après le temps et ses souvenirs. Il passa quelques semaines en terre d’Islande pour l’enregistrer, puis pour se produire au Iceland Airwaves Festival. Rencontre avec la folk d’un lui-même revenu du précipice de celui qui ne demandait qu’à en sortir.

Bonjour Guillaume Simon, et merci d’avoir accepté cette interview. Un peu plus d’un an après sa sortie, quel regard portes-tu sur le second opus de ton projet solo Indolore, Love Letters from Eylenda ?

Indolore : Bonjour Florian. C’était un défi. Je n’avais que quelques jours pour tout enregistrer seul et mixer dans un studio et un pays inconnus. Je suis donc fier d’y être arrivé, et fier du résultat. J’y ai mis toute mon histoire et mes émotions du moment. Je n’aurais pas pu faire ce disque ailleurs qu’en Islande, tout comme je n’aurais pas pu ne pas le faire. Ce disque était nécessaire pour moi : je n’ai pas eu le choix et j’ai fait de mon mieux. Les étoiles et les aurores boréales m’ont souri. S’il était à refaire, je le referais certainement de la même façon.

Comment est la vie en Islande, quel est ton ressenti quant à cette île, si mystérieuse pour beaucoup ?

Indolore : J’y suis arrivé après minuit. Il y faisait jour, un jour lunaire et nouveau. Le lendemain, faute de logement, j’ai traîné ma valise et ma guitare dans les rues de Reykjavík. Je me suis assis sur la jetée, près des bateaux de pêche, le soleil arctique brillait. J’ai ressenti un apaisement profond, une légèreté presque miraculeuse. J’ai commencé à chanter là, dehors, ce que je ne fais jamais. Je n’avais plus peur. Deux jeunes femmes se sont arrêtées. On s’est parlés, facilement, et à partir de là, tout a été simple, fluide, pur, comme l’air de cette île.

indolore islande

Pourquoi avoir choisi cette destination pour concevoir et réaliser Love Letters from Eylenda ?

Indolore : J’espérais un territoire nouveau, des rencontres inspirantes, un savoir-faire magique. Et puis, je voulais fuir le monde, le bruit, ma vie chaotique de ces deux ou trois dernières années. J’y ai tout trouvé.

Est-il vraiment possible de fuir le monde tel qu’il est devenu, ainsi que son passé ?

Indolore : Je crois qu’il est possible de prendre du recul, d’y voir plus clair, de mieux respirer, de dénouer, de comprendre. Si je m’interdis de fuir, comment revenir ?

Qu’entends-tu par une vie chaotique ?

Indolore : Je vais t’en parler, je ne veux plus le cacher. En 2015, j’ai eu un accident de voiture, un samedi de septembre qui devait être joyeux. Un accident aux conséquences lourdes et longues. Je me suis caché pendant des semaines, j’ai souffert seul. J’ai recollé mes morceaux d’espoir, un à un. J’ai chanté partout où je pouvais, jusqu’en Amérique. Je suis tombé amoureux, puis de l’armoire. Mais il y a eu mes enfants, ma famille, mes amis, l’Océan Pacifique. Il y a eu l’écriture, les encouragements, le quotidien, les robinets qu’on répare tout seul, les billets d’avion sur lesquels on se jette sans réfléchir, sans se retenir. Et puis il a eu l’Islande, le projet, la destination, la remontée. L’Islande n’est ni l’Europe, ni l’Amérique. C’est une faille, la rencontre et le frottement de deux plaques terrestres. Un sous-sol sulfureux et agité, une surface attrayante et colorée. Le premier jour de studio, à l’ouverture des micros, j’ai su. J’ai su que je pouvais être moi et que tout irait bien. Je crois que mon cœur s’y trouve toujours.

Après l’Islande, es-tu retourné dans les Landes, ta région d’origine ? Ailleurs ?

Indolore : Il a fallu que je me perde au creux des collines de cette île lointaine pour enregistrer la chanson la plus intime de ma vie. Dans les Landes me transporte à l’âge de 12 ans le long du courant, à Mimizan. Son sable infini me glisse encore entre les doigts aujourd’hui. J’y retourne quelques fois. Mes parents y vivent toujours, mon frère y est souvent. C’est une très petite ville que j’ai fui il y a cent ans, et tu vois, me voilà de retour. Depuis cette aventure islandaise, j’en rêve d’une autre. Alors j’écoute, je regarde en moi et ailleurs, je la construis doucement. Jusqu’à peu, je cherchais constamment à me (re)trouver, cette fois-ci j’ai envie de partager, de jouer avec les autres, de sentir leur chaleur. Après l’Islande, j’ai aussi découvert l’Irlande : encore une histoire de landes (sourire). À Dublin, j’ai rencontré une jeune réalisatrice sur un des ponts de la ville. En quelques heures, on tournait le clip de In the Stars sous une pluie fine qui tombait jusque dans nos pintes. Encore un magnifique souvenir.

“Nous sommes tous divers dans nos talents, nos activités, nos métiers. Il est très important de l’assumer et de présenter toutes ses facettes. Ceux qui trouvent ces parcours étranges ou inquiétants ne comprennent pas le monde et rateront tous ses changements.”

 

En intégrant Love Letters from Eylenda à l’ensemble de ton parcours musical, quels seraient les 5 mots pour le qualifier le plus justement possible selon toi, et pourquoi ?

Indolore : Je dirais d’abord la vérité, parce que tout est authentique et direct dans ce disque : mes mots, les instruments que j’ai utilisés, ma voix, le son. Intime : c’est mon journal à “volcan ouvert”. J’y lis mes lettres truffées de peurs et de sentiments très personnels. Amoureux, parce que je n’aurais pas pu écrire la moitié de ces chansons sans cet état amoureux qui m’a accompagné, et un peu terrassé je dois bien l’avouer, ces deux dernières années. Histoire aussi, parce que j’y raconte mon histoire et que j’y invite mes enfants à écrire la leur. Et pour finir, passage : ce projet a été un passage obligé dans ma vie, un passage merveilleux qui, un an après, se dissipe lentement. La lumière s’infiltre à nouveau, et je veux y plonger. Qui sait cette fois où elle me mènera ?

indolore guillaume simon

Vis-tu aujourd’hui de ta musique ?

Indolore : Financièrement, il m’est impossible de vivre de la musique en élevant deux enfants. Je travaille en parallèle dans le marketing digital, j’opère en tant que (gentil) sorcier des réseaux sociaux (sourire). À ce sujet, je voudrais dire que personne n’est qu’un. Nous sommes tous divers dans nos talents, nos activités, nos métiers. Il est très important de l’assumer et de présenter toutes ses facettes. Ceux qui trouvent ces parcours étranges ou inquiétants ne comprennent pas le monde et rateront tous ses changements.

Un nouveau single, un nouveau clip, des concerts sont-ils d’ores et déjà positionnés en 2019 ?

Indolore : Je suis plutôt sur des projets au long cours que sur des concerts pour l’instant. Je me suis lancé dans l’écriture d’un livre très personnel, comme un pont entre mon enfance dans les Landes et ce qui m’attend je ne sais où.

Un livre ? Qu’y raconteras-tu ? S’agira-t-il d’une autobiographie ?

Indolore : Il prend plutôt la direction d’une autofiction. Je pars de mon enfance, d’un événement particulier, presque oublié, qui remonte à la surface aujourd’hui sous la forme d’une lettre manuscrite. Une lettre que je n’ai en réalité jamais reçue, du moins, pas encore… Au-delà du livre, j’ai l’espoir d’en faire un film : depuis l’Islande, plus rien ne me paraît impossible ! (sourire). Je suis d’ailleurs déjà en train d’écrire la musique en parallèle. Que ce film se fasse ou ne se fasse pas, la bande originale existera et sortira, sans doute l’année prochaine. Peut-être s’agira-t-il de la soundtrack d’un film introuvable ? Et à ce moment-là, je remonterai sur scène, avec d’autres musiciens cette fois-ci : j’en ai très envie.

 


Crédits photos : Joel Anderson (live), Juliette Rowland (portrait)